Kattrin et Henri Reculé, un couple entre bande dessinée et dessin animé : « Les rêves qui deviennent réalité sont peut-être les plus beaux »

Pendant longtemps, Henri Reculé et Kattrin étaient à la vie comme au dessin. Le premier dessinait quand la deuxième mettait les planches en couleurs. Avec le troisième album de Jack Wolfgang, jusqu’à preuve du contraire le dernier de la série scénarisée par Stephen Desberg, le couple a dû rebondir professionnellement. C’est ainsi que Kattrin a retrouvé le chemin des studios d’animation qu’elle avait fréquentés au début de sa carrière. Elle a ainsi mis en couleurs des décors du dessin animé Fritzi qui sort ce mercredi. Henri, lui, nourrit d’autres projets BD. Rencontre avec ce duo.

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Bonjour à tous les deux, c’est la première fois que je vous rencontre tous les deux. Vous ne semblez pas travailler dans le même bureau, si ?

Henri : Non, nous faisons atelier à part. Pour avoir plus d’espace.

Kattrin : Puis, nous n’écoutons pas la même musique. Je suis plus branchée sur la radio et des émissions.

Henri : Moi, ce sont plus des musiques de film.

Un morceau de l’atelier de Henri Reculé

Kattrin, cela fait quelques années déjà que vous colorisez les albums d’Henri mais pas que.

Henri : Pendant tout un temps, Kattrin m’a demandé pour faire des couleurs. Ça tombait toujours mal, quand il ne me restait que vingt jours pour terminer mon album. Pas l’idéal pour commencer.

Puis, en 2009, il y a eu une possibilité. Kattrin a demandé au Lombard pour faire des tests, sur des planches, à l’aveugle.

Kattrin : Des planches qui avaient déjà des coloristes ou pas, pour me faire la main. Puis, en festival, nous avons parlé avec d’autres dessinateurs. Ça m’a permis d’obtenir mon premier boulot. Avant de rejoindre Henri sur les tomes 7, 8 et 9 de Cassio puis sur les Mille et autres nuits et les trois Jack Wolfgang.

Miss Octobre © Desberg/Queireix/Kattrin chez Le Lombard

C’est pour le tome 3 de cette série que nous nous rencontrons. Le dernier ?

Henri : Pour le moment, c’est fini. Mais sait-on jamais, le monde de l’édition peut se révéler plein de surprises. Mais, en termes de vente générale, Jack Wolfgang n’a pas conquis assez de lecteurs.

Actuellement, je travaille avec Bernard Vrancken sur I.R.$. Bernard commençait à manquer de temps pour se consacrer à d’autres projets. Pour qu’il en récupère, je réalise donc les crayonnés des prochains albums. Cela commencera dès octobre avec un album hors-série « Les dossiers de Max ». Un album anniversaire, Vingt ans déjà, de 56 pages dont 16 planches de BD inédite ainsi que huit planches qui étaient parues dans les échos. L’album est garni d’illustrations originales réalisées par Bernard exprès pour cette édition et d’un dossier spécial revenant sur la genèse de la série, album par album.

Une sorte de making-of avec les explications de Stephen Desberg sur les origines de la série, son analyse, les éléments de la vie réelle qui l’ont influencé. J’étais étonné face à un tel album mais ça a vraiment du sens. C’est incroyable de voir à quel point les albums retracent l’évolution de l’économie américaine. Ça m’a donné envie d’en relire toute la série (rires). A mon sens, la plupart du temps, les albums anniversaire n’ont pas beaucoup d’intérêt pour le lecteur qui suit la série. Mais sans faire l’apologie du dessinateur ni du scénariste, qui est le mien aussi, je trouve qu’il amène une plus-value. On comprend ce que Stephen, américain qu’il est, a comme réflexion personnelle sur l’Amérique et vécu lui-même dans ses voyages pour imaginer des histoires comme ça.

Sur cet album, je fais une entrée discrète, le crayonné des 16 pages inédites. Je ferai les crayonnés d’un album complet pour le tome 21. Le découpage est fini.

Ce n’est pas la première fois que Bernard Vrancken se fait aider, si ?

Henri : Non, il y a quelques années,  sur les tomes 15 et 16, Bernard s’était fait aider par Daniel Koller. Celui-ci faisait le découpage et Bernard encrait. Mais je trouve qu’on voyait le dessin de Daniel. Ici, comme je monte depuis quelques années les phylactères de Bernard, que ce soit pour Hell ou I.R.$, je connais la manière de mettre en images de Bernard. Ce n’est pas la même que la mienne. Je vois la planche mais aussi le scénario, je sais ce que Bernard en fait. C’était donc plus intéressant que Bernard fasse un pré-découpage rapide sur lequel je base le découpage définitif. Ainsi, je me base sur sa vision. Ce sur quoi il met l’importance fait son ADN.

