Dans un silence de cathédrale, Grégoire Delacourt, en grand virtuose de la plume, livre Mon Père : un huis-clos qui se lit seul face à soi-même

Il aura fallu peu de temps à Grégoire Delacourt pour s’élever au rang de plume francophone incontournable. Une vraie star de la littérature avec, à son palmarès, beaucoup de best-sellers, plusieurs adaptations sur les planches ou sur pellicule et même un procès (perdu mais soulevant un débat passionnant) contre Scarlett Johansson, rien que ça ! En huit ans, Grégoire Delacourt a trouvé son rythme de croisière d’une parution par an, de quoi ravir ses lecteurs. En ce mois de février, le voilà de retour avec « Mon Père », un roman magistral !

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Je te parle de ce que nous ne sommes pas capables de faire malgré ce qu’on nous a fait. Je te parle de notre lâcheté millénaire, à moins qu’elle ne soit notre humanité millénaire.

L’histoire commence le vendredi, elle le se termine le dimanche, jour du Seigneur, en pleine messe. Trois jours de huis clos, dans une église saccagée par la rage d’un homme. Trois jours à interroger la justice, l’humanité, la religion. Trois jours de tête à tête entre deux pères, à libérer vérité et lâcheté. Trois jours pour démêler le vrai du faux d’une enfance brisée, abusée, cambriolée au détour d’un feu de joie, lors d’un camp de vacances, en toute amitié. Un livre et une histoire pour répondre à cette question : un père est-il vraiment capable de protéger son enfant ?

Difficile de trouver les mots pour parler d’un roman qui nous percute pour explorer, tambour battant, les tréfonds de l’âme humaine, victime ou bourreau. Impossible de laisser s’échapper un livre qui nous habite pendant quelques heures ou quelques jours, qu’on a sans cesse envie de reposer, pour réfléchir, mais tout autant envie de consumer jusqu’à la dernière ligne. Impensable de faire la synthèse d’un ouvrage qui nous jette des questions cruelles au visage. Comment parler de Grégoire Delacourt et de son dernier roman ? Voilà la question qui me dévore.

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Mon père est un roman sur la pédophilie, sujet difficile, sujet brûlant. Écrit au scalpel, chaque mot est juste, chaque parole frappe de plein fouet. Le livre questionne, la foi, l’église, la victime, le bourreau. Grégoire Delacourt égrène les mots et dialogue avec l’humain dans ce qu’il a de plus beau et de plus abominable. Il s’immisce dans les pensées les plus noires et les souvenirs âpres d’un père qui, après avoir eu de la merde dans les yeux, s‘aperçoit enfin de la souffrance de son fils ; il devrait rire comme un enfant, mais dépérit comme une victime. Face à lui, un prêtre; col romain, apparente perfection, bestialité latente.

Prisonnières d’un royaume de Dieu gangrené par l’indicible, ces deux âmes errantes initient un dialogue. Les langues se délient. Les accusations se heurtent, alors que le roman navigue entre eaux troubles des écrits bibliques, où un père oserait immoler son fils, et souvenirs nébuleux d’une enfance pieuse où l’église s’élevait très haut vers le ciel comme un repère, un phare à suivre sans penser à changer de cap. Et des questions, ce père en colère en a des tas ! Il les lance à Dieu, à nous, lecteurs. Et il tisse une réflexion intense. Quiconque ayant traîné ses petits souliers au catéchisme s’y reconnaîtra, quiconque ayant un jour interrogé sa foi, la Foi, sera secoué, cœur et âme.

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Difficile de parler de Mon père, sans trop en dévoiler. Mon père, c’est un roman qui livre une expérience spirituelle intense, qui voile, qui dévoile, qui se lit seul avec soi même, dans un silence… de cathédrale ! Grégoire Delacourt fait voile vers ces abysses rendus tabou, il va là où personne ne l’attendait et, en grand virtuose de la plume qu’il est, il bouleverse du début à la fin. On dirait qu’il nous ouvre les yeux, peu à peu, alors que jusqu’à la dernière page, on est aussi aveuglé que ce père. La fin tombe comme un pendrillon acéré, tel un couperet auquel notre cou innocent ne peut échapper. Les points d’interrogation semblaient pourtant avoir trouvé réponse satisfaisante. Tout cela n’était qu’escobarderie ! Et le livre recrache son lecteur ainsi, perdu face à une déferlante d’incertitude et de nouvelles questions encore.

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Titre : Mon Père

Auteur : Grégoire Delacourt

Éditeur : JC Lattès

Genre : Littérature française / Drame

Parution : 20 février 2019

Nombre de pages : 256 pages

Prix : 18.00 €

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