Sur la Route de Madison, avec Natacha Amal et Steve Driesen, un mélo qui manque cruellement de peps…

Tout le monde connait le best seller mondial Sur la route de Madison, sorti en 1992 de la plume de l’écrivain Robert James Waller puis adapté au cinéma en 1995 par et avec Clint Eastwood et Meryl Streep dans les rôles principaux. Après une adaptation théâtrale assez réussie de Didier Caron et Dominique Deschamps en 2007, interprétée magistralement par Alain Delon et Mireille Darc dans une mise en scène de Anne Bourgeois, c’est à Toussaint Colombani qu’a été confiée la difficile tâche de mettre en scène la pièce que l’on peut voir actuellement sur les planches du Théâtre des Galeries avec, dans les rôles phares, Natacha Amal et Steve Driesen.

Francesca Johnson semble vivre une vie de famille sans heurt. Un jour de l’été 1965, alors que son mari et ses enfants sont partis à une foire dans l’Illinois, le photographe Robert Kincaid lui demande sa route. Elle le guide à travers les ponts couverts du comté de Madison qu’il est chargé de photographier pour le National Geographic. L’amour, celui qui n’arrive qu’une fois dans une vie, s’abat sur eux et les jours qu’ils passent ensemble les marqueront à jamais, même si Francesca ne pourra se résoudre à abandonner sa famille.
Ce renoncement brise leurs cœurs, mais le souvenir de ces quatre jours les aide à continuer à vivre. Comme le découvriront les enfants de Francesca après la mort de leur mère. ( source TRG)

À trente ans, Toussaint Colombani est diplômé du Conservatoire de Bruxelles en Art Dramatique. Il aborde là sa première mise en scène professionnelle, et il s’attaque à du lourd. Pas simple de revisiter un immense succès mondial qui reste imprimé dans les mémoires des lecteurs du roman, ou des cinéphiles qui ont applaudi le chef d’oeuvre cinématographique de Clint Eastwood et l’incroyable interprétation de ses acteurs. Mais, pour le metteur en scène belge, une histoire d’amour simple, forte et puissante garde toujours son attrait quelle que soit la manière de la raconter.

Il a donc préconisé de remanier quelque peu l’adaptation théâtrale de Caron et Deschamps et de la raccourcir d’environ quarante minutes pour en faire une pièce d’environ une heure quarante, présentée sans entracte. Il ne se cache pas non plus de s’être plus inspiré du film que du roman, pour la simplicité de sa structure narrative, et d’avoir choisi de faire intervenir dans la pièce le mari de Francesca, Richard Johnson interprété par Angelo dello Spedale Catalano.

Toussaint Colombani souligne aussi que l’accent a été particulièrement mis sur une certaine légèreté des décors pour ne pas écraser le jeu des comédiens, ainsi que sur l’évocation des différents lieux où se déroulent l’action comme la cuisine, la véranda, le pont, la chambre et une station-service, qui servent à aérer la pièce. Ces décors roulants sont actionnés par des hommes et des femmes habillés en noir qui officient dans l’ombre, et il faut bien avouer que sur ce plan là, c’est très réussi. Bravo à Ronald Beurms !

Hélas, l’écrin est magnifique mais le contenu déçoit. Car le bémol incontestable dans ce spectacle, c’est le manque évident d’émotion qui ressort du jeu des comédiens. Et un mélo qui ne vous arrache pas une larme, ce n’est pas vraiment un mélo !

Natacha Amal (Francesca Johnson) et Steve Driesen (Robert Kincaid) sont pourtant des comédiens accomplis, mais aucune alchimie, ni intensité passionnelle ne ressort de leurs jeux respectifs. La complicité à la scène comme à la ville d’Alain Delon et Mireille Darc avait ému les spectateurs et les prestations de Clint Eastwood et Meryl Streep nous avaient brisé le coeur par la force émotionnelle qui émanait de leur histoire d’amour passionnée et qui transpirait par tous leur pores animant même leurs silences. Ici, on assiste en spectateur à une histoire d’amour qui se déroule sous nos yeux, mais sans jamais en être bouleversé. Et lors de la scène de rupture qui laisse le personnage de Francesca totalement désespéré et en pleurs, on n’y croit pas un instant.

Seules les dix dernières minutes de la pièce, mieux écrites et plus intenses de par leur dramaturgie évidente, parviennent enfin à toucher quelque peu notre sensibilité.

Sur la route de Madison est un drame passionnel qui fait référence, on attend donc d’être chamboulé et ému par une telle histoire d’amour intemporelle qui éclot sous nos yeux. La fusion entre les comédiens va-t-elle avoir lieu au fil des représentations ? L’avenir nous le dira. Mais lors de la troisième représentation à laquelle j’ai assisté ce n’était malheureusement pas le cas.

Jean-Pierre Vanderlinden

Infos et Réservations : https://trg.be/spectacle/sur-la-route-de-madison/

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