Le but de cette collaboration, c’est que le lecteur ne voit pas de différence de style avec la série qu’il connaît. Nous enrichissons juste le produit pour qu’il gagne en qualité. Le lecteur doit reconnaître le personnage. C’est une de nos erreurs sur la série Empire USA où chaque album était dessiné par un dessinateur différent. Pour garder la même unité narrative, une même personne aurait dû faire le découpage. Dans « Les Mondes de Thorgal » il y a cette volonté de rester fidèle au style et la manière de raconter les histoires. Et ce n’est pas aussi simple que ça ; quand Jerry Spring a été repris par Franz, ça n’a pas marché. Pourtant, de mon avis, c’était plus actuel que ce que faisait Jijé. Mais ça n’avait pas l’âme de l’original.

Toujours est-il que la série I.R.$ a déjà une coloriste en la personne de Bérengère Marquebreucq, Kattrin ne m’accompagnera donc pas sur cette aventure-là.

Du coup, que faites-vous ?

Kattrin : J’ai fait du dessin animé, il y a longtemps, pendant 7-8 ans, et j’y reviens. À la base, j’ai une formation d’illustratrice jeunesse, réalisée à St Luc. J’ai réalisé des illustrations pour les Editions Averbode. Aussi pour « Paroles d’enfants », une asbl de Liège et Fleurus Presse. J’ai aussi illustré une histoire pour un livre collectif paru aux éditions Hemma en 2018. Mais tout cela n’a jamais abouti à ce que je voulais vraiment faire.

© Kattrin

Je me suis donc lancée dans les couleurs BD. Mais, à l’ancienne, sur papier. C’était trop petit et je n’étais pas assez précise. À l’époque, les PC sont arrivés et il a été question de passer au numérique pour certaines colorisations. Je me suis constitué un book que j’ai envoyé partout. C’est ainsi que j’ai collaboré avec Ersel sur « Le Zouave », avec Tibery sur « L’or de France » mais aussi avec Maryse et Jean-François Charles sur la série des Pionniers du Nouveau Monde. Mais Jean-François préférait la couleur faite traditionnellement. Il y a aussi eu Miss Octobre, un tome le tome 4 de la série All Watchers, spin-off de I.R.$, et la reprise des couleurs de Cassio. Tout un parcours.

IRS – All Watcher © Desberg/Mutti/Kattrin chez Le Lombard

Et un travail en commun.

Henri : Oui, mais, au départ, on n’avait pas envie de travailler ensemble.

Et maintenant ?

Kattrin : Nous nous étions demandé ce que nous ferions si Jack s’arrêtait ? Si Henri n’avait que le dessin de cette série et moi que les couleurs. Manque de bol, c’est arrivé.

Du coup, je m’éloigne de la BD. Pour le moment je n’ai pas de projet de mise en couleur. Je me concentre donc à nouveau sur le dessin animé. J’ai fait deux grosses formations cette année, quelques semaines à Liège et quelques mois à Mons, en animation 2D Cut Out, un procédé très utilisé pour les séries TV. C’est désormais complètement différent. Aujourd’hui, le dessin est numérisé et on le fait bouger comme des « puppets », des marionnettes. Tout cela se fait sur un logiciel, Toonboom Harmony .

Votre première période dans le dessin-animé, c’était où?

Kattrin: Dans les bureaux luxembourgeois de la boîte bruxelloise Odec qui s’était fort développée. J’ai été amenée à travailler sur Mimi Cracra, Le chameau blanc, Les Tifous ou Cococinel.

L’année dernière, j’ai eu l’occasion de travailler sur Fritzi, un long métrage d’animation dont un des studios responsable se trouve au Luxembourg. Mon travail a été essentiellement centré sur la mise en couleur des décors. C’est costaud. Je n’avais jamais fait ça de ma vie. Mais, au fond, je me suis rendue compte que c’était proche de la manière qu’on avait choisi de faire sur Jack Wolfgang. En tous cas c’était une très belle expérience qui m’a donné envie de me diversifier et de ne plus me cantonner qu’à la mise en couleur de BD.

Henri : Le travail sur Jack Wolfgang a été malgré nous assez ardu, je dois dire. On a cherché plus une mise en lumières qu’une mise en couleurs. Pour le troisième album, j’ai laissée Kattrin le faire jusqu’à ce que l’expérience du dessin animé vienne la chercher. J’ai donc fait la fin de l’album, à partir des pages 37-38, je pense. Mais nous étions déjà plus rôdés. De mon point de vue, c’est plus réussi, scénario, dessin et couleurs.

© Desberg/Reculé/Kattrin chez Le Lombard

Mais qu’est-ce qu’une bonne couleur ?

