Dany, un homme qui marque: « J’ai fait beaucoup de bimbos, c’était ma marque de fabrique; cette fois, il était crucial de dessiner un autre type de femme »

Outre sa présence au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, Dany expose jusqu’au 8 février à Galerie Champaka des planches originales de Ça vous intéresse ?, voit la TOTALE des blagues coquines être rééditées chez Kennes EditionsJoker, pareil pour Olivier Rameau (qui devrait connaître deux nouveaux albums prochainement); re-travaille sur son Spirou avec Yann et va, en mars, proposer un nouvel album, fameux, aux Éditions DupuisAire Libre. Ah oui, aussi Philippe Tomblaine lui consacre une monographie et La Vache Qui Médite va éditer une intégrale des Juniors/Aventuriers du rail, 144 plages de BD réalisées pour les chemins de fer suisses. Oui, Twenty-Twenty sera Dany Dany ! Cela valait bien une grande interview, enrichie de nombreux documents et dessins.

Bonjour Dany, vous nous revenez non pas avec un album mais quatre, une exposition, une monographie… Quelle actualité. Twenty-Twenty sera Dany-Dany. Et à la différence du titre de votre nouvel album, vous ne serez pas qu’… un homme qui passe.

C’est vrai. Cet album, il est différent, important pour moi. Je l’ai réalisé avec le scénariste Denis Lapière qui m’a demandé de m’y investir. Comme il était question des souvenirs du personnage principal aux quatre coins du monde et ayant beaucoup voyagé moi-même, Denis m’a demandé de lui fournir des endroits. Où il m’a « suivi » de son imagination.

Au-delà de ça, il y a plusieurs passages de son scénario où je n’étais pas convaincu par les expressions utilisées. À l’instar d’un acteur qui ne se voir pas prononcé telle ou telle réplique. Denis m’a permis de faire des modifications, toujours en nous accordant sur le rough. Il avait tout le loisir de repasser au-dessus de moi, il ne l’a pas fait. En fait, nous nous sommes chacun nourris de ce que l’autre apportait même si le scénario de Denis, en lui-même, n’a pas bougé d’un iota.

© Lapière/Dany

Notre éditrice, Laurence Van Tricht, était extrêmement impliquée, avec des remarques judicieuses. Mine de rien, ce n’est parfois pas le cas. J’ai connu des éditeurs qui n’ont pas toujours été attentifs. Face à un dinosaure de mon âge, on m’a dit: « Toi, on ne va pas te corriger! ». Mais si, bien sûr que si, il faut.

Laurence, quand elle sentait que quelque chose ne fonctionnait, elle faisait la remarque. À bon escient. Cet album, c’est la meilleure collaboration que j’ai jamais eue avec une maison d’édition comme un scénariste. Pourtant, ce n’est pas facile de travailler avec moi. Arleston en rêvait, il a dit qu’il avait pleuré en commençant notre projet, Guerrières de Troy (rires).

Comment est née cette rencontre avec Denis Lapière?

Il est venu me trouver en me disant qu’il avait écrit ce projet pour moi seul. Si je ne le faisais pas, personne d’autre ne s’en emparerait. C’était il y a quatre ans. Je l’ai commencé en 2018 et fini en 2019. 64 planches en couleurs directes, réparties entre mes autres projets.

© Lapière/Dany

Au commencement, nous étions donc en 2015, l’heure n’était pas encore à la dénonciation des violences et comportement déviants face aux femmes, des #metoo. Il n’était pas question de surfer sur une quelconque vague. Mais force est de constater que l’album arrive au milieu de cette actualité.

Votre héros, Paul, va en effet voir ses souvenirs resurgir, des voyages qui sont autant d’histoires d’amour, de conquête, avec des femmes auprès desquelles il n’est resté qu’un temps. Il ne s’accroche pas aux sentiments. Rester lui semble impossible, quitter après un moment plus ou moins long, par contre…

Cet album évoque aussi des époques de liberté. Les années 70, 80, 90. On ne retrouvera plus une telle liberté. À ces époques, les gens faisaient ce qu’ils voulaient, voyageaient comme ils le désiraient, fumaient où ils voulaient, mangeaient ce qu’ils voulaient et couchaient avec qui ils voulaient. On avait le droit de se foutre en l’air, en fait. Bientôt on nous expliquera comment il faut respirer. Je ne veux pas paraître vieille école car le changement amène de très bonnes choses. La répression de l’alcool au volant, par exemple, même si je regrette parfois le temps béni des pousse-café au restaurant (rires). Puis, si j’aime conduire et la vitesse, il faut faire quelque chose pour le climat.

Pour revenir au sexe, hommes ou femmes, tous en profitaient. Il y avait une facilité. Alors, oui, Paul, notre personnages, a profité de toutes ces rencontres, sans s’attacher, se promettant de ne jamais fonder de famille. Il passait à autre chose sans se préoccuper des dégâts que ça pouvait engager. Mais il n’était pas le seul. Des femmes aussi ont profité de ce gars pour en faire une aventure sans lendemain. Ce qui convenait à tout le monde.

© Lapière/Dany

Sauf que, des années plus tard, une jeune femme arrive chez lui et va porter un jugement d’aujourd’hui sur ses actes d’hier. C’est la confrontation, deux visions. Et si le mouvement #metoo est salvateur sur certains points, je trouve que sur le bûcher public, certains ont tendance à mélanger des véritables violeurs – je me réjouis qu’un Harvey Weinstein soit jugé – avec de simples dragueurs, certes balourds pour certains. Je crois que l’actualité va aussi donner un autre éclairage à ce que nous avons écrit. Ce sera intéressant de voir comment on accueille cet album, ce qu’on en dit. Je me suis bien amusé sur cet album, mais ça ne suffit pas pour qu’il soit lu. J’espère…

On vous sent fébrile en tout cas. Ce n’est pas une sortie ordinaire ?

