Raconte-moi ton théâtre : rencontre avec Didier Gesquière

Autrefois, il était l’une des figures emblématiques du service public. Didier Gesquière est un artiste doué de plus d’un talent, vu dans des séries et souvent là où on ne l’attend pas forcément. Depuis avril 2017, il a ajouté une compétence à son CV, qui était déjà bien garni vu le mondain du domaine culturel qu’il est devenu au fil des ans. Après avoir été acteur, comédien, scénariste, journaliste, metteur en scène et auteur, Didier est devenu programmateur-gestionnaire d’une salle de spectacle ; « le plus petit théâtre du monde ». Cet homme qui fut l’animateur de l’agenda culturel, aux accents très Rock, Javas, sur la RTBF, pendant une décennie, a laissé mûrir son idée. Après un an et demi, le taulier sait exactement ce qu’il veut faire de sa scène-salon.

Bonjour Didier, avant tout merci de nous recevoir et de répondre à nos questions pour les lecteurs de Branchés Culture.

Bonjour, c’est avec plaisir que je vous accueille dans mon salon, au n°11, rue Larmoulin, à Pont-à-Celles. Un endroit utopique, hors de l’espace-temps, qui s’est mu, il y a quelques temps, en le plus petit théâtre du monde.

Pour commencer cet entretien, nous aimerions connaître d’où vient cette relation qui vous lie à l’univers du Rock? Que l’on parle de Javas, de vos spectacles ou de votre documentaire «Rock ans Roll isn’t only Rock and Roll », sorti en 2015 et coréalisé avec Céline Charlier, ce style musical emblématique reste omniprésent et fondamentalement lié à tous vos projets.

J’ai passé une partie de mon enfance en Australie avec mes parents. Quand je suis revenu en Belgique, mon grand-père était décédé et j’avais cette sensation que ma grand-mère était une personne très différente. Elle avait beaucoup changé. J’ai ce souvenir d’elle dans sa cuisine à Schaerbeek. Je venais d’arriver en Belgique, après un voyage de près d’un mois en bateau. Quand je suis rentré chez elle, elle dansait sur un morceau des Beatles. Elle écoutait beaucoup d’autres artistes de l’époque que je serais incapable de nommer. Pourtant, je pense que ma grand-mère et le rock ont conditionné toute mon existence. Et vu que, par la suite, elle a pris part à mon éducation, ce style musical a eu une influence dans ma vie.

Je ne suis pas immédiatement devenu un passionné de Rock’n’roll. J’ai été un auditeur attentif et des choses m’ont plu. Maintenant, cela remplit ma vie. J’ai une relation particulière avec le rock due à mes lectures (Rock’n’folk, Les Inrocks, La légende du Rock,…). Ensuite, en animant Javas, je devais écouter beaucoup de musique. Cela m’a appris à aiguiser mes goûts. J’ai appris à reconnaître ce que j’aimais. Et ce que j’appréciais vraiment, c’était le Rock. Pas dans son expression la plus simple. Je me délectais de toute la pluralité qu’offrait cet univers musical. Je ne me suis pas amouraché d’un seul groupe ou d’un mouvement, même si je reconnais placer les Stones au dessus du lot pour de multiples raisons. Je pense même que ce groupe fut fondé uniquement pour mon propre plaisir [il éclate de rire].

Quand je les écoute ou quand je les vois, j’ai à chaque fois la même réaction. Face à ce pur entertainment, j’en prends plein les yeux et plein les oreilles. Le rock est rentré dans ma vie à cause de riffs de guitare qui transpercent les êtres jusqu’au plus profond de leur âme. Je suis aussi très sensible aux voix si particulières qui s’expriment dans les divers univers de cette musique. Le rock est synonyme de liberté mais pas comme dans les pubs ou dans les discours politiques. Le rock est la liberté de l’individu. Le message du Rock est et a toujours été « fais ce que tu as envie de faire et ce que tu penses bon pour toi mais assumes-en les conséquences ». Le rock est un besoin de s’émanciper et d’avancer en étant soi.

Pourquoi avez-vous choisi de transformer votre salon en scène de spectacle ? D’où vient cette idée du plus petit théâtre du monde ?

C’est une envie que j’avais en moi depuis longtemps. Faire du théâtre traditionnel, à l’italienne, en parlant fort et en forçant les traits, ça ne m’excitait point. Je voulais faire du théâtre à ma manière, c’est-à-dire différemment des conventions académiques. Je ne dis pas que je ferme la porte à un projet plus classique, un jour, mais il faudrait vraiment que cette pièce crée quelque chose de très profond en moi dès la lecture. C’est ce même sentiment, emprunt de profondeur, que je recherche dans les expériences artistiques, la motivation première qui a animé la mise sur pied du « plus petit théâtre du monde ». Cette forme intimiste, où l’on parle au public, les yeux dans les yeux, en vivant une certaine connivence. Voilà ce qui me motive. Ce moment où le spectateur peut réellement échanger sur ce qu’il pense est un instant hors du temps et ça n’a pas de prix.

Cette proximité est de l’ordre de l’intime et du sensorielle. Je pense qu’il n’y a pas de manière d’en parler. Les mots ne sonnent jamais juste quand il faut expliquer ce qu’il se passe ici, dans « Le plus petit théâtre du monde ». C’est quelque chose qui se vit. Cette recherche de sensorialité est d’ailleurs au cœur de mon nouveau spectacle « This is America ».

Les spécialistes se rappellent de votre documentaire sur le Rock n roll, intitulé « Rock ans Roll isn’t only Rock and Roll ». Avez-vous de nouveaux projets cinématographiques en préparation?

