Le dernier refuge: en plein été des abandons, racontons des histoires pour aimer toujours plus nos animaux et un peu moins les hommes

Le temps des vacances est là et coïncide parfois avec le temps de l’enfer pour nos amis (mais pas assez, apparemment pour certains) à quatre pattes. Chaque année, c’est pareil, et les abandons lâches et parfois criminels (quand on va attacher un chien au fond des bois en espérant que personne ne le retrouve) s’enchaînent et n’en finissent plus de remplir les refuges déjà surpeuplés. L’équipe de celui à deux kilomètres de chez moi peut en témoigner. Que peut-on faire quand même la sensibilisation paraît inefficace? Continuer et raconter des histoires. S’en prendre là où le bât blesse et où le bien peut payer : nos enfants. Dans une collaboration, la SPA et Glénat, par l’intermédiaire de PR Saint-Dizier, Alex-Imé et Simon Champelovier, s’en vont se promener dans un cimetière vivant de toutes les histoires de fidélité (et de courage parfois) entre l’Homme et l’Animal.

© Saint-Dizier/Alex-Imé

Résumé de l’éditeur : Les animaux aussi ont droit à la dignité. Corentin est employé au Cimetière central, dont il est plus précisément responsable du secteur où les animaux sont inhumés. Le lieu est d’ailleurs baptisé communément le Cimetière des chiens. Il faut dire que Corentin a un don avec les animaux. Il n’hésite pas à s’occuper de tous les chiens et chats errants du quartier, faisant du cimetière le dernier refuge pour les morts comme pour les vivants. Mais alors que la guerre approche et menace la ville, le directeur du cimetière se voit contraint de fermer le Cimetière des chiens, réquisitionné par l’armée pour une raison des plus funestes… Si les humains pourront toujours reposer en paix, où vont donc bien pouvoir aller leurs meilleurs amis ?

© Saint-Dizier/Alex-Imé

Au cinéma, dans des chansons, dans des livres pour enfants ou pour les grands, les fictions sont peuplées d’histoire d’amitié qui font se croiser les mondes humain et animal. Les petits, les grands, les maigres, les gros, les forts comme les faibles. Pourquoi faut-il que, en réalité, l’ingratitude se soit installée dans cette relation. Indirectement quand notre « civilisation » pollue notre belle planète, directement comme quand certains frappent ou malmènent des animaux qui ne cherchent qu’un peu d’attention, quelques instants de jeu.

© Saint-Dizier/Alex-Imé chez Glénat

Pour mieux y faire écho et résistes à l’effet publi-reportage (laissant le soin au dossier « bonus » de retracer l’histoire et les actions de la SPA), PS Saint-Dizier et Alex-Imé remontent le temps pour fréquenter un lieu de calme olympien où les ronrons des dizaines de chats entourent les tombes de leurs meilleurs ennemis, les chiens, mais aussi de chevaux, de singes et de lions. Les ronrons des chats qui vont avoir du mal à lutter avec le brouhaha des bombes et des avions. La guerre avance,, triste et appelant de plus en plus de jeunes.

© Alex-Imé

Les lieux ont une histoire et ce lieu imaginaire (mais jumeau du cimetière d’Asnières-sur-Seine) est l’écueil de bien des anecdotes prouvant que nos compagnons plus ou moins câlins ont de l’énergie à revendre quand il s’agit de nous protéger. Et, pour ça, Corentin, homme-à-tout-faire dans ce pays des morts si vivants, en est le passeur idéal: investi et passionné. Il connait tout de ses petites histoires de partages entre deux espèces qui ne se comprennent pas mais rendent utiles mutuellement. Même si la réalité et ses enjeux prennent parfois le pas sur l’onirisme. Le cimetière doit être en partie détruit: l’envahisseur ne peut pas viser les cimetières et c’est pourquoi l’armée française veut s’en servir pour créer une base secrète.

© Saint-Dizier/Alex-Imé

À destination des plus jeunes, ce qui explique parfois un ton scolaire, ce Dernier Refuge constitue une jolie fable à plusieurs tiroirs. Alex-Imé s’évade et profite de l’espace conféré par ces 46 planches pour affirmer un peu plus son dessin, miné par la tristesse d’une époque barbare mais enluminé par un décor qui est comme une oasis dans la ville. La jeune auteure installe un peu plus son style dans ces bâtiments biscornus louvoyants pour faire parler un peu la rêverie. Dommage que, anachronique, la typographie, très mal choisie, tranche complètement avec l’ambiance installée, notamment par Simon Champelovier.

© Saint-Dizier/Alex-Imé chez Glénat

Le règne animal aurait pu être un piège, mais Alex-Imé s’en sort plus que bien, c’est son dada et on sent tout l’amour qu’elle a pour les bêtes, petites ou grandes, leur donnant de l’âme. De l’âme aussi aux personnages dont tous ne sortiront pas indemnes. Réunissant les thèmes de la guerre et de l’hommage à toute cette faune qui cohabite avec nous (alors que nous devrions cohabiter avec eux), les auteurs ne se sont pas pris au jeu de la bluette et du feeling good. La fin en est assez illustrative, et là encore, c’est bien de ne pas donner aux enfants que des histoires qui finissent bien. Tant qu’elles sonnent belles !

© Alex-Imé

Revenons, pour terminer sur la personnalité d’Alex-Imé. Dans la biographie qu’elle nous a fourni, on apprend qu’elle dessine depuis toute petite et réalise ses premières planches de BD à l’âge de 7 ans.  Elle se découvre une passion pour le dessin animalier en 2008 en réalisant un court-métrage d’école (Waide Somme) dont le héros est un chat en porcelaine. Après cela elle participera à plusieurs collectifs BD aux éditions de la Gouttière, Petit à Petit, et Glénat et donnera des cours d’initiation à la bande dessinée. En 2016, elle part vivre quelques mois en Guyane pour travailler sur la faune et la flore amazonienne. Elle a à son actif d’autres albums complets : le tome 1 de la bande dessinée guyanaise pour enfants « Lili et Colin, la rentrée des bêtises », scénarisé par Delphine Laure Thiriet, aux éditions Plume Verte, et L’Or des Fous, pour parler des dégâts causés par l’orpaillage en Amazonie, publié aux éditions Aymara (et disponible gratuitement en ligne). Sans compter de nombreux récits courts qui ont rodé la patte très sensible de la jeune auteure.

Titre : Le dernier refuge

Récit complet

Scénario : PR Saint-Dizier

Dessin : Alex-Imé

Couleurs : Simon Champelovier

Genre: Drame, Guerre

Éditeur: Glénat/La SPA

Nbre de pages: 56

Prix: 14,50€

Date de sortie: le 26/06/2019

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