Un petit peu fébrile, oui. Je crois vraiment que cet album est important. Pour moi en tout cas. Chaque fois qu’un album va sortir, j’ai la trouille. Je suis vraiment impliqué, encore plus ici, sur tous les aspects, techniques mais pas que. Je n’ai jamais voulu faire un album de plus. Ici, en plus, les couleurs sont directes, il y a l’aquarelle.

Je me suis beaucoup posé de questions. Hermann, le maître, m’a dit qu’il ne fallait jamais recommencer. « Tu feras mieux sur un prochain album. » Il faut accepter de laisser passer un mauvais dessin. Mais c’est dur. Quand je relis des vieux albums, je me dis « Mais comment ai-je pu dessiner une telle main? Ce n’est pas possible ».

Hermann m’a aussi dit qu’il fallait penser la lumière avant la couleur. Dans ce genre d’exercice, il faut être réaliste, pas humoristique. Mais je ne suis pas Hermann, ni Boucq, je prends plus de temps. J’aimerais passer sur ordinateur, je l’utilise déjà pour les effets spéciaux. Pour les corrections, c’est efficace. Une tache, ça vous prend une plombe à effacer sur papier, et il en reste toujours des traces. Sur ordinateur, en un rien de temps, on n’en parle plus. C’est incroyable ce qu’on peut faire, les effets de lumière. On peut travailler comme si on maniait l’aquarelle, créer ses propres instruments. Mais j’aime trop le côté tactile. Appliquer les couleurs, ça a quelque chose de jouissif. Puis, ici, sur les souvenirs, j’ai appliqué les couleurs directes, sans trait. Il n’y a pas d’aplats et toujours du volume.

© Lapière/Dany

Ce titre, Un homme qui passe, s’est-il imposé d’emblée ?

Non, au début du projet, le projet s’appelait Femmes!. Mais ça m’évoquait trop une chanson des 60’s. Je trouvais Un homme qui passe plus pertinent dans le double-sens qu’il amène : le fait que c’est un homme du passé et que, en effet, auprès des femmes, il n’a jamais été que de passage.

Puis, c’est impersonnel comme titre, on peut s’y projeter du coup. Encore plus avec la couverture, où Paul est de dos, face à la mer.

Il a un revolver à la main, il est face à la mer déchaînée comme face à quelque chose qui lui revient à la gueule, qui va le submerger. Dans une couverture, il faut interroger le lecteur. J’ai mis pas mal de temps à trouver l’idée que je voulais développer. Une fois que je savais précisément, j’ai réalisé deux versions, des essais pratiquement identiques sauf que sur l’un d’eux le personnage avait une attitude de Bernard Prince, prêt à se battre. Non, au contraire, il fallait qu’il subisse.

J’ai aussi réalisé une illustration de fronton qui servira de couverture à L’immanquable, revue dans laquelle notre album sera prépublié. Puis, il y a une autre illustration pour une jaquette.

Jaquette pour l’édition spéciale Aire Libre © Lapière/Dany

Cette fille qui arrive, Kristen, elle ne ressemble pas à vos héroïnes, on la voit tourmentée.

J’ai toujours eu tendance, vous le savez, à faire le même type de fille. Que ce soit avec Colombe ou dans les albums coquins, c’était comme si je changeait de perruque et d’habits mais que le type de personnage restait le même. J’ai fait beaucoup de bimbos, c’était ma marque de fabrique.

Les mecs, aussi d’ailleurs, dans les albums coquins.

Ici, il était crucial de dessiner un autre type de femme. Du coup, j’ai pris un modèle, une fille existante, Barbara, une amie de mon petit-fils. S’en est suivie une séance de shooting, j’ai pris un tas de photos. Mais j’ai quand même eu des difficultés. Barbara a de telles expressions de visage que, selon l’attitude qu’elle prenait, de face ou de profil, je n’avais pas toujours la même fille en face de moi. Elle est très jeune mais a du caractère. C’était une expérience intéressante.

© Lapière/Dany

Avec Walthéry, qui a le même problème que moi – mais moins quand même -, nous nous sommes rendu compte que nous étions incapables de dessiner des filles moches.

Kristen n’est pas la seule femme de cet album.

En effet, il y a d’autres femmes que rencontre Paul au fil de ses voyages. Et si l’une de ces filles rencontrées correspond à mon modèle de prédilection, je crois que les autres sont assez différentes de ce que je fais d’habitude.

N’aviez-vous pas déjà amorcé cette diversification avec votre dernière exposition chez Maghen avec des femmes plus torturées, plus matures?

Peut-être. Mais c’était surtout dû à la technique. En utilisant l’acrylique, je me suis rendu compte de la variété de choses qu’elle permettait. De l’impressionnisme, de l’hyper-réalisme… J’ai appris. Et sur le thème proposé par Maghen, 1900, j’ai appréhendé mon outil avec une quarantaine de toiles. Maintenant, j’ai envie d’une autre série de toiles, plus dans l’impressionnisme.

En tout cas, dans le chef de Kristen, on sent un bouillonnement, des meurtrissures. Elle est moins jeune qu’elle n’y paraît, ce qu’elle a vécu a laissé des traces.

Pour Paul, vous avez aussi eu un modèle, non? Quelqu’un qui vous est très proche.

Pour Paul, je me suis servi de ma gueule. Bon, je lui ai rajouté plus de cheveux. Et il me ressemble vraiment dans les trois dernières planches – pas de spoiler ici -. Je ris pour ne pas pleurer. (rires)

Votre gueule, vous l’aviez déjà utilisée dans Sur les traces de Dracula ?