Kattrin : Une ambiance qui est ressentie sans trop d’inégalité, qui trouve une cohérence avec l’histoire et le dessin. Même si, pour cela, il faut mettre de côté ses préférences – des couleurs que je n’ai jamais l’occasion de faire -. Comme du gris coloré, ambiancé. De temps en temps du jaune.

Henri : C’est la problématique du coloriste. Qu’est-ce qu’il est bien de faire ? Il faut répondre à ce que les auteurs, éditeurs veulent.

Kattrin : J’aime les tons et nuances pastels mais la demande, ici, le scénariste intervenant aussi, allait vers des tons plus pétants. Il faut parfois faire un travail de qualité… qui va à l’encontre de ses propres goûts.

L’or de France © Pécau/Lefebvre/Tibery/Kattrin chez Le Lombard
Miss Octobre © Desberg/Queireix/Kattrin chez Le Lombard

Henri : Puis, la demande peut changer. Ainsi, pour Jack Wolfgang, au départ nous étions partis sur des couleurs douces. Avec le temps, je trouvais que dans les couleurs BD il y avait trop d’effets. Moi, j’avais des envies d’aplats comme Tim Sale en a sur certains Batman. Ou le Catwoman « When in Rome ». De plus, il n’y avait pas trop de place pour le minimalisme. Le trait devait être visible. Nous avons donc opté pour un style aquarellé. Nous avons rajouté de la texture à laquelle nous avons rendu de la matière. Ce qui donne un côté dessin animé. Les couleurs sont plates mais donnent l’impression de quelque chose de plus granuleux. Ça a été beaucoup de va-et-vient.

Kattrin : En effet, pour le premier album de Jack Wolfgang, nous avons voulu tester une technique utilisée dans le dessin animé, notamment chez Dreamworks. Nous avons fait beaucoup de recherches, au moins deux mois. Henri dessinait ses pages à l’ordinateur et rajoutait des ombres avec des masses de gris. Nous nous sommes vite rendu compte que cela altérait les couleurs. Qu’avec le gris, le rouge devenait brun étain, etc. Cela dit, avec d’autres couleurs, comme le bleu, le gris était complémentaire. Mais avec du jaune et du orange, la couleur devenait sale. Il nous fallait trouver la profondeur autrement. Il a fallu redessiner certaines pages, enlever le gris et retrouver le sens des couleurs.

© Desberg/Reculé/Kattrin chez Le Lombard

Henri : Le gris était une erreur. Parce qu’il alterne l’ombre et la lumière. C’est ingérable. La façon dont je l’avait fait donnait un résultat impossible dans la réalité.

Kattrin : Nous avons trouvé l’astuce en retirant un calque parfois. Il faut bien garder à l’esprit qu’il faut sortir quelque chose que tout le monde a envie de voir.

Henri : Ça marque aussi la différence entre la BD et le dessin animé. Avec Jack, nous avons peut-être été trop loin dans le second aspect. C’est, je trouve, très beau visuellement, graphiquement, mais nous avons sans doute voulu mettre trop de profondeur.

Pourquoi le coloriste n’est-il pas sur la couverture ? Est-ce gênant ?

Kattrin : Non, c’est normal. Ce n’est pas un manque de considération. La question qu’il faut se poser n’est pas celle-là. Le coloriste est-il un auteur ? Celui par lequel l’histoire naît ? S’il est sur la couverture, ça veut dire qu’il est considéré comme auteur et qu’il a participé à la création de l’histoire. Cela se passe quand un scénariste et/ou dessinateur va vraiment chercher un coloriste pour son ambiance, sa vision en couleurs d’une histoire. Ici, ce n’était pas le cas. Henri et Stephen déterminaient le rendu qu’ils souhaitaient. Et c’est normal, il n’y a pas de rouspétance possible.

Les pionniers du nouveau monde © Jean-François et Maryse Charles/Ersel/Kattrin chez Glénat

Henri : Par contre, si le coloriste a son nom sur la couverture, qu’il est reconnu comme auteur, cela peut aussi poser problème dans le sens où il pourrait réclamer des droits et même bloquer la parution si on n’est plus d’accord et qu’on s’en sépare.

Je crois qu’il faut faire la différence entre deux rôles. En premier, le coloriste qui sert le projet quand il est déjà lancé. Quand cette personne n’intervient dans aucune discussion sur le scénario, sur ce que vont devenir les personnages. Celui qui met « juste » en valeur. En deuxième lieu, il y a le coloriste dont on apprécie l’univers et dont on veut intégrer la vision très rapidement dans le processus de création et de décision. C’est le cas dans le Blake et Mortimer de Gunzig, Schuiten et Van Dormael avec Laurent Durieux !

