Voca People: un eight-men-and-women show qui a du coffre et du c(h)oeur, burlesque et émouvant

Voca Voca, ça vaut bien un Arriba Arriba ou un Banana Banana. Après les avoir vus quelques fois au hasard du zapping télé et en avoir eu un avant-goût tonitruant lors des dernières Nuits des Choeurs à l’Abbaye de Villers-la-Ville, j’ai enfin assisté à un concert (mais en est-ce vraiment un) des intenables Voca People sur la scène du Théâtre Royal de Mons. Un eight men and women show délicieux et impressionnant.

Le décor est minimaliste, les lumières feront le reste et l’habillement, tout de blanc, des protagonistes venus d’ailleurs, probablement d’une planète éloignée où la vie est la musica qui, elle-même, est l’énergia ! Sur cette scène montoise, ils se sont malheureusement écrasés et leur vaisseau, petite pyramide qui prendra les couleurs de la Belgique en cours de spectacle est mal en point. Il faut la gaver de voix et de musique pour espérer la faire redécoller et que ces E.T. puissent faire leur retour maison.

© Alexis Seny

Mais où sont-ils, d’ailleurs ? Tapis dans l’obscurité, tout d’un coup, ils surgissent, ramassés sur eux-mêmes, timides. Pour eux, c’est un peu le rendez-vous en terre inconnue. Et quand les lumières s’allument, de voir la salle complètement remplie, ils ont un mouvement de recul, d’effroi. Et l’écrasant dragon représenté sur le mur du théâtre n’est pas fait pour les rassurer. Les humains seraient-ils des barbares ? Il faut dire que les Voca People (cinq hommes, trois femmes, si du moins on les désigne comme ça d’où ils viennent) ont la blancheur de la naïveté, de l’espièglerie. Les Minions se seraient-ils inspirés d’eux ? Il y a de ça, si ce n’est que nos invités du jour cherchent plutôt « des frites, des frites » que « banana banana ». Ils ont en tout cas la même propension à gaffer et à faire des mauvais coups, guère méchants. Une fois le mur du son et de l’anonymat franchis, ils ont tôt fait de se présenter. A cappella, ce qu’ils font de mieux. Il y a donc Tubass (ou Too Bass celui qui fait péter le son, et vos oreilles avec), Beat On, Scratcher, Soprana, Tenoro, Baritone, Alta et Mezzo. Chacun a sa spécificité qui rajoute à l’harmonie dingue de ce groupe qu’on croirait nourri de cent voix.

© Alexis Seny

Et ils commencent fort, avec un medley/mix de certainement une cinquantaine de titres joués en un temps record. Des morceaux tellement emblématiques que trois-quatre secondes suffisent pour les reconnaître et passer à un autre, sans transition mais avec éclat. Sans musiciens pour les accompagner, ni question d’air guitar ou d’imitations d’autres instruments, les Voca People font, dans leur propre langue, une réelle réinterprétation de ce répertoire, patrimonial même, plus diversifié tu meurs. Explorant les bandes originales de films en en mimant les scènes (mention spéciale à la moto de Mission Impossible, qui rajoute des effets spéciaux : on jurerait qu’elle va détaler sur scène à un moment ou à un autre, tel est l’effet 3D de la voix de Scratcher), réussissant à égaler ce showman de Freddie Mercury ou, en rappel, à faire revivre notre Johnny Hallyday international.

Pourtant, au-delà de la musique dont ils se nourrissent, ces curieux personnages réussissent surtout à créer une histoire et à nous y faire croire. Malicieux, ils se nourrissent de ce qu’il y a de plus beau parmi leurs hôtes d’un soir. Une main sur le crâne d’un spectateur et c’est tout un monde musical (réel ou fantasmé) qui prend vie et se matérialise à la force de ces huit voix sublimes. Puis, les petits hommes (non pas verts mais blancs) s’amusent énormément dans le public, ayant le don de choisir les bons clients. Ceux qui se trémoussent comme ce papy dont la barbe blanche a séduit ces extra-terrestres et qui entendait bien repartir avec eux. Et puisqu’il y a de l’amour dans l’air, le peuple Voca, emporté par ses sentiments, a bien tenté de briser quelques couples. S’en prenant aux femmes comme aux hommes. Un peu psychopathes sur les bords. Chapardeurs aussi.

© Alexis Seny

Intensité, générosité et un esprit burlesque revigorant, ce spectacle se vit comme une expérience au bord de l’impossible, porté par des voix dont le mystère et l’incroyable association sont intacts. C’est tellement revigorant et réconfortant de voir des spectacles de cette trempe.

© Alexis Seny

Comme Terminator, les Voca People reviendront au Forum de Liège le 9 novembre. Infos et réservations sur www.next-step.be/artist/125-voca-people

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