La Marche: en noir et blanc, dans l’enfer froid et l’exil sauvage, l’homme est un loup pour l’homme

Croisons les doigts pour que l’hiver ne revienne pas trop vite. Et la guerre, encore moins. Tant le témoignage de fiction, mais avec forte empreinte de la réalité, d’Anne-Laure Reboul et Régis Penet laisse peu d’espoir quant à notre survie. Privés de tout, au milieu d’un rien pourtant si vaste, parcourus d’animaux sublimes qui rappellent que pour survivre, il faut parfois laisser tomber son humanité, être bestiaux.

© Reboul/Penet chez Vents d’Ouest

Résumé de l’éditeur : Quand la survie des hommes met en jeu leur humanité. Russie, 1812. Ils sont une poignée d’hommes et de femmes qui errent dans le grand blanc, dans une étendue de neige immaculée dont la blancheur n’est cassée que par la verticalité de quelques bouleaux timidement dressés. Ce petit groupe livré à lui-même depuis des jours, des semaines, lutte pour sa survie, dans l’enfer froid de l’hiver russe, en marge de la grande retraite napoléonienne de 1812.

© Reboul/Penet chez Vents d’Ouest

Puits intarissable d’histoire, l’épopée napoléonienne continue de nourrir tel un fleuve les planches de BD dans des styles très variés. La Marche est ainsi un sommet, complètement enneigé, à l’horizon bouché et sur lequel un torrent de noir et blanc s’acharne. Un piège infernal qui se referme sur la petite compagnie survolée par des corbeaux qui sentent venir l’heure de l’un ou l’autre des pauvres âmes qui tentent de résister le plus loin possible.

© Reboul/Penet chez Vents d’Ouest

Dans le froid infini, autour de la calèche et du traîneau trop lourds pour un tel périple, le duo d’auteur (ils ont coécrit le scénario et Régis Penet a investi les images) suit ainsi une petite dizaine de personnages : des femmes et des hommes, des jeunes et des vieux. Même si fouettés par les conditions ils ne semblent ne plus avoir d’âge. Des Français et 2-3 moujiks. Autant d’alliés et d’antagonismes, autant de caractères différents portés par l’instinct de survie mais aussi par des aspirations qui divergent. De Moscou jusque là où la vie leur prêtera force, où la mort prendra son dû. Tous espèrent rallier la sécurité, le havre de paix que la neige semble repousser de plus en plus.

© Reboul/Penet chez Vents d’Ouest

Partant d’un jeu d’échecs – la métaphore est parfaite, chapitrant ce survival et lui donnant toute son horreur -, Régis Penet met ses héros en situations réelles, en état de sélection naturelle, remplissant les bois qu’ils traversent de loups, de glace et d’éclats de voix. Car la vie de ce petit groupe n’est pas un long fleuve tranquille, les esprits s’échauffent, les options s’entrechoquent. Non, ils ne peuvent pas arriver à destination tous ensemble, il va falloir écrémer le collectif, se la jouer individuel, laisser faire la nature ou forcer un peu le destin. Une fois, dans la ville, tous redeviendront anonyme, et la neige aura effacé toute trace de crime. À chaque pas dans cet enfer blanc, la tension monte d’un cran. Il n’y a plus de place pour la dignité. L’homme est un loup pour l’homme.

© Reboul/Penet chez Vents d’Ouest

De son noir et blanc transpirant l’effroi, Régis Penet s’inscrit dans la même veine que Larcenet avec son Rapport Brodeck. L’encrage est fort, le trait est possédé par cette histoire qui va mal finir, cernant et assiégeant les rapports humains sans besoin d’en dire trop. La psychologie se joue à l’économie, sans trop de mot mais à coups de regard transperçant ou tout juste perdus dans le vague. D’une beauté et d’une horreur sans nom, voilà une histoire qu’on ne lâche pas jusqu’à la fin, fatale.

© Reboul/Penet chez Vents d’Ouest

Titre : La Marche

Récit complet

Scénario : Anne-Laure Reboul et Régis Penet

Dessin : Régis Penet

Noir et blanc

Genre : Drame, Survival

Éditeur : Vents d’Ouest

Collection : Integra

Nbre de pages : 120

Prix : 22€

Date de sortie : le 28/08/2019

Extraits : 

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