Claire Laffut, entre Paris et Moustier : « Chanter n’était pas dans mes plans, la première fois, j’ai pris le micro pour m’amuser et le ciel m’est tombé sur la tête »

Née le jour de la fête de la musique, la musique n’était pourtant pas innée pour cette artiste diversifiée. C’est décontractée et souriante malgré une première grande tournée éreintante, que Claire Laffut, 25 ans, nous est apparue, deux heures avant son concert au théâtre de verdure, bondé, dans le cadre du festival Les Solidarités. Il y a quelques années, Claire Laffut est partie quelques jours à Paris pour rejoindre une amie. Elle n’en est jamais revenue, ou presque. Interview avec cette artiste multifacette qui n’a pas perdu le goût des paysages de son enfance. En espérant que vous ayez le mojo! 

Bonjour Claire, dans quelques dizaines de minutes, vous serez sur la scène du Théâtre de verdure. À un jet de pierre de Moustier-sur-Sambre, entre Namur et Charleroi, où vous avez grandi et où vivent toujours vos proches. chez vous, quoi !

Oui, c’est bizarre de se retrouver ici, à la citadelle. Avec mon école, j’y suis venue quelques fois. Puis, avec mes parents. J’ai des photos de moi petite sur un trampoline du Parc Reine Fabiola. C’est mon enfance. Toute ma famille y vit toujours. Ils seront là aujourd’hui, ils mettent toujours une grosse ambiance.

C’est un grand retour, non ? Votre vie se passe plus du côté de Paris désormais. Pourquoi Paris ? Comment vous êtes-vous expatriée ?

Il y a quatre ans, je suis partie à Paris retrouver une amie, la photographe Charlotte Abramow (photographe de la pochette du premier EP, Mojo, de la Moustiéroise, mais aussi réalisatrice des clips d’Angèle). Je devais y rester cinq jours, je ne suis plus jamais rentrée. J’avais ma valise, pas de job ni d’argent. Mais le cœur brisé. Dans ma vie, beaucoup de tournants se négocient par amour. Paris, c’était le bon moment pour sortir de ma zone de confort sans aller trop loin, et d’aller à ma découverte.

Paris, ça représente quoi ? 

Pour une jeune artiste, c’est l’effervescence. Mais c’est dur d’y survivre. Il faut avoir les épaules.

Survivre, gagner sa vie, comment avez-vous fait ?

J’ai fait du mannequinat et ai lancé Laclaire, ma marque de faux tatouages, éphémères et que je dessine. J’ai aussi mis en ligne mon site internet, toute seule. J’aime être au carrefour de plein de choses artistiques. J’ai dessiné toute ma vie.

Et la chanson ?

Ce n’était pas dans les plans. Pas du tout. C’est arrivé en dernier. J’étais amoureuse d’un musicien qui m’a entraîné dans son groupe. Un soir, dans leur studio, son chanteur n’est pas arrivé. J’ai pris le micro pour rigoler. Mais, en vrai, le ciel me tombait sur la tête. Pourtant, c’est devenu une drogue dure. Écrire.

On sait que le dessin est une écriture en soi. Mais en matière de textes,  vous écriviez déjà ?

Si j’aimais écrire, je n’avais jamais composé des textes.  Je me suis mise à chercher ce que c’était de faire de la musique, d’en créer. J’ai découvert le métier. Pourtant, le stress était présent, au vu de mon entourage parisien, j’ai tout de suite été encadrée par une structure professionnelle. Avec des yeux qui jugent. Il faut avoir confiance en soi.

Avec un bagage de mannequin, vous en aviez ?

Oui, c’est sûr ! J’ai fonctionné à l’instinct. Dès que des accords me plaisaient, j’écrivais. Dans la direction du chaud et du groove. J’ai grandi avec les vinyles que mon papa chinait en brocante. J’aime aussi la techno, la musique du monde. Mes influences sont très vastes.

Dans une de vos chansons, vous parlez de la Gare du Nord. Celle de Bruxelles ou celle de Paris ?

Non non, c’est bien Bruxelles. C’est une anecdote de mon enfance. Je devais avoir six ou sept ans, mon grand-père me faisait souvent la blague. Il insistait sur le fait de faire des études. Si pas, je finirais pute à la Gare du Nord. C’était bizarre pour une petite fille pour moi.

Ah oui, c’est trash ! Et s’il faut citer un artiste qui vous vient à l’esprit ?

Deux. Tout d’abord, Jorja Smith. Une Anglaise avec une voix soul. Ce qu’elle fait est très rythmé, chaloupé. Et les accords qu’elle utilise me plaisent énormément.

Puis, j’adore Lizzy Mercier Descloux. Une Française disparue à 48 ans en 2004. C’était une chanteuse rebelle. Elle n’a jamais pris de cours de chant et faisait dans la world music, empruntant par-ci par-là des choses. Ça a donné une nouvelle pop. Elle était amie de Patti Smith dans le New-York underground. Je retiens sa folie, punk, new wave.

Et vous, vous avez pris des cours de chant ?

Tardivement. Dans l’optique de muscler ma voix pour ternir et enchaîner les concerts.

Justement, depuis quelques mois, vous n’arrêtez pas. Le public est au rendez-vous de surcroît. Vous avez fait soldout au Botanique, en novembre. Pourtant, jusqu’ici, vous n’avez publié que 5 titres, dingue !

Ce n’est pas beaucoup, en effet, mais c’est idéal pour construire la suite et montrer d’autres choses à ceux qui viennent m’écouter en concert. Je prépare mon premier album pour 2020. Un album-concept naviguant entre musique et peinture. Chaque musique sera reliée à un objet/une peinture.

Alors, il faudra une remorque pour l’embarquer cet album ?

Non hein ! (rire). L’idée est de décaler tout ça dans une scénographie.

Cette passion pour le dessin, que te procure-t-elle ?

Je prends plaisir à passer des heures à dessiner, c’est une passion. Ça permet de mélanger, de briser les cases. Ça me donne de l’air. Je n’ai jamais imaginé en vivre. Mais c’est toute ma vie.

Comment caractériseriez-vous votre musique ? Il y a quelque chose de tropical !

C’est de la pop française, sous influences, je dirais.

Quand vous rentrez en Belgique, que faites-vous ?

Ici, ça fait deux semaines que je suis rentrée. J’ai une grosse fête, ce soir, avec des amis, justement. Pour le reste, je peins, notamment. L’apogée, ce serait d’avoir mon atelier. En attendant, je peins ans ma chambre.

Comme ? 

Ici, j’aime la campagne, les couchers de soleil. Ça m’évoque les aquarelles de Folon. J’aime revoir la campagne. Et les points d’eau. Je pense que je vais faire une excursion à la carrière de Floreffe.

Que rapportez-vous à Paris de la Belgique ?

(Elle montre la bouteille d’eau posée sur la table) La Spa.

Ce n’est pas l’avis de tout le monde, c’est comique.

Non, c’est vrai ! C’est la meilleure eau du monde. Je l’adore. Pour le reste, j’en profite. En Belgique, il y a le filet américain. Et les pêches au thon. On ne trouve pas ça à Paris. (Rires)

Comment va se passer ce concert ?

Je suis à l’aise. Je reviens avec de la fierté. C’est ma ville, je serai devant ma famille qui m’a toujours soutenue.

Merci Claire, bon concert et vivement cet album chez Universal !

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