Seconde partie de carrière : après les vieux fourneaux, place aux vieilles gazinières, mamies braqueuses et taseuses !

Nous l’avons déjà dit ailleurs dans le même espace d’expression, nos aînés ont le vent en poupe. Fini les septantièmes ou quatre-vingtième rugissants ou expirants, les vieux croulants. Avec quelques rides et quelques maladies de vieillesse, et surtout le sentiment de ne plus avoir rien à perdre, ça suffit à bâtir des héros (ou antihéros) qui vont devoir miser sur autre chose que le physique et la beauté (encore que). Plutôt sur une certaine expérience et cette faculté à emmerder le monde, à commencer par leur progéniture. C’est ce que nous allons voir dans l’album délicieusement burlesque et barge de Jean-Philippe Peyraud et Philippe Périé.

Résumé de l’éditeur : Le braquage d’une boutique de luxe dans le triangle d’or parisien c’est le genre d’événement qui se trouve rapidement stratifié entre 2 faits divers sur un site d’informations régionales. Mais le mode opératoire de celui sur lequel Camille, inspecteur à la brigade de répression du banditisme, enquête est pour le moins inhabituel. Les caméras de surveillance de la boutique ont enregistré des braqueuses parfaitement organisées, grimées en vieilles dames, qui utilisent les pensionnaires d’une maison de retraite Alzheimer pour faire diversion. Alors que ses coéquipiers tentent vainement de solliciter la mémoire défaillante des témoins de l’opération, Camille découvre que sa mère, Sonia, est le cerveau du gang dit des « mamies braqueuses ». Et quel cerveau ! Celui d’une septuagénaire ex-combattante de l’OAS repentie, ancienne avocate, veuve d’un grand flic décédé de la PJ et désormais atteint des taches blanches caractéristiques de la sclérose en plaques. Pour sauver la seule famille qui lui reste, Camille décide de protéger, puis de couvrir, à l’insu de ses collègues et de son chef, une mère incorrigible qui refuse d’entendre raison et persiste dans ses « old-up » !

Vous avez voulu les refourguer dans les bras de mamy-sitters, les caser au home et éteindre leurs désirs de liberté. Pas de chance, les chouettes revêches se rebellent et ne font pas dans la dentelle. De bazar en barnum (avant même de faire connaissance avec les principales protagonistes dont le quatrième âge joue les prolongations, s’offre la jeunesse des premiers exploits), nos grands-mères puériles déménagent, dès l’ouverture, un magasin de luxe. Profitant qu’un car de grabataires fait ses emplettes, notre gang débute sa vie de banditisme par un coup de maître… et de taser (préparez-vous au comique de situation électrique, c’est l’arme de prédilection de ces mères-grands).

© Peyraud

L’histoire proposée par Philippe Périé, dont c’est le premier scénario pour un vrai récit de fiction (lui qui est à la barre de Corporate Fiction, l’éditeur de référence en matière de bandes dessinées d’entreprise et de communication, partie immergée de l’iceberg BD très prisée par les communicants pour vulgariser leurs activités) qui place la barre haut, ne s’oriente pourtant pas sur une enquête acharnée: les acteurs tant du bon côté que du « mauvais » sont connus… se connaissent et se démasquent vite. Narmol, le cerveau du groupe, à l’alibi sclérosé, n’est autre que la mère d’une flic qui ne lâche jamais le morceau. Et entre une promotion qui serait bien méritée et une maman pas franchement poule, Camille va avoir du mal à choisir. Mais, dans la brigade de répression du banditisme, un collègue aux dents longues risque bien de profiter de sa latence.

© Périé/Peyraud
© Périé/Peyraud chez Futuropolis

Plutôt qu’une enquête classique, en donnant les clés de l’enquête dès les premières planches, Philippe Perié (un nom qui explique sans doute pourquoi ça pétille tant et à tous les coins de case) livre une farce rocambolesque et vaudevillesque où la seule inconnue est relationnelle. Une donnée très importante tant les personnages jouent trouble et brouillent les pistes, qu’elle conditionne le final du récit. Comment va-t-il tourner ?

© Périé/Peyraud

Dans cette sorte d’Il faut flinguer Ramirez mais plus raisonné, malgré toute sa déraison, Jean-Philippe Peyraud lâche les chevaux (enfin, les tribunes !) et son trait. Toujours dans l’explosivité, des caractères qui s’entrechoquent aux situations ubuesques, le dessinateur contribue à donner du peps à cette farce, avec le sens de l’action et du rire. Entre un ersatz de Cyril Hanouna, une mamie nymphomane ou une cheffe de bande qui joue à la Playstation, voilà une histoire détonante et bien sentie. Du grand divertissement, troussé et détroussé, qui sème au coin des yeux, quelques rides de bonne humeur. De toute façon on meurt … vit vieux. Et l’aventure n’a pas d’âge.

Titre : Seconde partie de carrière

Récit complet

Scénario : Philippe Périé

Dessin et couleurs : Jean-Philippe Peyraud

Genre : Comédie, Policier

Éditeur : Futuropolis

Nbre de pages : 128

Prix : 21€

Date de sortie : le 09/10/2019

Extraits : 

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