Ah bon, de loin alors. Cela dit, je me souviens qu’Yves H, le fils d’Hermann avec qui nous avions fait cet album, voulait Dany et Marcy, ma femme, comme héros. Bon, dans les noms, il n’avait pas modifié grand-chose. Cet album est vraiment né de ma passion pour Dracula. Si bien qu’auparavant j’étais parti sur les traces de Dracula et des endroits que visitait le récit de Bram Stoker… qui ne s’était jamais rendu sur place. Et ça se voyait : le fameux Col de « Borgo » infranchissable, acéré… c’est en fait une somme de douces collines !

© Yves H/Dany chez Casterman

Pour l’anecdote, durant ce voyage, nous n’avions rien réservé. Nous étions en pleine forêt quand la nuit a commencé à tomber. Sans hôtel à l’horizon. Jusqu’à ce que nous repérions une petite lumière au-dessus d’une colline. La ralliant, nous sommes tombés sur l' »Hotel Dracula » dans un jus pseudo-moyenâgeux pour un bâtiment construit sous le communisme, dans les années 70. Nous avons décidé d’y passer la nuit et d’y manger. Pour atteindre le restaurant, il fallait suivre un escalier en spirale, pseudo-moyenâgeux je vous dis, au sommet duquel il y avait une lumière rouge. Une lumière d’ambiance ? Nous avons vite été fixé, au-delà de nos espérances : c’était une armoire Coca-Cola. Pseudo-moyenâgeux, définitivement !

J’ai donc raconté cette histoire à Yves H qui m’a fait un synopsis tip-top avec ce que j’avais envie de dessiner.

Un dessin publicitaire pour Citroën © Dany

Pour revenir à Un homme qui passe, Denis m’a dit: « prends-toi en modèle, essaie de te dessiner comme tu étais. » Dans les faits, je ne me suis pas tellement rajeuni. Cela dit, j’ai montré des planches à quelques amis, certains pensent à moi, d’autres pas. Une chose est sûre, ce n’est pas du tout un roman-photo.

Par le passé, je m’étais déjà caricaturé mais, ici, il y a eu parfois une sorte de malaise. Je me demandais ce que je faisais là. Je me suis impliqué. Avec Denis, nous avons mélangé nos deux vécus. D’ailleurs, il y a des répliques qui soulèvent des non-dits, des choses qui peuvent être étonnantes. Paul dit à un moment: « Ce que je vous ai raconté n’est peut-être pas vrai ». Il y a une part d’interprétation. Boris Vian ne disait-il pas : « Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventée »?

C’est un homme mis à rude épreuve, en pleine tempête. Météorologiquement, d’abord.

Denis m’a fait découvrir Chausey, au large de Granville. À marée basse, on y voit 350 îlots. Il n’y en a plus que 50 à marée haute. Un seul est habité. Ces îlots servaient de carrière. Les pierres ont permis de construire des maisons sur l’île, à présent en ruine. Mais j’ai appris que des pierres avaient été récupérées pour reconstruire Saint Malo après la guerre.

Toujours est-il qu’on ne peut plus rien y construire. Seules subsistent les petites maisons qui sont passées de générations en générations. J’y suis donc parti en repérage. Un gars de Granville m’a introduit auprès des insulaires. Une autre personne m’a ouvert sa petite maison. Dans cet album, pour la première fois, j’ai écrit des remerciements, il y a tellement de personnes qui m’ont aidé à mener à bien cet album. Quelqu’un m’a permis de piloter son bateau, d’ailleurs. Bon, c’était sur la Côte d’Azur, dans des circonstances beaucoup moins tempétueuses. Mais ça aide.

Même si c’est une histoire de fiction, il y a du réel derrière, des rencontres.

© Lapière/Dany

Et une mer démontée.

Qu’est-ce que c’est difficile, la mer ! Il faut faire sentir le volume d’eau, cette espèce de masse liquide, à la force incroyable. J’en ai d’ailleurs parlé avec François Walthéry, dernièrement. Il a une nouvelle fois bien réussi sa mer dans le remake qu’il fait de l’île aux perles de Sirius. La mer, de toute façon, soit on la réussit, soit elle donne l’impression d’être une somme de vagues en carton, théâtrale mais pas réaliste.

Cette mer, elle cerne l’île, c’est à un huis clos que vous nous conviez.

Après un accident de voilier, que nous provoquons, nous montrons qu’on ne peut pas sortir de cet endroit, nous y bloquons les personnages. Comme dans une pièce où toutes les portes seraient fermées, c’est vrai.

Vous avez fait des recherches ?

Il faut se rendre à l’évidence qu’on fait parfois beaucoup de recherches… qui ne servent pas à grand-chose. Mon fils m’a ainsi offert un bouquin sur les tempêtes. J’en ai eu un autre sur les chalutiers. Je me suis aussi servi de quelques photos personnelles. Mais les copier ne sert à rien, il y aura toujours quelque chose qui ne convient pas. Il faut partir des photos, mais ne pas s’y arrêter. Il faut les interpréter.

Dans le cas de la mer, elle est irrésistible, spectaculaire, pouvant atteindre plusieurs mètres de haut. Se fracassant sur les rochers. En cours de réalisation, je me suis dit « là, tu exagères, c’est trop spectaculaire ». Sauf que, face à la nature, ça ne l’est jamais de trop. Ce qui convenait bien à cette histoire, mettait notre personnage en condition, à l’image de ce que Victor Hugo appelait « une tempête sous un crâne ».

