La Vénus à la fourrure de David Ivès, une pièce brillante portée par des comédiens au sommet de leur art dans une mise en scène au cordeau d’Alain Leempoel

Audacieuse, drôle et interpellante, La Vénus à la fourrure, telle qu’elle se présente dans la Salle des Voûtes du Théâtre le Public, tient toutes ses promesses et captive le spectateur de bout en bout au prix d’une performance de comédiens exceptionnelle et d’une mise en scène au cordeau.

© Marianne Grimont

Le metteur en scène Thomas Novachek termine bredouille, et désespéré, sa journée d’auditions pour la Vénus. Quand survient Vanda dans l’embrasure d’une porte : « Toc, toc, j’arrive trop tard ? ». Elle est délurée, vulgaire, écervelée. Elle se présente : « Je suis la Vénus »… Qui est cette cinglée qui prétend être la déesse de l’amour en personne ? Il ne veut pas l’entendre, elle ne veut plus s’en aller, alors pour écourter, il finit par lui donner la réplique. Et la maudite Aphrodite se métamorphose. L’audition se poursuit dans un échange de jouissances intellectuelles et charnelles, une partie de cache-cache jubilatoire. Bientôt, Thomas ne saura plus s’il est dans la vraie vie ou bien dans celle de Vanda qui le subjugue et l’envoûte. (Théâtre Le Public)

Ne sois jamais sûr de la femme que tu aimes, car la nature de la femme recèle plus de périls que tu ne peux le croire. ( Leopold Von Sacher-Masoch)

La Vénus à la fourrure est une pièce forte, écrite par le talentueux auteur américain David Ivès  nommé plus récemment au Tony Awards pour cette oeuvre qui fut un immense succès à Broadway et qui a été adaptée dans le monde entier. En 2012, Ivès avait déjà collaboré avec Roman Polanski pour l’adaptation cinématographique de sa pièce avec dans les rôles principaux Mathieu Amalric et la formidable Emmanuelle Seigner. On est ici dans un univers de fantasmes, dans un rapport dominant-dominé teinté d’érotisme, qui explore les méandres psychologiques et charnels de la séduction entre un homme et une femme.

La vision du film m’avait profondément touché tant la performance des acteurs et la justesse du texte s’entremêlaient avec bonheur dans un face à face mémorable. Après un tel choc, je me disais  qu’il serait difficile de faire mieux, tant Emmanuelle Seigner incarnait « la » Wanda idéale jusqu’au bout des ongles.

© Marianne Grimont

Cette fois c’est au théâtre dans une mise en scène d’Alain Leempoel qu’on retrouve les mots de David Ivès, inspirés du roman de Leopold Sacher-Masoch dont le nom est à l’origine du masochisme, et portés par les comédiens Fabrizio Rongione et Erika Sainte. Fabrizio, révélé au cinéma par les frères Dardenne ( Rosetta, L’Enfant, Le silence de Lorna, Le Gamin au vélo, Deux jours, une nuit), et qu’on retrouve aussi dans des séries télévisées et bien sûr au théâtre, campe un Thomas Novachek attachant et totalement crédible dont la justesse de ton n’est jamais mise en défaut tout au long de la pièce. Il est formidable !

© Marianne Grimont

Quand à Erika Sainte, elle aussi habituée du petit et du grand écran, elle s’accapare littéralement le personnage de Wanda lui donnant à la fois épaisseur et légèreté en se glissant avec finesse dans les méandres subtils du personnage, représentation terrestre de Vénus. Très vite, elle sème la confusion et le trouble dans l’esprit du metteur en scène, comme elle trouble aussi le public avec sa performance proche de la perfection dans ce rôle d’ingénue et de fausse débutante en art dramatique venue auditionner le rôle de sa vie. À la fois drôle, séductrice, faussement naïve et autoritaire, elle donne au travers du personnage de Wanda toute la mesure de son talent de comédienne, et son charme naturel fait le reste. Elle est brillante !

© Marianne Grimont

Alors, lorsqu’on met en présence un duo d’acteurs aussi épatant sous la houlette d’un metteur en scène inventif comme Alain Leempoel, dont on avait déjà pu applaudir l’étonnante mise en scène très convaincante de Festen en septembre dernier au Droh!me, ça ne peut donner qu’un grand moment de théâtre que je vous recommande vivement de vivre jusqu’au 27 avril au Théâtre le Public.

Bravo !

Jean-Pierre Vanderlinden

LA VÉNUS À LA FOURRURE

De : David Ivès. Traduction : Anne-Elisabeth Blateau
Mise en scène :
Alain Leempoel Avec : Fabrizio Rongione et Erika Sainte

DU 20/03/19 AU 27/04/19 – Salle des Voûtes – Création
Représentation du mardi au samedi à 20h30
Déconseillé aux moins de 16 ans

UNE PRODUCTION DU THÉÂTRE LE PUBLIC. AVEC LE SOUTIEN DU TAX SHELTER DE L’ETAT FÉDÉRAL BELGE VIA BELGA FILMS FUND ET DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE. VENUS IN FUR EST REPRESENTE DANS LES PAYS DE LANGUE FRANCAISE PAR DOMINIQUE CHRISTOPHE/L’AGENCE, PARIS EN ACCORD AVEC ABRAMS ARTISTS AGENCY, NEW YORK. Photo affiche © Gaétan Bergez. Photos spectacle © Marianne Grimont

Assistante à la mise en scène : Blanche Van Hyfte
Scénographie : Noémie Vanheste
Décoratrice : Eugénie Obolensky
Lumière : Laurent Kaye
Musique originale : Pascal Charpentier
Costumes : Jackye Fauconnier et Chandra Vellut
Stagiaire scénographie : Iseult Brichet

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