Au nom de la terre: un Guillaume Canet en pleine dépossession de ses moyens au coeur des réalités cauchemardesques des agriculteurs modernes

aunom5

La sélection des œuvres dans les diverses catégories du FIFF (Festival International du Film Francophone de Namur) de cette année était d’une telle qualité que le public n’eut d’autre possibilité que faire des choix cornéliens. Si choisir un film est souvent un exercice complexe, l’idée motrice d’une réalisation va habituellement de soi. Quel cinéaste ne s’est jamais confié en proclamant « ce film est mon œuvre la plus personnelle. C’est la réalisation de ma vie »?

Avec le long-métrage au nom de la terre, présenté au festival en avant-première alors qu’il sort en Belgique ce mercredi 9 octobre, Édouard Bergeon livre au public une des parties les plus sombres de sa vie.

SYNOPSIS : Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l’exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu… Construit comme une saga familiale, et d’après la propre histoire du réalisateur, le film porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années.

Si le titre de ce film est extrêmement simple, il est pourtant chargé de significations. Au nom de la terre expose la réalité des difficultés du monde paysan oppressé et écrasé par les industries de masse en se nourrissant du récit intime de la famille Bergeon.

Sans être trop technique, Au nom de la terre décortique les mécanismes du plan des grandes sociétés agro-alimentaires qui engendrent une adhésion irréversible des petits agriculteurs. Baisse des prix, obligation d’achat, coût annuel du fermage, endettement dû à l’augmentation des surfaces de travail et dû à la mécanisation de ceux-ci, la non-assistance des sociétés qui engluent les petits producteurs dans le système, l’esseulement des fermiers face à l’accroissement des problèmes multiples liés à cette « évolution technologique »… Ce film retrace pas à pas le chemin de croix de passionnés sombrant dans un désarroi inimaginable.
aunom2
Malgré le caractère très personnel de cette réalisation, Édouard Bergeon ne propose pas un cinéma de propagande. Par l’optique de sa caméra, il se délivre des faits qui l’ont éloigné du monde paysan.

Par souci d’authenticité, Édouard Bergeon rend Guillaume Canet méconnaissable. Rien n’est laissé au hasard dans la construction du personnage de Pierre Jarjeau. Tonsure, moustache protubérante, parole crachée, posture avachie: toutes ces composantes sont réunies pour coller à l’image un peu stéréotypée de la coopération qui inspire ce personnage et pour lui conférer des traits de réalisme.

aunom7
Tout cela fonctionne à un point près. Le maquillage qu’illustre la fatigue et la frustration de Pierre Jarjeau crée des dyschronismes à la linéarité du récit. Guillaume Canet semble parfois plus vieux et, ensuite, alors que le temps continue de s’écouler, il paraît être plus jeune.

Le silence et le sentiment de mal-être règnent dans les salles de projection jusqu’à la finale dramatique de cette réalité moderne devenue fait divers.

Pour conclure son œuvre, Édouard Bergeon lève le voile de la fiction en raccrochant son long métrage à la réalité. La tombe de Pierre Jarjeau devient celle de Christian Bergeon.

En épilogue de ce long-métrage poignant, juste après avoir rendu hommage à son père et après avoir dédié ce film à deux des femmes les plus importantes de sa vie, Édouard Bergeon livre un dernier fragment de l’existence de son père, une vidéo qui renforce l’écœurement du spectateur face à l’industrie alimentaire et vérifie l’incroyable performance mimétique de Guillaume Canet.

Le seul véritable souci de cette fiction inspirée de l’histoire de Christian Bergeon est très assurément l’inaudibilité de quelques dialogues. Les envies d’authenticité et de respect de l’ambiance du monde agricole rendent incompréhensibles certaines paroles.

aunom1

Au nom de la terre
est un film poignant qui sans être propagandiste met particulièrement bien en lumière la misère et la détresse d’hommes et de femmes qui ont choisis de donner leur vie pour une passion qui est à la base de la subsistance de l’humanité aux risques de déshumaniser.

aunom3

Au nom de la terre

D’Édouard Bergeon

Avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus, Samir Guesmi…

Chronique sociale, Drame

103 min

Sortie : le 09/10/2019 (le 02/10/2019 en France)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.