Avec Les Atrides, Georges Lini rend contemporain et universel un chef-d’œuvre antique écrit il y a… 2500 ans !

Au Théâtre Royal du Parc, on maîtrise l’art du grand écart. Après la reprise à succès du Livre de la Jungle de Kipling revisité par Thierry Debroux, le théâtre bruxellois propose actuellement Les Atrides dans une mise en scène de Georges Lini d’après les textes d’Euripide, Eschyle, Sénèque et Sophocle.

Les Atrides, c’est l’une des œuvres les plus fortes du dramaturge grec Eschyle qui nous conte les aventures d’une famille maudite qui se déchire sur plusieurs générations au point d’en arriver au meurtre.

Répondre au crime par d’autres crimes… Après dix ans de siège, tombeur de Troie, Agamemnon est accueilli en héros en son palais. Mais il doit sa victoire aux dieux qui ont exigé le sacrifice de sa fille Iphigénie.  Sa femme, Clytemnestre, l’attend, mue par la vengeance.  Avec l’aide de son amant, Egisthe, elle le tue, le jour même de son retour. Le crime  sera vengé par un autre crime. Dix ans après son forfait, Clytemnestre est tuée à son tour par son fils Oreste, poussé à ce nouveau meurtre par sa soeur, Electre. Meurtre de l’époux pour prix du sacrifice de la fille, meurtre de la mère par les enfants pour restaurer l’honneur paternel : Les Atrides, pris dans les affres de la vengeance, font couler le sang de génération en génération, transformant le palais d’Argos en autel rougeoyant et funèbre. 

On imagine aisément ce qu’un metteur en scène aussi allumé et inspiré que Georges Lini, également directeur artistique de La Compagnie Belle de Nuit, peut faire d’une telle matière première.

Sur scène deux musiciens, François Sauveur, qui fait aussi office de chœur, et Pierre Constant, plantés devant un écran vertical qui servira de décor durant toute la pièce et sur lequel seront projetées des vidéos, oeuvres de Sébastien Fernandez, ou des images captées en direct. Le plateau est plongé dans le noir, lorsque les comédiens font leur entrée sur scène…

Que dire d’un tel spectacle sinon qu’il est envoûtant mais aussi déroutant. On connait le goût de Georges Lini pour les mises en scène innovantes et audacieuses, et une fois de plus il bouscule son public et le perturbe. Quant aux comédiens, il aime en tirer la substantifique moelle et les mettre à rude épreuve autant physiquement qu’en usant au mieux de leurs qualités oratoires.

C’est Itsik Elbaz qui joue Agamemnon qu’il incarne avec tout le talent dramatique qu’on lui connait. Stéphane Fenocchi donne vie à Egisthe , tandis que Clytemnestre jouit de l’interprétation totalement habitée et magistrale de Daphné D’Heur. Mention particulière pour Inès Dubuisson qui pour sa première apparition sur les planches du Théâtre du Parc est parfaite de justesse dans le rôle d’ Electre. Wendy Piette (Iphigénie) et Félix Vannoorenberghe (Oreste) complètent brillamment cette distribution dans laquelle on retrouve aussi Leopold Terlinden.

On sait le goût prononcé de Lini pour les fluides, et ici encore le sang coule à flots (Itsik Elbaz donne grandement de sa personne) et l’eau est à nouveau présente sur le plateau d’une manière dont je vous laisse la surprise.

Après un formidable Caligula à Villers-La-Ville et un Macbeth étonnant au Parc, Georges Lini parvient encore à nous surprendre et à pousser encore plus loin sa recherche novatrice d’une dramaturgie parfois excessive mais toujours efficace. Très réussie, la pièce souffre néanmoins à mon sens de deux petits bémols, une scène d’ouverture dans la quasi-obscurité qui s’avère frustrante car le poids des textes donne envie de découvrir les comédiens presque invisibles qui les portent, et une autre scène de nettoyage du sang fort longue durant laquelle on percevait quelques murmures interrogatifs dans le public lors de la première.

Que vous aimiez ou pas le classique revisité à la mode contemporaine, la pièce, qui pour ma part constitue une vraie réussite, vous irritera ou vous passionnera, mais en aucun cas ne vous laissera indifférent. Et ça, c’est très bon signe…

Jean-Pierre Vanderlinden

LES ATRIDES

22.01 > 15.02.2020

d’après les textes d’EURIPIDE, ESCHYLE, SÉNÈQUE et SOPHOCLE

Avec Pierre CONSTANT, Daphné D’HEUR, Inès DUBUISSON, Itsik ELBAZ, Stéphane FENOCCHI, Wendy PIETTE, François SAUVEUR, Léopold TERLINDEN et Félix VANNOORENBERGHE

Mise en scène et adaptation Georges LINI

Assistanat Xavier Mailleux

Scénographie et costumes Thibaut DE COSTER et Charly KLEINERMANN

Lumières Jérôme DEJEAN

Musique Pierre CONSTANT et François SAUVEUR

Vidéo Sébastien FERNANDEZ

Infos et Réservations  http://www.theatreduparc.be

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