Des polars au coin du feu et au creux des cases de BD #2 : Louise Petibouchon ne fait pas dans la dentelle dans la ville des bouchers

En BD, comme au cinéma, les genres passent, se chassent et reviennent à la charge. Les valeurs sûres ne sont pas légions mais le polar met tout le monde d’accord, toujours aussi prisé dans les récits de fiction qui entendent donner au lecteur des sensations fortes et glaçantes. Cette fin d’année ne fait pas exception et à l’heure où les poêles sont rallumés et les cheminées font des signaux de fumée, voilà quelques histoires à lire confortablement installé mais sans négliger son esprit affûté. Et comme le monde du polar est généreux et touffu, il y en aura pour tous les goûts.

Toute droit sortie d’un autre temps où les femmes n’étaient pourtant pas inspectrices, Louise Petibouchon est pourtant un tout nouvel album cultivant le charme de la BD de papa avec les progrès sociaux de maintenant. Après tout, pourquoi n’aurait-on pas donné voix au chapitre aux femmes des années 50’s, atout séduction et atout jugeote, pour mener une enquête différemment mais pas moins efficacement qu’un homme. Héritière plus jeune et dynamique de la cultissime  Prudence Petitpas, Louise Petibouchon n’est pas là pour faire de la figuration.

© Depelley/Albert aux Éditions du Long Bec

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Résumé de l’éditeur : Louise Petibouchon est une jeune inspectrice fraîchement sortie de l’école de police et qui rejoint son premier poste à Limoges à la fin des années 50. Les enquêtes, soigneusement construites, la font évoluer dans un milieu volontiers machiste et peuplé de personnages truculents et comiques. Mais Louise a de la personnalité et de la ressource. Elle ne tarde pas à conquérir l’estime et l’amitié de ses collègues.

Éric Albert, Jean Depelley et leurs nouveaux héros © D.R.

Quand on pense au crime en France, on aurait tendance à situer l’action à Marseille ou Paris, en Corse pourquoi pas. Mais certainement pas au pays des Limougeauds. Comme quoi tout arrive. Et il faut dire que des bords de Vienne à la boucherie du coin en passant par quelques souterrains malins, le territoire de Limoge propose un beau terrain de jeu pour notre inspectrice qui aura besoin de renfort.

© Depelley/Albert aux Éditions du Long Bec

Et le dénommé Gérard Drôle (il y en a bien qui s’appelle Juste Leblanc), journaliste de comptoir, va autant l’aider que la handicaper. Sans compter Roseline, la femme de la rue qui s’époumone de plaisir quand tout le monde veut dormir. Sans parler de la mise en concurrence d’inspecteurs sur la même enquête qui va favoriser les bâtons dans les roues plutôt que la noble coopération. De quoi transformer n’importe quelle petite affaire provinciale en foutoir intégral.

© Depelley/Albert aux Éditions du Long Bec

Dans des styles totalement différents de ce pour quoi on les a connus (des comics d’inspiration américaine ou de fumetti pour le premier, des récits beaucoup plus historico-ésotériques pour le second), Jean Depelley et Éric Albert proposent une preuve par trois histoires courtes mais bien remplies dans lesquelles Louise va devoir s’installer au four comme au moulin pour gagner la crédibilité dans les yeux de ses pairs (bien souvent masculins) et avoir le fin mot des mystères qui l’encombrent: la mort de Monsieur Carnaval, un crime au champ de Juillet et le mystère de l’homme en bleu.

© Depelley/Albert aux Éditions du Long Bec

Des titres qui évoquent Malet mais aussi Vargas et un univers qui se déploie de Tillieux à Audiard, sans fausses notes ni excès de citation. Louise n’attaque pas, mais elle sait ce qu’elle veut, elle a du tempérament et ne se laisse pas dépasser par les émotions ni par les monstres sacrés dont ses auteurs se sont inspirés pour la crée.

© Éric Albert

Simplifiant le style qu’on lui connaît pour proposer un dessin plus géométrique, avec des traits plus gras et des réflexes comico-caustiques, Éric Albert préside élégamment à la destinée graphique et vintage de la jolie Louise et de la ménagerie qui l’entoure. Les couleurs cherchent souvent des fonds unis, évitant la dispersion, pour participer à cet effet rétro si prisé.

© Depelley/Albert aux Éditions du Long Bec

Bien sûr, ça joue la carte de la nostalgie à fond mais qu’est-ce que c’est bon de retrouver l’aspect de ces enquêtes fait-main où la communication est reine pour avancer dans l’enquête et où il faudra faire sans les avancées technologiques et scientifiques qui nous gâchent parfois un peu le plaisir d’investigation. Allez, on fait péter le (Petit)bouchon, dans la joie et la bonne humeur. Et le talent de quelques admirateurs :

Série : Louise Petibouchon

Tome : 1 – Perdreaux aux pruneaux

Scénario  : Jean Depelley

Dessin et couleurs : Éric Albert

Genre: Histoires courtes, Humour, Polar

Éditeur: Les Éditions du Long Bec

Nbre de pages: 48

Prix: 14,50€

Date de sortie: le 22/08/2018

Extraits : 

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