Les Contes Macabres reviennent d’outre-…Lacombe : la noirceur est dense mais il faut accepter de la regarder droit dans les yeux et le… dessin

Dix ans après la parution d’un premier opus centré sur la figure de la femme, Benjamin Lacombe se plonge à nouveau, pour le plaisir des yeux, aux confins de la folie d’Edgar Allan Poe. Il revient donc avec un second volume aussi sombre et poétique que le premier, axé sur l’homme et le fantastique. Entre le dessin de Lacombe, la plume de Poe et la traduction de Baudelaire, voilà une aventure de papier qui ne peut être que frissonnante !

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Il y a deux siècles, Charles Baudelaire ne tarissait pas d’éloges sur le travail du romancier américain Edgar Allan Poe. Quelque chose de profond et de miroitant comme le rêve, de mystérieux et de parfait comme le cristal ! Un vaste génie, profond comme le ciel et l’enfer ! Pour traduire ce génie, il fallait un démiurge ; c’est Baudelaire lui-même qui s’en est chargé. Et pour, des années plus tard, le réadapter, un troisième prodige était à invoquer, à convoquer : celui de Benjamin Lacombe.

« Les hommes m’ont appelé fou, mais la science ne nous a pas encore appris si la folie  est ou n’est pas le sublime de l’intelligence. »

Edgar Allan Poe (1842)

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Pour ce nouvel album autour du travail d’Edgar Allan Poe, Lacombe a choisi de mettre en images six contes du maître romantique américain. Six textes tantôt sombres, tantôt curieux, mais toujours joliment frissonnants. Partagés entre folie et mélancolie, les contes de Poe prennent une tout autre dimension dès lors qu’ils sont mis aux côtés des dessins complexes de Lacombe. Comme à chaque fois avec ce dessinateur de génie, l’alchimie des mots et des images opère, comme si ces deux mondes avaient été forgés au gré du même imaginaire, de la même folie douce-amère.

Entre réel, chimères et psychose, la frontière est parfois bien fine. Dans « Metzengerstein » voilà qu’un jeune héritier se prend d’affection pour un cheval fantôme, jusqu’à réduire sa demeure en cendres. Avec « Le Roi Peste », Poe nous emmène à Londres où le Roi Peste et sa cour pestilentielle tiennent une réunion dans un atelier de pompes funèbres. Une nouvelle qui s’inscrit dans la pure tradition du roman gothique, teintée d’un humour délicieusement macabre. Un humour fantastique que l’on retrouve d’ailleurs dans « Petite discussion avec une momie » qui met en scène des scientifiques américains en pleine autopsie et qui se voient soudain entamer avec leur momie un débat passionné sur la merveilleuse civilisation égyptienne contre la société moderne américaine du XIXe siècle.

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« Ceux qui rêvent éveillés ont connaissance de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis.

Edgar Allan Poe (1842)

Hantant également les pages de ce recueil, « Eleonora », la nouvelle la plus poétique et la plus émouvante de ces contes macabres. La femme aimée sent son heure venir et confie au héros dévasté que son ombre veillera sur lui jusqu’à ce jour lointain où il n’aura plus besoin d’elle. Autre coup de génie qui clôt cet ouvrage, le « Manuscrit trouvé dans une bouteille », cette impressionnante histoire de naufrage qui n’est pas sans rappeler celle du mythique Hollandais Volant. En ces eaux troubles, comme souvent dans ses écrits, Poe laisse le choix au lecteur d’une issue purement fantastique ou hallucinée.

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Après avoir fait la part belle aux femmes et à la mort, Benjamin Lacombe oriente son recueil autour d’un homme complexe, aux reflets infinis ; couard ou audacieux, mélancolique ou exalté. Au gré de ces six histoires surgies d’un esprit tourmenté, c’est un réel voyage qui s’initie des tréfonds de l’âme humaine jusqu’aux frontières reculées du monde matériel. Tant dans les mots que dans les dessins, la noirceur est dense, mais il faut accepter de la regarder droit dans les yeux pour qu’elle libère toute son infinie poésie. Avec ce nouvel album, Benjamin Lacombe poursuit son cheminement dans cette poésie crépusculaire qu’il semble adorer, asseyant un peu plus sa virtuosité à chaque planche. Quel bel écrin pour un écrivain de la trempe d’Edgar Allan Poe !

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Contes Macabres - Benjamin Lacombe

Titre : Les contes macabres

D’après l’oeuvre de Edgar Allan Poe traduite par Charles Baudelaire

Dessin et couleur : Benjamin Lacombe

Genre : Polar

Éditeur : Soleil (Collection Métamorphose)

Nbre de pages : 208

Prix : 29,95€

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