Aventures et mésaventures de deux profs hilares et déconfits : on ne peut mieux dire !

« Aventures et mésaventures de deux profs hilares et déconfits ». Ce titre, c’est exactement ce qu’on trouve dans le livre. Un texte qui sonne juste, qui décrit avec humour et causticité le quotidien des profs de France, de Belgique et du bout du monde francophone. Un texte qui résonne de l’expérience de ses auteurs, qui parlera aux profs, aux élèves et qui en apprendra sans doute aux parents sur le quotidien des jeunes actuellement. Une école laissée à l’abandon, que l’on a vidé de son essence par différentes réformes et qui ne forme plus les adultes de demain à la société qu’ils devront construire. Encore un livre qui provoque une réflexion dans un domaine hautement négligé par notre société et pourtant tellement indispensable. Un texte qui se lit, qui se dévore en quelques heures. Un ouvrage à partager et à recommander. Un récit-témoignage de qualité, enlevé et juste…

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« Ils sont profs. ils travaillent, comme des centaines ‘autres enseignants dans des établissements scolaires que vous avez tous fréquentés. Cauchemars pour certains élèves, modèles pour d’autres, ils se dévouent dans les différentes sections qui font les joies de l’usine à gaz de ce qu’on appelle, selon les pays, l’Education Nationale ou encore l’Instruction Publique.

Ils soulèvent, dans leur témoignage, les questions suivantes : 

  • Si les professeurs ont encore le droit d’enseigner, ont-ils gardé celui de sanctionner?
  • Le travail des enseignants se résumera-t-il bientôt, dans certains établissements, à une simple fonction de garderie, voire, quelquefois, de gardiennage?
  • Comment motiver les élèves venus confronter leur idéologie, leur philosophie et leurs conditions sociales à l’épreuve de l’école?
  • Et puis…devons-nous craindre, chaque jour, qu’une arme entre dans nos lycées? »

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C’est très loin de l’école d’autrefois que nous entraîne le couple d’auteurs-enseignants. C’est dans un immense bahut d’une grande ville de France ou de Belgique, cela reste flou, pour mon plus grand plaisir car chacun s’y retrouve. Le genre de boîte qui ne fait que le secondaire, un lycée qui propose un enseignement des trois types : le général – les classes réservées aux enseignants ayant de la bouteille et souhaitant poursuivre leur sinécure confortable -, le technique – les bonnes filières attribués aux enseignants sages et les filières « remuantes » pour les autres – et enfin le professionnel dédié aux jeunes profs sans ancienneté ou, à ceux qui ont trop « embêté » leur direction…

Ce n’est plus une école où l’on travaille, où l’on apprend, où l’on enseigne que nous content Antoine et Lucie Gallez (noms d’emprunts), ils préviennent d’ailleurs rapidement.

« Ce livre est écrit en cordial souvenir à la notion d’effort, devenue obsolète, aux connaissances, devenues indésirables, aux diplômes, qui n’ont plus de valeur. »

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C’est aussi le manque de moyen que nous racontent au quotidien les deux narrateurs. Lui, prof de philo et lettres doit acheter les livres à ses élèves pratiquement illettrés et démunis. Elle, prof de soins infirmiers, ne dispose que de deux lits médicalisés (aux moteurs foutus depuis les temps immémoriaux) et d’un seul mannequin. Elle doit financer l’achat des protections hygiéniques pour adulte et les gants à usage unique… C’est le quotidien de ces profs. Extrême, vous le pensez? Exagéré, songez-vous?

Savez-vous que les profs sont parmi les seuls à devoir payer pour travailler? Hein? Quoi? Oui, l’achat des bics, effaceurs, du petit matériel de géométrie, des calculatrices pour la classe, de typex pour les élèves, des feuilles pour préparer les cours et les interrogations…

Sans compter le nombre de feutres pour tableau blanc que chacun finance sur ses propres deniers car l’économat n’en distribue qu’au compte-gouttes. Et que si vous en réclamez trop souvent, on vous suggère de moins écrire !!! Et ne parlons pas de l’ordinateur indispensable au métier, des logiciels, des formations, des livres…

Et puis si vous souhaitez que votre classe soit correcte, il vous faudra investir du temps pour la repeindre et coudre les rideaux aux fenêtres…quand vous avez la chance infinie que l’école finance la peinture et le tissus… Parce que la plupart du temps, ce n’est pas le cas.