Je suis actuellement en train de finaliser un documentaire dont le titre sera « libre ? ». La caméra suit le parcours de deux personnes qui décident de vivre comme ils l’entendent malgré le monde conformiste dans lequel ils sont plongés. Leur credo pourrait simplement et grossièrement se cristalliser dans le « fucking the World » punk. Ce documentaire représente deux années de travail durant lesquelles on a suivi deux être profondément touchants. J’en suis actuellement à la phase de pré-montage et j’espère le sortir cette année. Je travaille aussi sur le scénario d’un long-métrage de fiction qui sera réalisé par Céline Charlier. Ce sera un film de genre avec un casting made in Belgique.

Vu votre CV et la multitude d’arts dans lesquels vous avez fait vos preuves, avez vous d’autres projets dans d’autres domaines artistiques ?

La nouvelle performance scénique que j’ai préparé pour « Le plus petit théâtre du monde » m’a  pris énormément de mon temps. Le fait de devoir donner une forme extrêmement sensorielle à cette œuvre a multiplié les heures de travail. Néanmoins, je bosse toujours sur une pièce de théâtre que je compte proposer pour 2020. Ce projet se nomme « Monsieur Franck » et il est centré sur une possible ou une probable amitié entre mon père et Franck Sinatra.

« Le plus petit théâtre du monde » propose des weekends bien chargé qui s’enchaînent de manières effrénées puis vous laissez place à des périodes de repos avant de reprendre de plus belle. Chacune de ces périodes de fusions artistiques met à l’honneur une personnalité de la scène belge, une découverte et un quizz. Pouvaez-vous faire un compte-rendu de ce qui s’est passé pendant la première partie de saison aux lecteurs de Branchés culture ?

C’est compliqué de vous exprimer en quelques mots ce qui se produit à chaque fois dans ce salon avec ce petit groupe de personne. Néanmoins, je peux vous dire que les émotions et cette expérience ne se vivent pas dans les livres, dans les cinémas ou dans les théâtres traditionnels. Prenons l’exemple du week-end d’ouverture, où Eric Laforge était venu partager ses souvenirs et la face cachée d’innombrables moments de l’Histoire du Rock. Le travail de communication de Céline a aussi permis de créer des instants de découvertes et de partages transgénérationnels.

Ce week-end, « Le plus petit théâtre du monde » à ré-ouvert ses portes pour la seconde partie de saison. Il y a dix jours, le théâtre est reparti de la plus belle des manières avec un Sold Out pour  la prestation piano-voix de Mathilde Renault. Quel programme réservez-vous au public pour les semaines à venir ?

Effectivement, Mathilde fut un point d’orgue pour relancer la saison de façon magistrale mais vous oubliez de signaler que le week-end se termina avec ce qui est un peu devenu la marque de fabrique du « Plus petit théâtre du monde », l’un des fameux quizz que Céline Charlier et moi-même concoctons.

Le 22 mars, à 20h, Antoine Goudeseune est venu réinterpréter en live, accompagné de sa guitare l’un des albums emblématiques des Beatles ; « Abbey Road ». Ce premier prix de guitare du conservatoire de Mons, qui joue de la guitare depuis l’âge de 8 ans, est littéralement animé par ce onzième album du quatuor britannique.  Je suis certain que les quelques privilégiés, qui nous ont accompagnés lors de cette soirée sont repartis avec une nouvelle idée de la légende que peut inspirer la bande à McCartney.

Les 5, 6, 12 et 13 avril prochain, je reprendrai possession des lieux en jouant ma nouvelle création, « This is America ». Pour vous parler de cet évènement, je ne vous citerai que les impressions des spectateurs des premières représentations. « Tarantino dans le Plus Petit Théâtre Du Monde ! Waouh ! », « Une mise en scène qui prend aux tripes », « Un spectacle mêlant la prouesse du comédien et la technique audiovisuelle », « Un comédien extraordinaire et une mise en scène pleine d’idées ». Je ne sais pas si ma création est à la hauteur de ces éloges mais j’espère que le public de ces nouvelles dates me le certifiera.

Le 17 mai, Eric Laforge sera de retour pour conter la légende du Rock mais il tentera de teinter cette histoire de l’essence du beau sexe. Le lendemain, le samedi 18 mai, à 20h, le Quizz Rock And Guinness offrira une joute épique aux compétiteurs qui investiront « Le plus petit théatre du monde ».

Les 21 et 22 juin, la première saison complète du « Plus petit théatre du monde » se clôturera avec deux prestations qui promettent de laisser des traces dans les mémoires. Le vendredi soir, c’est le groupe de Rock « Mister’n’Missis in foursome » qui sera au commande, alors que, le samedi, c’est le roi du vinyle, Dop Massacre Aka Dj Saucisse, qui nous fera l’honneur de venir signer la dernière performance de cette saison 2018-2019 du « Plus petit théâtre du monde ».

Merci Didier et à bientôt dans le plus petit cabaret du monde (au n°11, rue Larmoulin, à Pont-à-Celles)!

Toutes les dates :

05/04 This is America à 20h30

06/04 This is America à 20h30

12/04 This is America à 20h30

13/04 This is America à 20h30

17/05 Eric Laforge à 20h

18/05 Quizz Rock & Guinness à 20h

21/06 Mister’n’Missis à 20h

22/06 Dop Massacre Aka Dj Saucisse à 20h

Réservations :

www.cabotandco.be OU productions@cabotandco.be

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