Des chats, des papillons, des fusées, une reporter de choc qui fait son grand retour, un docteur inoubliable et pas mal de musique : Marc Wasterlain ensorcelle le CBBD

« C’est un bel effort du Centre Belge de la Bande Dessinée que cette exposition rétrospective. On y voit l’ensemble de ma carrière. » Au vernissage de son exposition, il y a quelques jours, Marc Wasterlain avait l’oeil brillant de l’auteur qui devient spectateur le temps de parcourir une oeuvre. Son oeuvre. Retrouvant le chapeau et la baguette magique du Docteur Poche, l’attitude casse-cou de Jeannette Pointu (qui va faire son grand retour après 15 ans), le Centre Belge de la Bande Dessinée de Bruxelles a mis sur pied une grande et belle exposition qui prendra cours jusqu’au 15 septembre. Nous sommes entrés dans « Les univers d’un raconteur d’histoires » et avons même eu la chance de l’y croiser. Interview.

© Daniel Fouss/CBBD

Une carrière qui va bien plus loin que Jeannette Pointu et Docteur Poche.

C’est assez foisonnant, je dois dire. Roba me disait : « Il vaut mieux s’en tenir à un personnage. » C’est faux, même lui ne l’a pas fait.

« Je n’imaginais pas que Wasterlain représentait tout ça ». C’est votre ami De Gieter qui a dit ça dans un des récents numéros de la revue éditée par vos Amis.

Oui, mais il ne voyait que ce qui paraissait dans Spirou.

© Marc Wasterlain

Si on remonte le temps, on se demande qui de la musique ou du dessin est venu le premier. Dès vos travaux d’école, les deux sont liés.

© Wasterlain

Ce n’est pas faux. Mais le dessin était prédominant. Je ne suis pas aussi féru de musique comme Walthéry peut l’être de jazz. Il joue de l’harmonica, lui. Ce serait d’ailleurs chouette que nos deux Nicolas, Walthéry et Wasterlain, nos deux fils, jouent ensemble.

Mon fils a saisi la musique, il est multi-instrumentiste. Il a réalisé des commandes pour Amadou et Mariam, pour Manu Chao aussi. On le veut en France parce qu’on dit que le Belge sait lire et écrire la musique. Il a travaillé pour des fanfares, la pub, le jeu vidéo.

Moi, j’ai abandonné la musique. Le piano, ça s’oublie vite.

© Wasterlain

À côté, François Walthéry intervient : Non, tu joues bien, quand même !

Pourtant vous avez eu la main cassée. Et, à ce qu’on dit, c’est ce qui a fait votre patte ?

Avant cet accident, mon trait était plus rond. Quand j’ai assuré plus directement mon trait, certains y ont vu un style. Mais, plus généralement, tous les jeunes gens suivent un modèle, ce n’est qu’après qu’ils trouvent leur style. Moi, j’ai commencé avec Peyo, c’est après qu’il m’a dit que je pouvais faire ce que je voulais.

Chez Peyo, désormais avec Docteur Poche, il y a beaucoup de chats dans votre oeuvre, non ?

© Wasterlain

Pourtant, je n’en ai pas ! Mon épouse est allergique. Elle éternuerait tout le temps, alors vous imaginez pour dessiner ! (il rit!). Mais, c’est vrai que ça m’a suivi. Dès ma participation à Samedi-Jeunesse dans la fin des années 60. Avec La patrouille de l’espace, j’imaginais un chat sur une fusée propulsée dans l’espace. Après un long voyage, il arrivait sur une planète-gruyère, peuplée de souris. Un gros choc pour notre chat qui ne savait plus qui il était. Plus tard, il serait recueilli par des grands-parents qui le garderaient et l’élèveraient en lui faisant croire qu’il était un ours. Vous avez déjà vu un ours qui fait miaou, vous ? J’avais commencé comme ça, et les chats m’ont poursuivi.

© Wasterlain
© Wasterlain

Récemment, une émission diffusée sur Arte s’intéressait aux chats dans la BD. D’habitude, on parle de Garfield, Geluck, mais on m’oublie toujours. Cette fois, j’y étais intégré.

Remarquez, mon chat, ce n’est pas celui de Franquin (ndlr. qui collectionnait les oeuvres de Wasterlain, a-t-on appris), le mien se comporte comme un homme, avec tous les travers que cela comporte : les luttes de pouvoirs, l’influence de la religion. Avec comme chef, le Grand Matou, là où les chiens ont le Grand Nonosse.

Après de longues années, vous êtes revenu, avec le Docteur Poche sur la Planète des chats.

Là encore, l’actualité était bien présente. Cette planète était attaquée par des cochons verts, conséquences d’eaux tellement polluées. Les chats ont donc dû trouver asile au pays des chiens. L’occasion pour moi d’y inclure des éléments de notre histoire. Comme le général De Gaume, figure emblématique de la résistance qui dira « Je vous ai compris ».

Vous avez changé d’éditeur, il y a quelques années, pour arriver chez Mosquito.

Oui, après les intégrales chez Dupuis de la première série, je trouvais qu’il fallait intégrer les cinq albums parus chez Casterman, plus à destination des enfants. Les deux éditeurs se sont renvoyés la balle, ça ne s’est pas fait. Et Mosquito est venu avec l’idée de les réunir complètement.

© Wasterlain
© Wasterlain

Une piqûre de rappel et la possibilité d’aller plus loin dans la série avec de nouveaux albums. Y compris pour Jeannette Pointu ! C’est l’une des grandes nouvelles révélées par cette exposition. Quinze ans après le dernier album.