© Lapière/Dany

Une tempête psychologique qui a une fin ouverte.

C’est difficile de ne pas trop en dire. Mais toujours est-il que j’adorais l’idée de laisser le lecteur prolonger cette histoire.

C’est aussi un album de voyage qui permet de se raccrocher à ce que vous faites, de manière moins médiatisée, avec vos nombreux carnets de voyage. 

C’est vrai, différents endroits du Monde sont explorés durant quelques cases dans Un homme qui passe. Le bagne de Cayenne ne pouvait qu’y être tant il m’a terriblement marqué. D’autant plus que quand j’en parlais à certaines personnes, elles ne savaient pas ce que c’était, ce que ça symbolisait comme atrocité. Je voulais restituer cette ambiance.

Et, parfois, le constat terrible que les choses ont changé en quelques années, que le paradis est devenu un enfer.

Il y a peu, je suis aussi retourné au Vietnam et dans la baie d’Along. Il y a vingt ans, il n’y avait qu’un petit hôtel. On descendait sur la berge qui n’était pas aménagée, il y avait un petit ponton, la plage était déserte et propre. C’était fantastique et tellement beau. On pouvait prendre une jonque pour aller plus loin et admirer le paysage, pour peu que la brume nous en laisse l’opportunité.

© Dany

Vingt ans plus tard, il n’y a plus que des hôtels, dont certains n’ont même pas été terminés. Chaque heure, ce sont des flottilles entières qui partent et reviennent dans les criques. Elles-mêmes envahies de bouteilles plastique.

Le tourisme de masse, c’est effrayant, il détruit des endroits uniques, il détruit la beauté. Plus près de chez nous, à Venise, regardez ces paquebots plus hauts que le Campanile qui se parquent au plus près de la place Saint-Marc. C’est monstrueux. Bien évidemment, tout le monde a le droit de voyager, pas que les privilégiés. Mais il faut réglementer. Malheureusement, la municipalité de Venise, ou d’ailleurs, a trop à y gagner.

Autre exemple, Barcelone qui se vide parce que ses habitants font de l’Airbnb. Moi qui voyage depuis tellement d’années, je suis triste et dégoûté.

© Dany

Du coup, ces carnets de voyages ?

Je m’en suis servi comme documentation. Et comme liste de départ proposée à Denis pour faire voyager notre héros. Je mens quand je dis qu’il m’a suivi partout. Il nous était impossible de tout intégrer. J’avais relevé 55 endroits! Pour l’Afrique, où j’ai beaucoup passé de vacances fut un temps, nous avons choisi le Sénégal, mais il y avait tellement d’autres pays possibles. Dernièrement, j’ai été au Sri Lanka et aux Maldives.

Vous êtes un peu le Bernard Lavilliers de la BD !

(Il rit) C’est marrant cette comparaison, j’avais illustré une de ses chansons pour les Éditions Soleil, La Salsa. C’était la mode des recueils autour de chanteurs. Avec pas mal de dessinateurs. Je me suis frotté à Brassens, Brel, Lavilliers…

© Dany

Renaud aussi.

Oui ! Il y a quelques mois, via Ptiluc, Renaud m’a demandé si je possédais encore l’original. Ça l’intéressait. Mais je n’ai pas remis la main dessus. Pourtant, j’étais sûr de l’avoir. Mais certaines choses disparaissent.

© Dany

Un homme qui passe paraît dans la collection Aire Libre, chez Dupuis. Après un passage dans la collection « Signé » du Lombard. Pas mal, d’autant que c’est votre premier album chez Dupuis.

Le premier à paraître! Parce que mon vrai premier album Dupuis, ce sera le Spirou avec Yann. Je suis très content d’être dans la collection de José-Louis Bocquet. Lui et ses équipes font du bon travail, consciencieux, dans un esprit coopératif. Demain (le 21/01), c’est le bon à tirer. Je ne serai pas en personne chez Lesaffre mais quelqu’un m’y représentera. Un coursier est passé chercher mes documents. Comme je travaille à l’écoline, notamment sur les couleurs chair, elles ont tendance à virer au rouge. L’imprimeur ne devra pas forcer trop sur le rouge. Sinon mes personnages seraient cramés comme s’ils avaient un coup de soleil.

Surtout vu le temps qu’il fait dans vos planches.

Chez Aire Libre, en tout cas, ce sont des grands professionnels, ils font tout, à tous les niveaux, pour que tout se passe bien. Il y a de l’huile dans tous les rouages.

Lesaffre, c’est là aussi qu’a été imprimé ce fameux pavé qui fait aussi l’actualité : l’intégrale des blagues coquines « Ça vous intéresse? » sous le label Joker, chez Kennes.

Des albums coquins, j’aurais pu en faire 20. À l’époque, on m’avait demandé d’en faire deux par an. Les temps changent, je ne pense pas qu’on me permettrait de faire ça aujourd’hui, de cette façon en tout cas.

Puis, j’ai aussi toujours eu besoin de changer d’air dans ma vie. À un moment, quel que soit le succès, j’avais besoin de changement. D’autres rencontres, puisque c’est souvent grâce à elles que j’ai pu m’engager dans de nouveaux projets… que j’accepte alors que j’ai déjà trois autres contrats. Mais, chance, je n’ai jamais été pénalisé de ça.

© Dany aux Éditions Kennes

C’est l’édition ultime, en fait ?

Non, parce qu’il est question de faire une suite (il sourit).

