Sonate d’Automne au Boson, du théâtre sans artifices qui préconise l’émotion

Adapter l’âpreté d’un texte d’Ingmar Bergman au théâtre, n’est pas chose simple. Avec cette adaptation de Sonate d’Automne mise en scène par Bruno Emsens, on plonge dans l’univers introspectif et psychologique du réalisateur suédois dans le cadre intimiste du Théâtre Le Boson.

Dès la porte d’entrée franchie on pénètre dans un lieu atypique, un théâtre de poche de quarante places financé presqu’exclusivement par des fonds propres. L’endroit offre aux spectateurs une proximité exceptionnelle avec les acteurs et propose au public un bar chaleureux et accueillant, inévitable lieu de rencontres artistiques. Depuis 2014, Le Boson ouvre aussi ses portes à des compagnies professionnelles en résidence plusieurs fois par an. Une action à saluer pour qui aime le théâtre et se réjouit de chaque initiative permettant d’offrir aux artistes un lieu d’expression libre, et au public une immersion totale dans des projets parfois plus difficiles d’accès, mais surprenants et passionnants.

Mais revenons-en à la pièce…

À l’invitation de sa fille Eva, Charlotte débarque avec armes et bagages dans la bourgade de Bindal, au fin fond de la Suède. Elles ne se sont plus vues depuis 7 ans. Il va falloir remettre les pendules à l’heure. Il y a eu la mort récente du vieux Leonardo, le compagnon de Charlotte mais aussi le drame de la noyade du jeune fils d’Eva et Viktor dans le puits du jardin.

Au fil de la soirée, les histoires se racontent et derrière elles la trajectoire de deux femmes liées par leur lien de sang : l’une, la mère, brillante pianiste à la carrière internationale, talentueuse, volontaire, directe et dominatrice. L’autre, la fille, effacée, incapable d’aimer, bien décidée à en découdre, à se faire reconnaître après l’abandon qu’elle estime avoir subi…  ( source Le Boson)

L’oeuvre de Bergman s’intéresse grandement à la difficulté de communication entre les êtres. Le spectateur est ici confronté à la rencontre de deux femmes aux parcours diamétralement opposés. Celui de la mère ( Jo Deseure), pianiste de concert professionnelle qui au nom de sa carrière et de son épanouissement artistique personnel a délaissé son rôle maternel, et qui se montre insensible, forte et autoritaire, du moins en apparence…

Face à elle, Eva ( Julie Duroisin) , sa fille, plus effacée, et mariée à un mari qu’elle n’a jamais aimé (Francesco Mormino) car elle en est incapable. A l’étage, alitée, on trouve Helena la petite soeur d’Eva, handicapée et incapable de s’exprimer, mais qui est consciente de la situation tendue que vivent sa mère et sa soeur, et perçoit tout. On ne la verra jamais sur scène car son rôle est incarné par Inès Dubuisson par le biais d’un film projeté sur un écran et censé représenter ce qui se passe dans la chambre. Une jolie trouvaille de mise en scène fort efficace.

Rapidement la confrontation entre les deux femmes va sombrer dans le drame et les déchirures par l’attitude d’Eva bien décidée à se faire reconnaitre par une mère qu’elle accuse de l’avoir abandonnée et jamais aimée. Jo Deseure est formidable dans un rôle intense et difficile qu’elle porte à bout de bras, et sa confrontation explosive avec Julie Duroisin marque les esprits. Si bien qu’on ressort de la pièce avec dans nos souvenirs des images inoubliables de ce spectacle  présenté dans un décor dépouillé et simple, mais qui met l’excellent jeu des comédiens au premier plan. Du théâtre sans artifices qui préconise l’émotion.

A l’heure des blockbusters cinématographiques et des grosses productions théâtrales, il est rassurant de voir que de tels spectacles existent toujours dans des lieux bien trop confidentiels où se retrouvent comédiens professionnels et public autour d’un seul point commun : l’amour du théâtre. Et si la salle est petite et exiguë, le talent des comédiens, lui, est immense.

Jean-Pierre Vanderlinden

SONATE D’AUTOMNE

Texte Ingmar Bergman

Traduction française de Carl Bjurström et Lucie Guillevic © Editions Gallimard

Mise en scène Bruno Emsens

Avec Jo DeseureJulie DuroisinFrancesco Mormino et la participation d’Inès Dubuisson

Scénographie Vincent Bresmal | Assistanat à la scénographie Matthieu Delcourt | Coiffure Thierry Pommerell | Création costumes Chandra Vellut | Création sonore Sébastien Fernandez | Création lumière Renaud Ceulemans | Réalisation et montage vidéo Bruno Emsens | Création images (vidéo) Sylvain Dufayard | Création sonore (vidéo) Quentin Jacques | Pianiste Tim Mulleman | Régie Martin Celis

Une production de la compagnie des bosons

11 > 25 octobre 2019, du mardi au samedi à 20h15.

Durée 1h40

Infos et réservations : http://www.leboson.be/fr/

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