Wozniak saisit un peu de l’étoffe des héros et pionniers automobiles à chaque fois qu’il fait vrombir les R8 de Gordini

Ode vintage à tous ceux qui furent des pionniers dans le roulement de mécanique, la collection Plein Gaz s’offre un nouveau destin dans ces pages : celui d’Amédée Gordini, dit Le Sorcier. Un visage au regard rêveur et émerveillé à mettre sur l’épopée des R8, bolides monoplaces qui connurent quelques belles heures, avant de se faire distancer par d’autres machines plus performantes, mais restent dans les mémoires par leur design et une certaine idée du jusqu’au-boutisme et de la force des rêves matérialisés.

© Wozniak

Résumé de l’éditeur : Une « success story » à la française ! 1967, le mythique circuit du Mans accueille la finale de la coupe Gordini. Mais qui est cet homme à qui la Coupe de France Renault doit son nom ? Émigré italien arrivé en France au milieu des années 1920, Amédée Gordini démarre comme simple mécano. Il devient rapidement un préparateur hors-pair, surnommé « Le Sorcier » tant il est capable d’accomplir des miracles avec une mécanique a priori sans potentiel. Très vite, il s’essaie comme constructeur, faisant débuter des pilotes de renoms tels Fangio, Trintignant ou Behra. Sa carrière, par manque de moyens financiers, sera en dents de scie jusqu’à sa collaboration avec Renault pour qui il développera, dans un premier temps, une version sport de la Dauphine. Mais il entre définitivement dans la légende grâce à son travail sur la mythique R8 qui portera son nom… Amédée Gordini fait partie du patrimoine français de l’histoire automobile et, à l’instar des petits constructeurs Alpine, Matra ou Ligier, a marqué de son empreinte la compétition automobile.

© Wozniak

Celui qui s’appellerait bientôt Amédée était en fait né sous le nom d’Amédéo et la success-story française avait des airs d’Italie, de celles qui parle avec le corps et remonte ses manches dans le cambouis. Gordini pourrait être, comme tant d’autres, l’archétype de la réussite expatriée. Né à Bazzano en 1899 (on repassera sur la transition assez balourde qui introduit la course aux souvenirs), Amedeo Gordini garde dans sa mémoire, frappé du sceau des premières fois, cette cavalcade fantastique sortie de la poussière. Nous sommes en 1908, la vie n’est pas facile pour cet orphelin de père et dont la maman lutte pour joindre les deux bouts, mais la Coppa Florio sort le village de sa torpeur et donne au tout jeune garçon un éclair de lucidité autant que de folie : un dessein vrombissant. Des prémisses encourageants aux succès pétaradants jusqu’aux années de disette.

© Wozniak chez Glénat

Dans l’esthétisme d’une époque révolue, Olivier Wozniak a fait plus que prendre ses marques et fait tourner le moteur pour filer avec un mimétisme total avec les engins de ces années automobiles folles. Des années de warm-up et de rodage, faites d’essais et d’erreurs, d’approximations et de succès inopinés, de mouvement de tête basse sous l’échec ou de tête haute face à la réussite. Wozniak fait ainsi la part belle aux coulisses, aux doutes et aux certitudes, d’une épopée qui ira de Fiat à Renault… et passera entre les mains allemandes durant la guerre. Gordini fut réquisitionné mais ne fonctionna pas pour la cause à plein régime.

© Wozniak
© Wozniak

D’anecdotes en faits d’armes qui ajoutèrent à la figure emblématique et sympathique du sport-mateur, Gordini se fait tailler un beau costard par Wozniak. Pourtant, la forme et le découpages trop classiques auraient pu mieux coller aux courbes de ces voitures véloces et aux virages des courses mythiques. Il faut dire que le Streamliner de ‘Fane ou même Bonneville de Marvano ont mis la barre graphique très haut pour donner de l’amplitude à leurs récits. Ce qui n’est peut-être pas dans l’ADN de la collection Plein Gaz qui aime à aligner beaucoup de cases, de casse parfois car c’est un monde périlleux, sur une même planche sans varier les plaisirs.

© Wozniak chez Glénat

Et s’il se met à la hauteur des novices en matière de courses automobiles, l’auteur doit user de beaucoup d’énergie textuelle pour décrypter et vulgariser les éléments touffus de cette biographie en BD (sans jamais savoir dire tout pour autant, comme le surnom de sorcier donné à Gordini qui reste finalement peu expliqué)… que monopolisent malheureusement beaucoup de récitatifs. Poussant ainsi le dessin dans ses retranchements, à n’être souvent que trop illustrationnel et discipliné plutôt qu’aérien et expressif. C’est dommage car le trait de Wozniack, son apparente facilité et immédiateté, son rapport aux couleurs et l’étoffe des héros des circuits qu’il emporte un peu à chaque fois qu’il allume le moteur; tout cela vaut tellement le détour.

© Wozniack chez Glénat

Titre : Gordini

Sous-titre : Le sorcier bien aimé

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Wozniak

Genre: Biographie, Sports-moteur

Éditeur: Glénat

Nbre de pages: 48

Prix: 13,90€

Date de sortie: le 17/10/2018

Extraits : 

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