N’ayant rien à envier à Natacha, hôtesse de l’air, Kathleen déboule dans le Léopoldville des 60’s en plein thriller économique et politique

Après le grand succès populaire et critique de Sourire 58, la petite aventure éditoriale Anspach (qui deviendra grande, on est convaincu) continue d’explorer l’histoire de la Belgique avec Kathleen. La jeune hôtesse de l’Exposition Universelle est devenue hôtesse de l’air pour la Sabena, et c’est vers de nouveaux horizons, africains, en cette année 1960, qu’elle fait la liaison. Avec naïveté mais aussi beaucoup d’authenticité face à de drôles d’événements qui commencent à émailler cette année congolaise.

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© Weber/Deville/Marquebreucq aux Éditions Anspach

Résumé de l’éditeur : À Léopoldville, les incidents et les sabotages se succèdent tandis que les puissances internationales songent déjà à l’aprèscolonisation. La jeune Kathleen se trouve plongée au coeur d’une atmosphère de fi n de régime. Entre les aspirations légitimes du peuple congolais, l’angoisse des colons et les appétits des puissances étrangères, le Congo est au bord de l’implosion. Jusqu’au tragique pont aérien qui signe l’échec d’une décolonisation bâclée. Et parmi les trésors qui attisent les convoitises, l’uranium n’est pas le moindre !

© Weber/Deville/Marquebreucq aux Éditions Anspach

On ne change pas une équipe qui gagne. À bord de cet avion qui relie les coins de la Belgique et de l’Histoire, on retrouve toujours Patrick Weber et Baudouin Deville (on les retrouvera d’ailleurs en clin d’oeil, rapatriés quand les ennuis se feront plus sévères pour les Blancs). Que Bérengère Marquebreucq a rejoint aux couleurs, pour embellir un peu plus cet album nostalgique, mais pas que… Car l’ode au temps d’avant, qui permettait encore les grandes aventures ne suffit pas. Parce que le tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, ça n’a jamais existé.

© Weber/Deville/Marquebreucq aux Éditions Anspach

Après leur thriller d’espionnage dans les travées de l’Expo 58, les deux auteurs laissent la place à un thriller politique et économique, international mais concentré dans la mine d’or africaine, dans un pays plus meurtri que ce qu’en laisse voir l’allée principale de Léopoldville. Là où les costumes-cravates (une espèce de De Niro local, agent territorial) se repaissent et se gargarisent de leur pouvoir de blanc face aux « indigènes », même « évolués ». On commence par dominer un peuple par le langage et les expressions. Ça fait froid dans le dos. Et cette « hospitalité africaine » que s’approprient les Bwanas, réduisant les boys au silence.

©Deville
© Weber/Deville

Heureusement, le duo met également en scène des personnages plus positifs. Kathleen qui semble pouvoir s’entendre avec tout le monde et sans différence, mais aussi son amie Monique. C’est pas la petite lucarne d’une histoire de coeur, que certains auront vite fait de considérer comme contre-nature, que les auteurs ouvrent grand leurs volets sur l’Histoire. Celle qui dépasse les individualités, mais les oppose quand elles forment des groupes qui n’ont pas les mêmes priorités. Le succès et le pactole, d’un côté. La liberté et le droit de ne plus voir leurs terres spoilées, pour les autres.

© Weber/Deville/Marquebreucq aux Éditions Anspach

Avec 52 planches, Patrick Weber (qui véhicule, ici, quelque chose de beaucoup plus humain, éclairé et sain que les débats, souvent populistes, qu’il arbitre à la radio) et Baudouin Deville prennent le temps d’installer leur intrigue entre l’intimisme et les enjeux plus globaux. Électron libre, Kathleen, souvent rappelée à l’ordre par sa cheffe de cabine, permet justement de passer d’un monde à l’autre. D’une bulle plus ou moins protégée à celle que fréquentent les bandits économistes prêts à tout pour le bingo, incriminer des innocents, brûler des fermes… et monter les peuples les uns contre les autres.

© Weber/Deville/Marquebreucq aux Éditions Anspach

Dans ce genre d’album, on pourrait s’attendre à quelque chose de plan-plan, facile, avec une intrigue prétexte. C’est tout l’inverse. Le dépaysement opère, le voyage dans le temps aussi, riche de détails, mais le scénario n’est pas négligé. Il est pertinent et surtout bien équilibré, avec son lot de mystères, de révélations et de machinations. Bon, pas sûr que dans la vie réelle, les méchants s’en sortent aussi mal, mais ça fait plaisir que la justice et les bonnes intentions gagnent, sur papier. L’ensemble est en tout cas passionnant. Et le dessin de Baudouin Deville a encore pris de la bouteille, bien renseigné, jouant les greeters d’un autre temps (au zoo, notamment, où les singes fument des cigarettes) mais n’ayant pas les pieds bétonnés dans la documentation. Il y a de la place pour l’action, le spectaculaire et des trouvailles graphiques. Le tout est renforcé par Bérengère Marquebreucq qui d’une cascade à une maison en feu en passant par des ciels aux couleurs magnifiques donne la touche finale à une aventure BD remarquable.

© Weber/Deville/Marquebreucq aux Éditions Anspach

Le prochain tome nous ramènera, sans doute sans Kathleen, à l’année 1943.

Titre : Léopoldville 60

Récit complet

Scénario : Patrick Weber (Page Fb)

Dessin : Baudouin Deville

Couleurs : Bérengère Marquebreucq

Genre : Histoire, Thriller

Éditeur : Anspach

Nbre de pages : 64

Prix : 14,50€

Date de sortie : le 10/10/2019

Extraits : 

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2 commentaires

  1. Merci pour cette critique mais je m insurge avec vigueur contre ce terme de populiste qui est tout ce que je combats au quotidien . Heureusement que ceux qui nous suivent tous les soirs ont plus de nuance. Dialoguer avec tout le monde tel est ma règle de conduite. Sans prétention ni jugement. J admets la critique pas la injustice et le dénigrement. Sans rancune .

    1. Désolé de vous décevoir 🙁 Mais écouter la radio à cette heure-là était devenu au-dessus de mes forces. Je vous aime beaucoup comme scénariste, comme écrivain, je ne vous suis pas dans toutes vos oeuvres mais je pensais, il y a quelques années, quand vous avez pris les rênes de On refait le monde qu’un ton plus humain (celui que je vante dans cette critique) serait de mise dans ces émissions. Mais force est de constater que les sujets ne sont jamais choisis aux hasards et que leurs libellés, la façon dont ils sont présentés, sont souvent proches de la titraille de la presse à scandales. Bien sûr, certains auditeurs seront toujours très corrects, prêtant à des réflexions sérieuses, nourrissantes. Mais quand certains, souvent ceux qui gueulent le plus fort, appuient des points de vue réducteurs et sournois, appelant au populisme et aux théories de comptoirs, ça me révolte. On a assez de Sudpressisation de l’info toute la journée que pour ne pas avoir droit à une radio qui joue de facilité. Je suis désolé, mais à refaire le monde, je n’avais pas l’impression que celui-ci allait mieux. Je suis conscient que vous n’avez pas toutes les cartes en mains, qu’il y a des objectifs à atteindre et que ce sont souvent les plus gouaillards qui s’expriment mais, dans le cadre de cette chronique qui prouve que vous êtes tout l’inverse de l’image que ces émissions vous donne, je ne pouvais pas me taire. Sans rancune aussi. N’en dormez pas mal, il n’y a ici que 25 mots sur 872 qui sont moins tendres, c’est vrai. Je ne veux en aucun cas blesser.

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