Nous étions déçus de la réception des albums réédités avec des couvertures plus « tout public ». Daniel Bultreys a proposé cette intégrale, dans une maquette souple, sans couverture cartonnée et avec une fille qui ne soit pas à poil. Ce n’est pas sexuellement agressif et ça pourrait nous ouvrir des portes qui nous étaient fermées jusqu’ici. C’est le genre d’album qui peut faire bien sur la table du salon, sur la table de nuit. On le prend, on pioche un gag. En tout cas, cette fois, c’est bien parti. L’album, tiré à 3000 exemplaires, est épuisé et repart en impression. Après un mois, c’est encourageant.

© Dany chez Kennes

Il y a aussi des bonus.

Oui, des reproductions de toiles que j’ai réalisées pour la précédente exposition. Bon, j’ai quand même enlevé deux gags qui n’étaient plus possibles aujourd’hui. Certains me diront peut-être que rien n’est plus possible.

Cela dit, c’est assez comique que cette intégrale sorte quasiment au même moment qu’Un homme qui passe.

Tous vos amis sont là, en tout cas, Bob de Groot, Tibet, Stéphane Steeman.

Tibet, c’était le meilleur raconteur de blagues de toute l’Histoire, amateurs et professionnels confondus. Il prenait des accents terribles, singeait les personnages. C’est en l’écoutant qu’est venue l’idée de cette série. Une idée assez novatrice: faire des gags en une planche avec la même technique que l’école franco-belge, de manière percutante et dans un format normal. Reiser et Vuillemin le faisaient déjà, avec leurs styles crasseux et peu réalistes. Moi, je voulais des décors, des bagnoles, des habits, la vraie vie. Un mélange des genres.

© Dany chez Kennes

Dans cet album, certaines illustrations sont signées un certain Danny, avec deux « n »?

Au départ, quand j’ai proposé le projet à Joker, Thierry Taburiaux imaginait plutôt le Kama-Sutra en BD. Au bout de quelques illustrations, je me suis ennuyé. Mais je les signais Danny pour ne pas que le lecteur confonde avec le Dany d’Olivier Rameau. Sans beaucoup de succès. (rires)

Un homme qui passe, n’est-ce pas une manière de mettre les choses au point là où vous avez parfois été attaqué pour vos blagues?

On m’a taxé de misogynie, c’est vrai. Cet album, en fait, je le vois… (il réfléchit) – je ne voudrais pas utiliser de mots malheureux – comme un testament… Mais il y aura encore des choses après, hein !

Une synthèse, un ouvrage de liaisons en tout cas.

Oui, c’est ça. Une nouvelle fois, c’est un livre important pour moi. C’est peut-être ma façon de dire « attaquez-moi si vous voulez » mais voilà le fond de ma pensée. Paul, notre héros, ce n’est pas un prédateur à la Weinstein. Comme je le disais au début de cette interview, #Metoo a du bon mais aussi du mauvais. Les réseaux sociaux donnent voix à l’amalgame, condamnent sans procès. Il faut être extrêmement vigilant. C’est un moyen d’expression extraordinaire mais avec une force dévastatrice. C’est sans filtre, sans contrôle, souvent sans enquête. Et ça joue le rôle d’amplificateur. On a pris l’habitude de tout mélanger…

© Dany

… et de ne pas recontextualiser certaines choses. À une époque pas si lointaine, hommes comme femmes se plaisaient bien à être libres et à coucher avec n’importe qui. Regardez les rock-stars, les Johnny. Ou Claude François qui se vantait d’avoir couché avec 1000 filles. Son comportement était déplorable mais, chaque soir, des dizaines de filles l’attendaient devant sa chambre. Gainsbourg face à Whitney Houston ou Catherine Ringer n’était pas mieux.

Quand on voit le cas Kevin Spacey.

Enfin, lui, je pense qu’il n’y a pas de doute à avoir quand on sait le nombre de plaintes qui sont tombées.

Oui, mais ce que je veux dire, avant un quelconque procès, en quelques jours, on l’a effacé d’un film pour le remplacer par un autre acteur. Qu’il soit coupable ou pas, la première réponse/sanction doit être judiciaire, je trouve.

C’est vrai. Pour prendre un cas plus « léger », j’ai trouvé disproportionnée la peine infligée à Tex. Certes, sa blague était douteuse mais cela valait-il la peine d’aller si loin? Je le répète, je suis content que le vent tourne pour cette ordure de Weinstein. Même si des dizaines de plaignantes, il n’y en a plus que deux au tribunal.

Restons au pays des merveilles, c’est plus doux. Sous le nom de Daluc (et vous n’étiez pas seul sous ce pseudonyme), vous avez signé une adaptation d’Alice !

Un OVNI total, très recherché aujourd’hui. Tout a démarré par l’intermédiaire de Raymond Leblanc. Avec Belvision qui, outre produire des films, faisait aussi dans la distribution, Raymond avait acquis un film avec de vrais acteurs d’Alice au pays des merveilles.

Comme il était aussi chez Dargaud-Le Lombard, Raymond Leblanc a voulu adapter une BD de ce film pour l’accompagner à sa sortie… qui aurait lieu deux mois plus tard. Des délais extrêmement court pour réaliser un album de qualité. Greg a rassemblé son équipe et nous nous sommes mis au travail. Je dessinais les personnages humains, et principalement Alice; Dupa les animaux, Turk les décors, Bob de Groot le lettrage et Marcy les couleurs.

© Daluc/Turbo chez Dargaud

Voilà comment nous avons réussi à faire un album en un mois… pour un film qui s’est royalement planté. Mais tout le monde cherche cet album dans sa première édition, aujourd’hui, il est très rare. En tout cas, c’était une chouette aventure, je n’ai honte de rien et suis content de tout. Parfois, j’ai dû aller vite mais soyez certain que j’ai toujours voulu donner le meilleur, et m’amuser. Dans tous les champs. Je n’ai jamais voulu d’assistant. Certains auteurs n’aiment pas trop réaliser les décors. Moi, je prends autant de plaisir à faire une locomotive ou une jolie fille. Enfin, non, pas autant (rires).

