Lola vers la mer: sans la mère au non du père, et surtout au nom de ce qui libère

Présenté parmi les « pépites » (et c’en est une, immanquablement) de cette 34e édition du FIFF, le second film de Laurent Micheli (après Even lovers get the blues, mais qu’en est-il des autres?) nous a impressionnés.

Résumé: Alors que Lola, jeune fille transgenre de 18 ans, apprend qu’elle va enfin pouvoir se faire opérer ; sa mère, qui devait la soutenir financièrement, décède. Afin de respecter ses dernières volontés, Lola et son père, qui ne se sont pas vus depuis deux ans et que tout oppose, sont obligés de se rendre jusqu’à la côte belge. En chemin, ils réaliseront que l’issue du voyage n’est peut-être pas celle à laquelle ils s’attendaient…

Avec sa licorne accrochée à son skate, dès les premiers instants, Lola semble s’envoler, dominer le park. En réalité, son monde vient d’exploser, elle vient de s’écraser. Sa mère est décédée brutalement, la laissant seul avec un « papa » que Lola soupçonne d’avoir déplacé l’enterrement parce qu’elle aurait fait honte à la famille. Enfin, « il ». Pour Philippe, on naît et on est, il n’y a pas de place pour les métamorphoses.

Ces deux-là ne sont plus fait pour s’entendre. Depuis un exil et tant de secrets. Lola, fille piégée dans une apparence de garçon (et des codes qu’on essaie encore de lui imposer) mais intimement et infiniment femme depuis toujours (et nombre de cauchemars et de crises), se libérera un peu plus avec deux opérations décisives. Son choix, celui de personne d’autre. Sa vie, surtout. Philippe, lui, traduit son dépassement par de la brutalité de gestes et de mots. Pourtant, se disputant l’urne de la seule qui aurait pu encore faire lien, les deux ne vont se laisser nul autre choix que de faire leur pèlerinage. Mais combien de temps peut-on rester mutiques quand on a tout à se dire?

Profondément engagé dans le ton comme l’image, Laurent Micheli livre un road movie juste et lumineux. Mais difficile. Servi par deux acteurs hors-pair. Parce que Mya Bollaers, qui elle-même a vécu cette transition mais certainement pas la même histoire, donne de l’intensité, illumine cette héroïne. Des émotions. Et que Benoit Magimel se consume et s’ébranle, tellement son coeur est en friche, tellement son esprit est dépassé par ce qu’il refuse de comprendre après tant d’épreuves traversées.

Elle est là la force du réalisateur, faire un film de famille fragilisée qui soit mélodique. Avec une caméra qui passe du jour à la nuit (jusqu’aux filles de joie qui amènent tellement de sens à nos deux âmes perdues) prônant une étonnante clarté. Sans mettre mal à l’aise ni tirer les larmes, en étant en totale empathie, en dialogue avec les deux personnages. Sans les trahir, sans les juger. On sort de ce genre de métrage miraculé. C’est d’une beauté affolante.

Lola vers la mer

De Laurent Micheli

Avec Mya Bollaers, Benoit Magimel, Els Deceukelier, Sami Outalbali, Jérémie Zagba…

94 minutes

Sortie : le 20/11/2019 en France, le 11/12/2019 en Belgique

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