 

Oui, ce nouvel album s’intitule Fake News. Comme mauvaise nouvelle, fausse info. Son absence aura permis à Jeannette d’évoluer à chaque fois, de prendre des vacances pour mieux revenir.

© Wasterlain

Mais qu’est-ce que ça raconte ?

Rien, c’est le principe de la Fake news!

Mais encore ?

Un peu d’écologie et de politique. On va retrouver Jeannette sur l’Aquarius, le bateau de SOS Méditerranée qui allait à la rescousse des migrants. Jeannette va s’échouer sur une plage. En Lybie ? En Syrie ? Elle va réussir à rentrer mais apprendra qu’elle est virée de son journal, racheté par un grand groupe multimédia qui veut faire dans la mode et le buzz, mais surtout ne plus faire peur.

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Il va être question du trésor d’un capitaine ayant bien connu le pirate Robert Culliford, d’une zone maritime protégée par la Corée du Nord, de la barrière de corail, de l’Australie.

Après quoi, dans la foulée, je ferai un deuxième album de Jeannette.

© Wasterlain

Ce personnage, c’est facile d’y revenir ?

Il n’a jamais vraiment disparu, il a servi les nouvelles publiées dans la revue de l’ASBL des Amis de Marc Wasterlain. Des textes de deux-trois pages, avec des illustrations, pour raconter ses souvenirs. Ça ne me pose pas de problème de passer d’un univers à l’autre, d’aller dans l’humour, la fantasy, le semi-réalisme comme on dit. Je m’adapte et ça me plait bien.

© Daniel Fouss/CBBD

Ne seriez-vous pas un précurseur du BD reportage ?

Je ne sais pas. À l’époque, ce n’était pas évident. J’ai été fasciné par Le Photographe de Didier Lefèvre et Emmanuel Guibert.

Avec aussi, dans les albums de Jeannette, une capacité d’identification pour le lecteur. Mais, au cours de l’expo, il y a aussi cette page que vous aviez réalisée pour Spirou : un jeu dont vous êtes le héros.

Je ne le ferai plus jamais. Quel casse-tête.

© Wasterlain

Autre défi, en un temps record. Cet album que vous avez réalisé pour Fiat.

En effet, le délai était très court et je me suis retrouvé dans cette aventure après qu’un collègue ait refusé. Je m’y suis collé malgré une opération aux yeux. J’y suis arrivé, non sans l’aide de Baloo et Vittorio, mes coloristes, qui m’ont aidé pour le texte et les lignes sur lesquelles écrire. J’ai écrit sur le calque.

© Wasterlain

Un très petit tirage !

Oui, cet album était disponible au salon des véhicules utilitaires quand vous signiez un contrat pour acheter une voiture. J’avais dû reproduire le logo à l’identique.Comme il me savait féru d’autos, un copain était venu dans ce salon pour moi. J’étais caché dans un petit stand de dédicaces derrière les véhicules d’exposition. Il m’avait demandé comme faire pour se procurer cet album. Je lui avais dit qu’il fallait acheter un camion. Ça faisait un peu cher l’album dédicacé !

Cette exposition, c’est aussi l’occasion de voyager parmi vos séries mais également des travaux de jeunesse, on l’a dit. Du temps où vous signiez Wam. Comme Les trois petits bergers qui a des allures de dessin animé.

© Wasterlain

C’était le but. C’est encore un travail d’école. J’avais réalisé ces dessins sur cello, avec les phylactères et avais peint à la gouache derrière. Une agence de presse de Bruxelles, près de la Bourse, avait récupéré ces dessins et devait me tenir au courant de l’avancement du projet. Je n’ai jamais eu de nouvelles… mais il faut dire que j’ai souvent déménagé. Ce n’est que deux ans plus tard que j’ai reçu une lettre avec un petit chèque envoyés par un prêtre à la tête d’une revue italienne. « J’achète toutes les productions de ce Monsieur », disait-il.

© Wasterlain/Mitacq

Vous nous parlez de vos Amis ? Cette ASBL qui fait vivre votre art et vos archives ?

Ils sont peu nombreux mais sont fidèles. Ils se donnent beaucoup de mal pour ce beau projet.

On vous voit comme un magicien mais ne seriez-vous pas aussi poète ?

Ce n’est pas un terme qui me plait ! J’ai bien essayé de l’être, de faire carrière. Notamment lorsque j’ai rencontré Maurice Carême qui se promenait dans les écoles avec son fidèle secrétaire. Lors d’une fancy-fair, j’ai acheté un de ses livres. Je lui ai dit que j’étais poète et que je faisais des petites illustrations. Il m’a donné son adresse et m’a dit qu’il me répondrait si je lui envoyais quelque chose.

© Wasterlain

Rentré, j’ai donc rassemblé ce que j’avais de meilleur. Il m’a en effet recontacté avec cette phrase de sanction : « Quand on veut être poète, il faut d’abord apprendre l’orthographe. » Toutes mes fautes étaient soulignées. Ça m’a refroidi, c’est vrai que l’orthographe n’était pas mon fort. Nous avions un professeur qui nous emmenait plus volontiers voir une pièce de théâtre ou faire de la radio. Je devais avoir 14 ans. Avec lui, les discussions étaient sans fin. C’est vrai que j’aimais cet univers-là, loin des préoccupations des gens de mon âge, avec qui je n’étais pas trop copain.

Merci Marc. Avec votre oeuvre, vous en avez gagné des amis ! Vivement la suite et rendez-vous au CBBD jusqu’au 15 septembre.

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