Assistant, c’est de cette manière que vous êtes arrivé dans le métier.

À ma sortie de Saint-Luc, où j’avais étudié la publicité, Mittéi recherchait des assistants. Il était lui-même assistant de Greg pour Achille Talon mais aussi pour Ric Hochet. C’est ainsi que j’ai réalisé les décors de trois albums comme L’ombre de Caméléon ou Rapt sur le France. Sur ce dernier, j’ai dû m’interrompre pour mon service militaire. Seron m’a succédé. Mais pendant cette année de service, j’ai commencé à réaliser des illustrations pour le journal Tintin. Greg m’a repéré et m’a fait travailler sur sa série Quentin Gentil et les As. Du moins, si j’étais d’accord de monter à Bruxelles, pour simplifier les déplacements. J’habitais Liège et j’ai accepté. J’ai ainsi intégré le Studio Greg, fabuleux. Et neuf mois après mon arrivée, Greg m’amenait un projet avec des ziroboudons et autres razibus.

Étonnant! Moi, je lui parlais d’histoires de gangsters. Surpris, je me suis piqué au jeu. Greg savait, avant moi, qu’Olivier Rameau me conviendrait. En tant que rédacteur-en-chef de Tintin, il s’est proposé le projet pour ses pages et il a accepté. Ça m’a rendu les choses faciles, je lui dois beaucoup. J’ai eu un bol incroyable quand je pense aux galères que rencontraient certains, encore plus aujourd’hui. Des auteurs présentent des projets très valables et attendent parfois des mois pour recevoir une réponse. Négative, bien souvent. Quand on leur répond. C’est honteux. En plus, les conditions pour faire de la BD sont catastrophiques.

© Dany

La publicité, vous n’y avez pas donné suite ?

Si, plus tard, beaucoup plus tard. Dans les années 80, les agences de pub étaient légion à engager des dessinateurs de BD. Comme Giraud pour ne citer que lui. Une boîte parisienne m’a ainsi permis de travailler pour une sorte de maison-conseil, une enseigne qui avait des magasins de bricolages mais aussi un magazine pour faire leur promotion. J’ai inventé un personnage de BD récurrent dans les mains duquel je mettais des tondeuses ou d’autres appareils. J’ai aussi mis en scène de l’outillage pour Peugeot. Je passais à Neuilly toutes les semaines. Jusqu’au moment où je me suis dit que j’y perdais peut-être mon âme. Ça payait bien, bien sûr, mais c’était du one-shot: il n’y avait pas de droits d’auteur. Ce qui est sûr, c’est que ça amusait beaucoup le provincial que j’étais.

Plus tard, j’ai fait des illustrations pour Citroën.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Vous parliez de locomotives, tout à l’heure, vous avez été servi.

Oui, pendant vingt ans, à raison d’une dizaine de planches par an, j’ai travaillé pour les Chemins de fer suisses – qui payaient très bien. Pour eux, par l’intermédiaire d’une agence de pub, j’ai inventé Les Juniors. On me donnait un thème, une région. Sur ce canevas, mes trois jeunes héros faisaient ce qu’ils voulaient… pourvu qu’ils utilisent les transports en commun, les trains, le bus, le bateau. Jamais la voiture individuelle. Cela dit, c’est incroyable, la Suisse, il n’y a pas besoin de voiture pour s’y déplacer. C’est très accidenté et pourtant les transports en commun passent partout. Une efficacité redoutable et toujours à l’heure. Dans ces histoires, je pouvais donner plus libre cours à mon imagination que dans d’autres travaux de publicité, je racontais ce que je voulais en quelques planches qui paraissaient dans la revue les Juniors, tous les six mois. C’était tiré à 300 000 exemplaires et uniquement accessibles aux enfants jusqu’à 14 ans.

© Dany aux Éditions La Vache qui médite

Dans cet exercice, j’étais précis. J’étais devenu incollable, même. Certains spécialistes me signalaient parfois des erreurs qui n’en étaient pas. « Ah non, sur telle ligne, c’est cette locomotive qui passe, pas une autre ». Il faut dire que j’avais beaucoup de documentation, puis j’allais sur place en repérages. Je connaissais mieux le pays que certains Suisses, comme Cosey ou Derib à qui je faisais découvrir ce que j’avais appris.

Une intégrale de ces histoires va être éditée dans quelques jours, 144 pages regroupées sous le titre Les Aventuriers du Rail, par les éditions La Vache qui médite de Stéphane Lucien, un passionné.

© Dany aux Éditions La Vache qui médite

Et ce Spirou, alors ?

Après une phase de blocage, il est à nouveau en route. Je vais reprendre là où je l’avais laissé, à la moitié. Ce qu’il s’est passé ? Yann a changé d’idée pour son scénario, et notamment la fin, en cours de route. Je ne l’ai pas accepté tout de suite, elle ne me plaisait pas. Mais il était temps que la situation se débloque, pour le projet, mais aussi pour notre relation. Nous étions mal tous les deux. Je ne suis pas pour les conflits. Yann m’a dit: « Fais-moi confiance ». Ce Spirou va donc bel et bien sortir. C’est vraisemblablement mon prochain album.