Avec Elle, idéaliste, révoltée, incapable de fermer sa bouche, infirmière et venue à l’enseignement après un CAP (certificat d’aptitude pédagogique)… Avec Lui, décapant, caustique, satirique, lettré,  issus d’une formation universitaire classique pour être prof. Tout y passe. Le profs qui « n’en foutent pas une et imposent leur loi et parfois leur ignorance » dangereuse. Les différentes personnalités au sein de la salle des profs, la solidarité salvatrice qui peut parfois aider à se sortir d’une situation complexe, dangereuse. Mais aussi et surtout la direction, surnommée Madame Pasdevague, qui ne ressent pas le besoin de défendre et de soutenir son équipe.

« Enfin, il y a aussi certains directeurs d’école qui ne voient rien, n’entendent rien, ne savent rien, et qui surtout, ne veulent pas savoir. »

Parce que leur dossier académique est irréprochable et surtout, que si on exclut les 6 élèves (présumés) responsables de viol collectif dans les toilettes, on perd le quota d’heures nécessaire au maintient de l’emploi d’un collègue. Alors mieux vaut que ce soit la victime (seule) qui s’en aille de l’établissement.

Main, Mains, Vieux, Vieillesse, Ipad, Personnes Âgées

Parce que Cécile est infirmière et prof-référent en stage de soins aux personnes, ce livre aborde un sujet dur, ignoble et révoltant. Celui de la maltraitance faite aux personnes âgées, affaiblies, handicapées physiques et/ou mentales… Que ce soit en maison de retraite, en hôpital ou dans une structure d’accueil de jour. Et cette partie du témoignage, loin d’être drôle est particulièrement bouleversant. Car il ne cache rien de ce que Cécile a observé et dénoncé.

Et les conditions d’enseignement dans lesquelles elle exerce ne permettent pas de sensibiliser correctement les jeunes (et moins jeunes) à la prévention contre la maltraitance. C’est terrible, c’est douloureux.

Au travers de chapitres courts, dynamiques et bien écrits, les témoignages permettent aux auteurs de développer leur critique, de construire leur argumentation… Ils ne proposent pas de solution mais elle passera indéniablement par un refinancement de l’école, un retour au mérite, au sens de l’effort, une politique du non-redoublement abandonnée et un soutien indéfectible de directions qui n’auront plus peur de faire tâche dans leur dossier d’avancement en dénonçant des faits graves.

France, Amitié, Drapeau, Drapeaux, Métis, Belgique

Qualité supplémentaire à cet ouvrage, on ne définit pas exactement le pays dans lequel enseignent les deux profs. Je pense l’avoir déterminé avec justesse, mais le doute subsiste. Et cela en rend lecture plus agréable. Parce qu’on se reconnaît, parce qu’on y voit notre école ou l’une de celle dans laquelle on a déjà enseigné par le passé… Et surtout, il faut l’avouer, parce que l’Education Nationale française est truffée d’abréviations, de lettres qui se suivent et ne se comprennent pas.

Pas de problème de ce type ici, c’est une grosse école, dans une grande ville … où qu’elle soit. Les réformes passent et déstabilisent des enseignants qui remettent de plus en plus leur vocation en doute… Certains s’accrochent, d’autres s’installent dans une inaction criminelle et puis beaucoup s’en vont…temporairement ou définitivement !

Bref, vous l’aurez compris : un livre-témoignage décapant, truculent, intelligent et touchant… Un livre truffé d’anecdotes, de petites et grosses affaires, de déceptions, de joies et de colères. Un livre qui sonne juste et vrai et qui fait le constat du quotidien dans la plupart des écoles aujourd’hui. J’ai adoré, je le recommande vivement.

Auteurs : Antoine et Cécile Gallez

Titre : Aventures et mésaventures de deux profs hilares et déconfits

Editions : La boîte à Pandore

Sorti le 28 mars 2019

260 pages

Prix : 18,90 €

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