À côté de cela, Kattrin, vous continuez à dessiner ?

Kattrin : Oui, j’ai un petit carnet dans lequel je dessine parfois. J’adore aussi faire de l’aquarelle, de l’acrylique, du brou de noix, de la linogravure. (quand c’est possible) Je travaille avec différentes techniques, me documente. Ce sont des travaux personnels. J’ai animé des ateliers créatifs pour enfants, adolescents et adultes à Spy durant quelques années. Cela m’a permis de continuer à travailler avec toutes ces techniques picturales que j’apprécie beaucoup.

Là, j’essaie en ce moment de dessiner Chihiro, de faire une petite animation avec ce personnage que j’aime beaucoup..

Vous avez également conçu l’affiche du bal aux lampions de Spy pour le 21 juillet. 

Kattrin : Je ne suis pas affichiste, c’est un petit dessin, mais oui c’est vrai qu’elle était chouette. J’ai commencé à l’aquarelle avant de prendre le tout en photo et de retoucher au pc sur ma tablette graphique. Et de terminer en montant le tout sur photoshop. J’aime beaucoup dessiner les musiciens, le mouvement…

Des projets d’exposition ?

Kattrin : Non, mais j’essaie de poster régulièrement sur Instagram. Nous sommes partis en vacances dans le Lot et en nous promenant, j’ai été touchée par la diversité de portes des maisons. Du coup, je pense faire une série sur les Portes du Lot.

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Door#Dordogne#Gluges#watercolor

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Ce troisième album n’a-t-il pas été fait différemment ? On sent que le dessin est peut-être plus direct, vif.

Henri : C’est vrai, je me suis installé dans mon fauteuil et j’ai commencé à faire mes petits dessins. J’avançais et je me suis rendu compte que je ne pensais pas à la planche finale mais en images en cinémascope, comme un storyboard. J’ai finalement fait mon découpage sur Storyboard Pro, un logiciel de storyboard. Depuis le tome 2 Stephen me faisait un découpage non pas par planche, mais par case. Surtout dans le but de me laisser choisir librement les doubles pages et le rythme général.

Tout cela a influencé le cadrage, la mise en page. J’avais plus de liberté sans casser un rythme prédéterminé par lui. Le format cinemascope est bien sûr impossible en BD. Mais je me suis mis en tête de tester un logiciel, de faire tout l’album en storyboard puis de faire le montage. Mieux, certaines scènes ont vraiment été liées à l’animation. Cette dynamique traverse toute la planche. Vraiment comme un film. J’ai même créé une séquence d’animation. C’est un atout d’animer l’action, ça permet de se rendre compte des éventuels problèmes de narration.

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© Desberg/Reculé/Kattrin chez Le Lombard

Kattrin : Henri a ce rêve d’un jour dans sa vie faire du storyboard, de l’animation.

Henri : Qui sait ? Les rêves qui deviennent réalité sont peut-être les plus beaux. Ça m’amuse en tout cas.

Merci à tous les deux. Si Kattrin continue donc de naviguer dans le milieu de l’animation, notons qu’avec l’arrêt de Jack Wolfgang, Henri Reculé est parti en quête de nouveaux projets. Il planche, toujours avec Stephen Desberg, son scénariste de longue date, sur une adaptation d’Othello de Shakespeare. Le personnage qui donnait son nom à la série Cassio était inspiré du lieutenant d’Othello. Il fera donc son «come-back» dans l’adaptation que le dessinateur prépare. Recherches à l’appui (beaucoup plus à voir sur son portfolio).

Quant à Cassio, cette série aujourd’hui conclue en neuf tomes, elle connaîtra un second souffle avec la parution prochaine d’une intégrale en noir et blanc aux Éditions, marseillaises, Snorgleux. 472 pages pour 99€.

La première série d’Henri, seul à la barre, Castel Armer, suivra la même voie. Les cinq tomes seront réédités en noir et blanc chez 7 Éditions, de Waterloo.

Série : Jack Wolfgang

Tome : 3 – Un amour de panthère

Scénario : Stephen Desberg

Dessin : Henri Reculé

Couleurs : Kattrin

Genre : Anthropomorphe, Action

Éditeur : Le Lombard

Nbre de pages : 64

Prix : 13,99€

Date de sortie : le 28/06/2019

Extraits :

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Série : IR$

Tome : Hors-série – Les dossiers Max

Scénario : Stephen Desberg

Dessin : Bernard Vrancken

Crayonné sur une histoire courte : Henri Reculé

Couleurs : Bérengère Marquebreucq

Genre : Documentaire, Espionnage, Thriller

Éditeur : Le Lombard

Nbre de pages : 56

Prix : 12,45€

Date de sortie : le 31/10/2019

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