© Yann/Dany

Pour l’anecdote, Dupuis nous a réunis dans un restaurant, jugeant que le statu quo avait trop longtemps duré. Je suis arrivé dans le restaurant et, directement, j’ai posé sur la table un flingue, braqué sur Yann. Il s’est demandé ce qui lui arrivait. Et les badauds des tables alentour, aussi: dans quel repère de gangsters se retrouvaient-ils ? Quelqu’un autour de notre table a dit: « c’est un faux! ». Je lui ai répondu : « Pèse-le, tu verras s’il est faux ! » Il devait faire deux kilos. On en a bien rigolé et je crois qu’il fallait ça pour décrisper la situation, pour briser la glace. Nous sommes repartis du bon pied.

Olivier Rameau, aussi, a droit à sa réédition d’intégrales. En 2010, vous aviez redessiné le premier album ?

Oui, pour la précédente réédition. Ce n’était pas bon. En plus, ce n’étaient pas mes couleurs. Pour la publication dans Tintin, des Italiens avaient été engagés, ce genre de coloristes qui agissent avec trois pots de couleur. Du coup, j’ai pris le pli de tout redessiner. Même si cela fait longtemps que je ne l’ai pas dessiné, je l’ai toujours en main. Ce ne fut pas un problème. Je suis chez moi chez Olivier. C’est mon style le plus naturel et je n’ai aucune difficulté à le retrouver. C’est un style qui m’amuse bien. Même s’il faut parfois aller au charbon, hein!

© Dany

Mais je vais rentrer à la maison. D’une part, je vais faire cet album dont je conserve le scénario depuis longtemps, Le pays des mille et un ennuis.

Puis, il y a un projet avec Zidrou. Il a une idée pour écrire une histoire à sa manière. Je sens son envie de faire quelque chose de différent, de dire autre chose. C’est un auteur coup de coeur, j’admire son boulot, il a mille idées à la seconde. Le Spirou est donc à moitié fait, après, je m’attaque à Olivier Rameau.

Olivier Rameau, ce fut spectaculaire, non? Votre première série et votre premier succès, immédiat.

Avant même la publication en albums, il y a eu celle dans le journal Tintin. Nous avons vite senti que quelque chose se passait. Dans le premier référendum auquel il participait, Olivier Rameau a terminé quatrième sur 46. Derrière des Ric Hochet et des Bernard Prince. C’était incroyable, notre personnage était tellement atypique. En plus, il y avait de l’enjeu avec ces référendums. Le premier gagnait une augmentation de son prix à la planche. Et le dernier, une diminution. Malheureusement, certains ont triché… mais passons.

Toujours est-il qu’au milieu des super-héros et des antihéros, c’était ahurissant de voir qu’une histoire avec des ziroboudons, des ébouriffons ou encore des oiseaux rares de par-ci par-là était remarquée. Olivier Rameau était bien accueilli et s’est bien vendu jusqu’à ce que je laisse passer quatre ans entre les albums pour faire autre chose. Alors que, pour maintenir une série, il faut publier au moins un tome par an. Mais chaque réédition s’est plutôt bien vendue.

© Dany

Vos séries ont-elles été traduites ?

À une certaine époque, Olivier Rameau était bien sûr traduit pour nos compatriotes du Nord du pays.  Carlsen lui permettait de voir les pays scandinaves, il y avait l’Allemagne et aussi l’Espagne. Les fumettis italiens également.

Cocasse, Olivier Rameau est arrivé jusqu’en Égypte où le graphiste s’était permis de rhabiller Colombe. Sa robe lui arrivait à mi-chevilles et elle portait un col. C’était pas mal fait.

Mais le plus traduit, ce fut Histoire sans héros avec Jean Van Hamme, en treize langues. Nous en avions vendu 150 000 albums en français. Dire qu’aujourd’hui la moyenne est de 3000 albums vendus par auteur.

Et les Ça vous intéresse ?

Ce fut un carton. 100 000 exemplaires vendus en langue française. Les Pays-Bas ont embrayé en scindant chaque album deux. Chaque volume se vendait à 75 000 exemplaires. Fut un temps où, à l’aéroport de Schiphol, dans les rayons de sa librairie, on ne trouvait que deux albums : le dernier Astérix et le dernier… Rooie Oortjes. Côté anglais, les Américains sont restés plutôt fermés par rapport à mes publications.

© Dany chez Kennes

Quand j’ai arrêté ces blagues, Joker a continué avec d’autres auteurs. Ils m’ont proposé un pourcentage pour le faire sous mon nom. J’avais eu l’idée du concept, je n’en étais pas le dépositaire: il était hors de question que je gagne des sous sur le dos des talentueux Gursel ou Di Sano, pour ne citer qu’eux.

Vos blagues coquines, en tout cas, on en trouve certaines planches exposées chez Champaka, jusqu’au 8 février.

C’est une exposition d’une compilation, qui va de pair avec la sortie de l’intégrale. Cela faisait longtemps que Champaka cherchait à aligner les planètes, à exposer mon travail. C’était le moment. Éric Verhoest est donc venu chez moi, je l’ai laissé fouiner, sélectionner les planches. Ça donne une belle exposition, la première des blagues.

© Dany

Vous les avez toutes conservées ces planches ?

Certaines avaient été vendues, depuis le temps, mais il en reste un bon paquet. Il y a eu aussi des dons, des pertes. Quand on prête et que ça ne revient pas. Les planches de BD n’ont pas toujours eu la même valeur. Je me souviens qu’une planche de Franquin avait été vendue pour 3500 francs belges. Soit 86€. Vous imaginez ? Vous avez vu la cote de Franquin à l’heure actuelle ?

Du rêve au Neuvième Art, c’est le nom de la monographie que vous consacre Philippe Tomblaine. Ça vient de sortir aussi.

