C’est du belge et c’est du bon ! INTERVIEW / Glass Museum, la force tranquille d’un duo jazz-électro brillant

Glass Museum est un duo composé de Antoine Flipo aux claviers et Martin Grégoire  à  la batterie. Leur jazz-électro atypique et original m’avait scotché au Brussels Summer Festival 2018 où le duo s’était produit sur la scène du Mont des Arts devant un public rapidement conquis par son talent.

Cette fois, c’est à Soignies au Festival Aout en éclats que j’avais donné rendez-vous à Martin Grégoire, batteur de son état, au sortir d’une prestation scénique qui fut cette fois encore passionnante de bout en bout.

© Jean-Pierre Vanderlinden

Martin, bonjour, merci d’avoir accepté cette interview pour BC. C’est au BSF que j’ai découvert votre musique et j’ai immédiatement eu un coup de coeur. Comment est né votre duo et qu’est-ce qui a déterminé votre orientation musicale ?

Martin : Je connais Antoine depuis qu’on est tout petits, on était dans la même école en primaire puis en secondaire. On se voyait beaucoup. Ados, on a tous les deux commencé à faire de la musique dans des groupes de la région de Tournai. On s’est ensuite recroisés à une soirée à Tournai, il y a trois ans, et on s’est rendu compte qu’on écoutait plus ou moins la même chose, de la musique électronique, du jazz instrumental, du rock progressif… et on a eu envie de lancer un projet en commun. On s’est programmé une jam chez moi et on a trouvé que ça collait bien. L’idée du duo est arrivée vraiment par hasard. Au départ on pensait rajouter du violon ou du violoncelle, une basse ou d’autres instruments. Mais, finalement, plus on avançait, plus les compos prenaient des tournures qui allaient vers une formation en duo.

© Jean-Pierre Vanderlinden

En écoutant votre travail on pense à Nils Frahm, à Philip Glass, à l’univers de Badbadnogood. Ce sont des artistes que vous écoutez régulièrement ou vos inspirations musicales viennent aussi d’autres univers musicaux comme le rock, la pop, la musique classique ou l’electronica ?

Martin : Antoine a commencé le piano à l’académie et a une formation classique. Quant à moi, je suis autodidacte à la batterie et j’étais plutôt axé rock. Avec le temps, on a ouvert nos influences et on écoutait plus de jazz comme Aka Moon. Finalement, on s’est retrouvé sur ce projet jazz-musique électronique.

© Pierrot Destrebecq

Vous avez dernièrement joué au BSF sur la scène du Mont des Arts, un peu perdus entre des artistes plus facile d’accès et devant un public qui n’ écoute pas spécialement ce style de musique. Est-ce une volonté et un challenge de vous confronter à une programmation diversifiée en festival comme c’est le cas encore aujourd’hui à Soignies ?

Martin : En fait, dès le début du projet, on avait envie de jouer partout et pas spécialement dans des niches musicales. De fil en aiguille, on a été contacté par des salles diverses aussi bien pop que jazz ou rock. Je pense que la musique qu’on fait peut toucher un public large car c’est très cinématographique et elle peut parler à tout le monde. Un peu comme ce que fait Yann Tiersen. Et ça nous va très bien.

 » En réalité on n’est pas des musiciens jazz, on est plutôt des musiciens pop rock ou classique qui se calquent sur des structures jazz. « 

À ce jour vous avez enregistré votre premier album « Deux » à l’écoute duquel on ressent cette dualité qui fait votre spécificité sur scène. Votre musique est-elle basée volontairement sur ce dialogue piano-batterie extrêmement bien maîtrisé, ou laisse-t-elle aussi une grande part à l’improvisation ?

Martin : Ça dépend des titres en fait. Les morceaux qui sont nés de jams se prêtent beaucoup plus à une liberté d’improvisation au niveau de la batterie ou du piano, tandis que d’autres titres, la plupart composés par Antoine, sont plus calibrés et la batterie vient en soutien. Mais on garde toujours cet esprit jazz lié à l’improvisation sur scène quant à la longueurs des morceaux qu’on interprète. On se lance des regards sur scène, et le reste vient tout seul.

© Pierrot Destrebecq

Ce qui caractérise Glass Museum, c’est une certaine légèreté dans une musique qui pourrait rapidement devenir sérieuse et intellectuelle. Avez-vous conscience de cette qualité rare ?

Martin : En réalité, on n’est pas des musiciens jazz, on est plutôt des musiciens pop rock ou classique qui se calquent sur des structures jazz. On n’a pas les codes des musiciens jazz, on ne fait pas de la musique inaccessible, bien au contraire. On veut faire une musique simple et non démonstrative qui parle au plus large public possible.

