Au coeur de Forest comme au coin de la rue, Claudio Capéo sur un nuage de ballons

Après le Cirque Royal lors de la précédente tournée, c’est un beau Forest National que Claudio Capéo s’est offert pour célébrer son début de tournée des Zénith. Un spectacle musclé et touchant, devant des centaines de spectateurs mais comme au fond d’un bar, intime, chaleureux et convivial. À gorge et coeur déployés.

Sur le coup de 20h précises, les lumières s’éteignent pour mieux faire rayonner Anwar. Seul à la guitare, un petit bout d’homme de pas loin qui joue à domicile. Un timbre particulier qui s’envole avec facilité et des mélodies qui ont vite faite de séduire le public qui n’est pas avare d’applaudissements. Pas de doute, l’auteur-compositeur-interprète que nous avions vu, il y a déjà un bon moment, s’affirme au fil de sa musique colorée.

Entracte, les lumières se rallument, et la playlist semble concoctée par Claudio, invitant, ceux qui veulent, au bal musette : Lina Margy, Emile Vacher, Jean Gabin et Fréhel. Un casting cinq étoiles pour encourager le petit Claudio devenu grand à empoigner l’accordéon, c’est ce qu’il fit dès ses 5 ans. Et trente ans plus tard, ça n’a pas changé. Si ce n’est que depuis il chante en compagnie d’un beau band de potes. Les mêmes que sur le tour précédent et que depuis longtemps, des vrais poteaux rencontrés au fil des étapes de la vie.

Avec un jeu de lumières classe, c’est dans la quasi-obscurité que l’intro se joue, percée de morceaux d’interview durant lesquels Claudio se livre sur ses débuts précoces à l’accordéon, sur son groupe de scène avec qui il ne fait qu’un, qui sont autant Capéo que lui. Et ils en ont fait une chanson inédite à paraître sur la réédition de son dernier album. On a tellement l’habitude des bonus passe-partout, des rajouts artificiels, laissé de côté dans la première mouture de l’album… Ici, c’est une vraie chanson forte que propose le groupe, émotionnelle et efficace, dynamique. À tel point qu’elle ouvre la tournée avec, d’abord, Claudio seul à l’accordéon puis Gillou, Julien, Xavier et Jonathan qui le rejoignent. Comme Les cinq doigts de la main. Équipage de marins fraîchement débarqués pour nous emmener vers les îles aux trésors et célébrant le rêve, pas si inatteignable que ça quand on y croit, tant que rien ne les arrête.

Pas de décor, tout au plus quelques jeux d’ombres et de jolies lumières, la scène est dans son plus simple appareil, habitée par l’essentiel la joie, la danse, une intense envie de partage musical. Jamais à l’économie. Partage tellement grand que même si la scène est forcément plus élevée que la fosse, les Capéo’s ont fait installer un véritable escalier, comme un accordéon déployé entre le public et les musico’s. Claudio aime son public (qui en choeur palliera à l’absence de Vitaa, retenue ailleurs), il ne se refrène jamais pour le dire et cela lui vaudra quelques incursions. Donner sans compter. Le choix, ce n’est pas marche ou crève, c’est danse et rêve. Et le public le lui rend bien. En s’installant dans les gradins, les spectateurs avaient pu trouver de (pas si) mystérieux mots disséminés avec un petit accessoire à garder secret jusqu’au refrain de la deuxième chanson, Plus haut. Le fan club est dans la place et dans le coup. Et quand vient le tour de cette chanson qui nous évoque le regretté Robin Williams (Capitaine, mon capitaine), ça ne manque pas, des dizaines de ballons noir-jaune-rouge rebondissent pour tenter d’atteindre le ciel. Le chanteur est paf: « oh mais quel délire » !

Et tout le concert et ses 1h40 ne tendront uniquement vers cela : l’apothéose du délire. L’occasion de se rendre compte que l’Italo-Alsacien (curieux mélange qui détonne) et ses potes disposent déjà, en deux albums (on aimerait tant avoir dans les mains les deux premiers), de plein de morceaux immanquables (Ça va ça va, Que dieu me pardonne et le terrible Riche, sont gardés pour la fin mais en attendant le spectacle est bien au rendez-vous : Je vous embrasse fort, Fidèle à moi-même, Un homme debout…). Des tubes qui sèment le bonheur, rockeurs (avec même un petit bout de Nirvana) et explosifs entre intimisme et ambiance de stade. Presto tutto, presto tutto sarà più bello.

Avec quelques très bons moments, comme lorsque pour faire une ronde, une chaîne, Claudio fait monter à ses côtés deux enfants, rayonnants. Puis, dans cette grande fête, les Capéo’s ont chacun leur moment de gloire. Et, rien à faire, ce saxophone, qu’est-ce qu’il amène de la profondeur aux morceaux. Moins à l’accordéon qu’on pouvait s’y attendre, Claudio ne s’économise pas pour la cause, tourbillonnant sans jamais perdre son souffle. Au fil du spectacle, de plus en plus, le public s’est levé pour ne plus se rasseoir. Paroxysme sur la feria « Dis-le moi ». Intense émotion sur un Chez Laurette d’une beauté et d’une réorchestration bouleversantes.  Forcément, ça s’est fini en Cap’Héo ho ho ho ho ho. Et en popolopopolop popolopopolop. Le chanteur a eu du mal à repartir. Bruxelles aussi. Sans triche, juste Riche d’un bel artiste, comme un ami. Généreux.