Kerosène, de cocaïne en abîme, de strass en trash, de démons en résilience

En 2006, la France assistait à la naissance d’une étoile. Elle s’appelait Rose et, tout en douceur, elle dressait la liste de ses envies. Une balade qui parlait d’amour et des belles choses de la vie, ces petites étincelles qui par leur évidente simplicité illuminent notre quotidien. Nul ne pouvait alors se douter que derrière cette guitare se cachaient les spectres de la cocaïne et de l’alcool. Après une descente aux enfers de plusieurs années, Rose renaît et se réinvente avec Kérosène, un nouvel album, mais aussi un livre confidence. De strass en trash, la chanteuse met à nu les démons de la dépression, ceux qui hantent bien des êtres humains.

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On connaissait Rose auteure-compositrice-interprète, on ne la devinait pas écrivaine. Et pourtant, en parallèle de son cinquième album, lui aussi intitulé Kérosène, c’est le format littéraire qu’elle a choisi pour raconter l’abîme derrière les paillettes. Après treize ans de chansons, Rose a mis de côté les rimes pour s’attaquer (avec brio) à la prose dans la foulée de ses démons. C’est ainsi, qu’au fil des pages, on découvre peu à peu cette double-vie bien cachée de la chanteuse, qui se dévoilait déjà à demi-mot au gré de ses vers.

Autant dire que si album et chapitres se répondent, c’est bien le livre qui ébranle le plus par son émotion brute et sa sincérité.

Un témoignage bouleversant et courageux qui en plus de gratter le vernis d’un monde de strass et d’apparences, révèle les quêtes d’une femme dans la jungle des conventions sociales.

Si la carrière de Rose a démarré à 26 ans, l’univers de la nuit et des excès, elle le fréquentait déjà. C’est ainsi que débute le livre, après un tour d’horizon familial, nous retrouvons une jeune femme pleine de vie qui se cherche dans les bars et les shots de tequila. Si à ce moment-là, l’engrenage de l’addiction ne l’a pas encore emportée, les excès, elle les connaît plutôt bien. Ce ne sera donc qu’un peu plus tard que Rose découvrira une substance magique, un stimulant miracle, qu’elle embrassera avant de s’embraser peu à peu.

Sans filtre, Rose raconte comment son âme égarée tombera amoureuse de la cocaïne, cette bouée de sauvetage inespérée. « La cocaïne ne plaît pas à tous ceux qui l’essaient. Il faut déjà avoir en soi une timide mégalomanie qui ne demande qu’à s’exprimer. Il faut être malheureux en état de sobriété, manquer de confiance et, sûrement, être un peu inconscient. Elle convient à la plupart de ceux qui refusent d’affronter leur solitude. »

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Ça commençait toujours pareil. Mon cerveau décidait à un instant précis que j’allais boire, trouver des gens avec qui le faire et commander de la drogue. Ou plutôt que la drogue allait me commander.

En ouvrant Kérosène, le lecteur rentre dans un monde bien ténébreux, presque tabou (encore plus au féminin), fait de masques et d’illusions, de démons et de tentations. On y explore les sombres sphères émotionnelles de Keren et de son alter ego, Rose. Elle ne nous cache presque rien et partage ses déambulations alcoolisées jusqu’au petit matin, ses errances délibérées, supposées combler un vide, un manque, des peurs.

Une bière et un croissant pour déjeuner, des hommes pour oublier, des fêtes et de la drogue à la pelle, pour se creuser toujours plus et se remplir… de chaos !

De page en page, de banqueroute en désastre, on plonge de plus en plus bas et une réalité s’impose peu à peu, la réponse à une question brûlante : d’où viennent les addictions ? D’un mal-être profond, d’une souffrance immense, d’une solitude sans fond !

Chez Rose comme chez bon nombre de dépendants, les consommations sont bel et bien la conséquence de la dépression et non l’inverse, comme on voudrait parfois nous le faire croire. « Le vide dépressif et le plein addictif sont les polarités d’un même phénomène. La fuite dans les addictions est une réponse possible dans un ailleurs différent quand la réalité devient insoutenable. »

Les euphorisants sont là pour maintenir à flot, de manière totalement artificielle, un certain amour-propre.

Se droguer, c’est aussi désobéir, se sentir libre de ne pas accepter l’existence telle qu’on nous l’impose. La drogue me donne la sensation de contrôler ma vie. D’en faire ce que j’ai choisi. C’est l’inverse qui se produit, évidemment.

Ce constat dressé, commencent alors plusieurs tentatives de thérapie, avec des armadas de psy, des cures et des hospitalisations intentionnelles. L’envie de changement est là et elle s’orchestre autour d’un personnage central à la vie de Rose, Solal, son fils, mais aussi Raphaël, son amoureux.

Rose essaie, puis retombe dans son Paris cocaïné, jusqu’au jour où un pourquoi pas change la donne. Un choix de retour à l’essentiel, un choix d’embrasser la vie. Alors, la famille et les amis remplacent les relations éphémères et les potes de teuf !

Alors, l’amour prend le dessus sur le sexe. Alors, le spirituel terrasse le matériel et ses possessions. Alors, la présence balaye la fuite. Et, l’équilibre arrive enfin.

Si certains médias n’ont retenu que les 5 g de coke que l’artiste achetait régulièrement, lorsque le treizième chapitre se clôt, c’est toute autre chose que l’on garde en mémoire. « Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse », nous disait Nietzsche. C’est peut-être cette citation qui résumerait le mieux ce témoignage littéraire aussi dramatique que lumineux. Sans barrière si ce n’est celle de son jardin secret, Rose nous raconte son naufrage, mais surtout, sa renaissance !

Son histoire, c’est celle de bien des âmes errantes dans la nuit et les bars. Son histoire, c’est la preuve que même au fond du gouffre, on peut lever les yeux vers le ciel, voir la lumière et remonter. 

Comment avoir eu autant envie de tuer le temps alors qu’il me paraît aujourd’hui si précieux ? Vouloir tuer le temps, c’est mépriser le présent. Mépriser le présent, c’est refuser de vivre.

À découvrir également en concert à Paris, à La nouvelle Ève, les 26 et 27 novembre.

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Titre : Kérosène

Auteur : Rose

Éditeur : Les éditions Ipanema

Nombre de pages : 259

Genre : Témoignage / autobiographie

Sortie : octobre 2019

Prix : 16,90 euros

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