Sur scène, vous jouez devant un décor étonnant de miroirs suspendus qui oscillent et reflètent la lumière. Qui a eu l’idée de cet habillage scénique magnifiquement adapté à votre musique?

Martin : C’est Jean-Baptise De Vooght, scénographe dans la région de Mouscron, qui nous a démarché, il y a un an et demi, parce qu’il aimait ce qu’on faisait. Comme le show est assez statique, il imaginait facilement un habillage pour nos lives. C’est le centre culturel de Mouscron qui a financé en partie le projet et qui nous a donné une résidence pour affiner le concept avec ces panneaux amovibles contrôlés à distance pour pouvoir créer un lightshow complet. Au BSF, c’était un peu bizarre, car on jouait en journée: le rendu n’était pas totalement celui qu’on perçoit en salle, mais c’était bien tout de même. La structure est adaptable aussi en fonction de la grandeur des salles dans lesquelles on joue, mais c’est assez contraignant et ça demande des techniciens en plus pour l’installer.

© Pierrot Destrebecq

D’où vient le nom Glass Museum ? Est-il inspiré par une chanson de Tortoise groupe post rock américain, est-ce un hommage à Philip Glass ou l’expression d’une fragilité musicale apparente qui caractérise votre musique ?

Martin : Ça vient en effet d’un titre de Tortoise, groupe qui a commencé au début des années 90 et qui fait une musique étonnante qu’on respecte beaucoup. Sans trop réfléchir on aimait ce titre, on a foncé et on a choisi Glass Museum comme nom pour notre duo.

Glass Museum possède une approche essentiellement instrumentale de sa musique, ne pensez-vous pas que le duo piano-batterie et les titres exclusivement instrumentaux risquent de freiner vos possibilités d’évolution musicale dans le futur ?

Martin : Pour l’instant, on élargit le projet en invitant des musiciens sur scène comme Pierre Spataro qui joue dans Commander Spoon. On ajoute parfois un trompettiste, on travaille de temps à autre avec un violon ou un violoncelliste. En live, ça reste très ouvert, et la formation piano-batterie permet justement de s’ouvrir à plein de directions pour l’avenir. On pourrait rajouter du chant, devenir plus électronique, ça ouvre des horizons multiples notre duo de base.

© Jean-Pierre Vanderlinden,

J’ai vu que des dates de concerts sont prévues Belgique, bien sûr, mais aussi  au Luxembourg et en Allemagne. Comment est perçue votre musique à l’étranger ?

Martin : Pour le moment, les dates que l’on a fait à l’étranger se sont très bien passées. Notre première date à l’étranger, c’était en Autriche, à Vienne, et nous avons reçu un excellent accueil. Idem pour Berlin où on a joué dans une petite salle mais avec du monde qui était venu juste pour nous. Jouer à Berlin était un peu un incontournable pour nous dans le chemin qu’on parcourt avec notre musique. Le Collectif Jaune Orange s’occupait au début du booking pour nous mais, maintenant, c’est Maxime Lhussier qui nous manage et qui s’occupe de la presse et des dates de concerts aussi. Et puis on a un tourneur en France, un en Suisse et un autre en Allemagne. Pour nous, c’est hyper important car on ne veut pas uniquement se cantonner à la Belgique.

Quelles sont vos occupations préférées en dehors de la musique ?

Martin : On aime beaucoup faire la fête, rencontrer des gens ! Et puis séduire des publics avec notre musique puis revoir les gens en retournant jouer là ou on a été appréciés, ça c’est très valorisant et agréable. C’est un beau métier pour ça ! Sinon, on est tous les deux encore aux études, Antoine termine et moi j’ai encore deux ans de master à faire. On est encore jeunes et le groupe n’a que deux ans. Finalement, tout va très vite pour nous. On a fait environ 70 dates depuis la création du groupe, c’est déjà pas mal. À part ça, on adore aller à des concerts, lorsqu’on n’est pas sur scène, on va voir d’autres artistes en live. Et j’aime le cinéma aussi.

© Pierrot Destrebecq

Une dernière question que je pose généralement en fin d’interview à beaucoup d’artistes : quelles sont les fautes qui t’inspirent le plus d’indulgence chez un artiste ou un musicien ?

Martin : J’aime les musiciens sincères qui sont heureux d’être sur scène et qui ne mettent pas le pilotage automatique. Si tu n’es pas impliqué du début à la fin dans ce que tu donnes au public, il le ressent. Et ça, c’est inconcevable !

Merci beaucoup pour cette interview Martin, et bonne route avec Glass Museum !

Propos recueillis par Jean-Pierre Vanderlinden / Photos : Pierrot Destrebecq & J.P. Vanderlinden

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