Dans les pas de Blier, Allen mais aussi Dickens: Christophe Honoré fait son bruit des glaçons… ou plutôt des garçons

Film d’ouverture, en grandes pompes, de la 34e édition du Festival International du Film Francophone de Namur, Chambre 212 de Christophe Honoré offre à Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Camille Cottin et Vincent Lacoste (mais aussi Carole Bouquet et l’inénarrable Stéphane Roger, volontaire) des rôles qui touchent. Et font mouche.

Résumé: Après 20 ans de mariage, Maria décide de quitter le domicile conjugal. Une nuit, elle part s’installer dans la chambre 212 de l’hôtel d’en face. De là, Maria a une vue plongeante sur son appartement, son mari, son mariage. Elle se demande si elle a pris la bonne décision. Bien des personnages de sa vie ont une idée sur la question, et ils comptent le lui faire savoir.

Dans un générique de fin beaucoup plus sobre que celui, exalté du début (avec le tonitruant Désormais de Charles Aznavour), le réalisateur remercie Woody Allen, Ingmar Bergman, Mathieu Boogaerts et Bertrand Blier. Ce dernier, c’est celui qu’on sent le plus dans cette comédie aussi dickensienne sur les fantômes des amours passés, présents et futurs.

Surtout ceux passés, à l’heure des bilans et des comptes, des doutes. Reprenant le principe du Bruit des glaçons en y allant à fond, plus loin, Honoré signe un vrai film de théâtre. Mais aussi de prétoire (Chiara est Maria, prof de droit, dont le film va faire le procès) et de dortoir car les amants vont s’enchaîner avec délicatesse ou brutalité.

Dans cette comédie dramatique et fantastique, Maria traverse la rue pour prendre possession d’une chambre d’hôtel avec vue sur son présent et ce qui peut encore être son futur mais aussi devenir son passé. La chambre se transforme en suite, infinie, les portes ne claquent pas, elles brassent le vent et amène les souvenirs, plus vrais, incarnés, que nature. Richard se morfond, de l’autre côté, et range sa bibliothèque bien trop remplie, à sa façon. Tandis que son double (Vincent Lacoste) fait le point, avec 25 ans de moins, avec la femme qui ne sait pas encore si elle va la quitter. Puis, c’est au tour d’Irène Haffner (Camille Cottin, émouvante, à contre-emploi, sous l’identité d’un personnage qui pourrait être de Vincent Delerm) de faire son entrée. Son seul nom provoque l’ire de Maria. Irène, c’est la prof de piano mais aussi l’amour de jeunesse, le premier, de Richard. Et elle compte bien le rejoindre, traverser la rue. Ce n’est que le début de ce speed-dating avec le passé, une nuit, pour Maria.

Chambre 212 est une somme de monologues éclairés et vibrant, ce film est un recueil de citations poétiques et réalistes, un paysage de personnages justes et attachants. Avec une vraie audace dans la caméra (une scène de dialogue entre Chiara Mastroianni et Benjamin Biolay, accoudés aux bâtiments et surplombants la nuit), des acteurs qui se projettent dans leurs rôles (et pas uniquement quand Benjamin Biolay, idéal en coeur brisé – et du coup mâchonnant ses mots, conseille à un Vincent Lacoste au nez cassé de mieux articuler) faisant passer les ombres sur les visages et invitant le mal-être à changer de camps. Chambre 212 est un grand film bien dans son temps. Moins qu’un film sur l’infidélité, c’est un film sur la fidélité à ce qu’on est, à ce qu’on a dans le ventre.

Chambre 212

De Christophe Honoré

Avec Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste, Camille Cottin, Carole Bouquet, Stéphane Roger…

87 minutes

Sortie : le 9/10/2019

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