Il avait, notamment, consacré une autre monographie, à Hermann. Quand il m’a contacté, je lui ai dit: « Mais enfin, tu crois que je mérite ça ? » Moi, passer après Hermann? Je me trouvais beaucoup trop jeune pour ce genre d’hommage (sic). Je ne me suis pas impliqué, question de pudeur, j’ai juste envoyé à Philippe la documentation dont il avait besoin. Ce livre reprend historiquement ce que j’ai fait. Du moins une partie de moi. Tout n’y est pas. Mais il y a aussi des critiques de l’auteur, tout à fait écoutables. Comme le fait que je me sois désintéressé d’Olivier Rameau pour faire de la pub en France, ou pour la série Arlequin. Philippe le regrette, comme d’autres. Comme je l’ai dit, j’ai toujours eu besoin de changer d’air à certains moments. Peu importe le succès.

Récente actualité, plus polémique: le centre belge de la bande dessinée. Vous avez démissionné du conseil d’administration, alors ?

Quel pataquès. Pendant des années, Jean Auquier fut un directeur incroyable, tant financier qu’artistique. Sans subvention, il a permis que le centre soit en auto-suffisance, fragile mais tenable. Récemment, il a démissionné, subitement. Il a fallu nous trouver un nouveau directeur.

Avec d’autres artistes, nous avons vu là une opportunité de faire preuve de perspectives et d’ambition, de développer le centre. Cela prenait du temps pour auditionner tout un tas de candidats, parmi lesquels Thierry Bellefroid, Éric Verhoest ou encore Daniel Couvreur qui, je pense, avaient le potentiel et les projets pour souffler le renouveau.

© Dany

Mais, c’est celle Isabelle Debekker, secrétaire générale jusque-là, qui a été choisie. Nous passions à côté d’une opportunité. J’ai signé la lettre ouverte d’Yslaire et François Schuiten dénonçant un manque de vision. En conséquence logique, j’ai quitté le conseil d’administration. J’ai le sentiment qu’on a raté quelque chose. Peut-être qu’on arrivera à rattraper le coup si la profession bouge ? Pourquoi ne pas envisager une direction bicéphale durant 5 ans, avec cette bonne gestionnaire qui a été choisie mais aussi un directeur artistique ? Les finances sont saines mais on ne peut pas se permettre d’avoir deux directeurs.

Cela dit, je reste membre de l’assemblée générale, pour suivre la suite.

Certains auteurs ne se sentent plus chez eux au centre belge, d’après ce qu’on entend.

Oui, mais il y a des torts des deux côtés. Certains auteurs qui se plaignent n’ont pas été vus souvent au centre belge, ils n’y ont pas mis les pieds. Mais le projet initial d’avoir une maison des auteurs belges, c’était l’opportunité en laquelle nous croyions avec cette nomination de directeur. Nous voulions ramener les Flamands, les Liégeois… les faire participer, s’impliquer. Il y a mille choses à faire.

Il est aussi question de relancer, sur internet cette fois, Up Chic: un fascicule que nous faisions paraître tous les mois et qui laissait la parole aux auteurs pour poser leurs questions ou amener des réponses. Quand il y avait un problème avec un éditeur ou un festival, par exemple, ou des renseignements touchant à l’intérêt général des auteurs. Il y avait un service avec avocat pour régler les litiges.

Mais, mobiliser, c’est compliqué en BD. Il n’y a pas de syndicat, nous sommes trop individualistes. L’enthousiasme se noue à la peur de partir en croisade. C’est pourquoi, pendant longtemps, les éditeurs ont pu construire leur système, promettant à certains de belles conditions… tout en leur faisant promettre « ne le répète à personne ».

Bientôt Angoulême, des souvenirs de dédicaces là ou ailleurs ?

Je me souviens d’une jeune fille de 17 ans qui, avec aplomb, sans rougir – j’ignore si c’était un challenge, avec son copain qui l’a rejoint devant mon stand après -, m’a demandé une scène de cul bien fournie. C’était bien avant #metoo. J’ai refusé. Mais il y a des grands malades parmi les chasseurs de dédicaces. Je me souviens d’un autre, je n’oserais jamais dire ce qu’il m’a demandé.

En fait, mes blagues, je crois qu’il ne faut pas les jeter au feu, sur base d’idées reçues !

Merci Dany et bravo pour ce magnifique album et tous ces petits trésors. Vivement la suite ! 

Titre: Un homme qui passe

Récit complet

Scénario: Denis Lapière et Dany

Dessin et couleurs: Dany

Genre: Drame

Éditeur: Dupuis

Collection : Aire Libre

Nbre de pages: 72

Prix : 16€

Date de sortie: le 13/03/2020

Série : Ça vous intéresse

Intégrale

Scénario  : Collectif

Dessin et couleurs : Dany

Genre: Érotisme, Humour

Éditeur: Kennes

Collection : Joker

Nbre de pages: 496

Prix: 35€

Date de sortie: le 20/11/2019

Série : Olivier Rameau

Intégrale

Tome : 1 & 2

Scénario  : Greg

Dessin et couleurs : Dany

Genre: Aventure, Fantastique, Humour, Merveilleux

Éditeur: Kennes

Nbre de pages: 160

Prix: 19,99€

Date de sortie: le 30/10/2019 et le 04/03/2020

 

Titre : Les aventuriers du rail

Intégrale

Scénario, dessin et couleurs : Dany

Genre: Aventure, Jeunesse

Éditeur: La vache qui médite

Nbre de pages: 144

Prix: 39€

Date de sortie: Février 2020

Titre : Dany, du rêve au 9e Art

Monographie

Auteur : Philippe Tomblaine

Illustrations : Dany

Éditeur: PLG Éditions

Nbre de pages: 256

Prix: 18€

Date de sortie: le 13/012020

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.