« Pour vivre heureux », les amants maudits face aux barrières de la tradition

Cette année encore, le Festival International du Film Francophone de Namur fut une belle pépinière de talents avec de belles et nombreuses découvertes au sein des premiers longs-métrages présentés. Avec une sortie programmée à la veille de la Saint-Nicolas, le prix du public du dernier FIFF, se hisse déjà au rang de cadeau inespéré en cette fin d’année. Pour Vivre Heureux, c’est un film au sujet poignant qui, tout en justesse, s’attaque à un sujet presque tabou.

Amel et Mashir, deux jeunes Bruxellois, s’aiment en secret. Ni leurs parents, ni leurs amis ne se doutent de leur relation et encore moins de leur projet de passer l’été ensemble à Londres. Cet équilibre instable bascule le jour où la famille de Mashir décide de le marier à sa cousine Noor, qui est aussi l’amie d’Amel. Une seule question se pose alors ; peuvent-ils briser les tabous familiaux pour sauver leur amour ?

Pour vivre heureux (5)

Le mariage forcé dans la tradition pakistanaise, voilà une thématique qui n’est pas inconnue au bataillon du cinéma belge. En effet, Stephan Streker s’était déjà attaqué au sujet et, sur papier, il est vrai que ce premier long-métrage de Salima Sarah Glamine et Dimitri Linder rappelle son sublime Noces. S’il s’inscrit dans son prolongement, Pour Vivre Heureux s’en va bien vite en dehors des sentiers battus pour trouver son propre chemin, parallèle, mais bien différent, avec une lumière qui n’appartient qu’à lui.

Au casting, deux acteurs crèvent l’écran, aussi frontaux l’un que l’autre, Sofia Lesaffre et Pascal Elbé, respectivement fille et père. Dans le rôle d’Amel, la jeune comédienne bouleverse tantôt par sa rage, tantôt par sa douceur. Face à elle, Elbé, en taximan psychorigide, démontre une fois de plus ses grandes qualités de gueule de cinéma. Entre ces deux-là, les échanges sont musclés et révèlent les failles de chacun ; c’est tout en finesse que la relation conflictuelle entre ce père blessé et sa fille rebelle est développée. Dans le rôle de Mashir, Zeerak Christopher s’impose, lui, comme la belle révélation de ce film, incarnant à merveille ce jeune homme tiraillé entre amour fou et famille traditionaliste.

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Pour leur premier long-métrage, Salima Sarah Glamine et Dimitri Linder se sont attaqués à un sujet difficile, mais le défi est relevé haut la main. D’une justesse rare, le film explore toute une communauté en s’appuyant sur des personnages forts et attachants. Ici, l’amour n’est ni salvateur ni totalement destructeur, mais les amants sont bien maudits. Les filets de la tragédie sont bel et bien jetés : s’ils veulent vivre leur amour, ils doivent rester cachés dans leur garage, mais s’ils veulent être heureux, ils doivent laisser leur amour exploser au grand jour et se répercuter sur une famille dont la tradition en est la sève. Porté par des jeunes et profondément ancré dans la modernité, le film pourrait presque faire office de teen movie, intelligent et percutant, comme on n’en voit que trop rarement.

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En reprenant les ficelles bien usées de l’amour interdit, Pour Vivre Heureux nous emmène pourtant dans une histoire nécessaire et fait briller sa propre lumière sur un sujet bien d’actualité qui mérite qu’on s’y attarde. C’est une belle découverte que ce premier long-métrage porté par un casting d’incontournables et de jeunes recrues. Encore une fois, le cinéma belge prouve qu’il est loin d’avoir un pied dans la tombe.

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Pour Vivre Heureux

De Dimitri Linder et Salima Sarah Glamine

Avec Sofia Lesaffre, Zeerak Christopher, Pascal Elbé, Salomé Dewaels

Durée : 1h28

Sortie: 05 décembre 2018

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