Vianney est comme une mère pour la folle Fanny Ardant, ou peut-être est-ce l’inverse ?

Après Joyce Jonathan, Alice on the roof ou Véronique Sanson, c’est en duo forcé (pour les besoins de la fiction) avec… Fanny Ardant que Vianney débarque non pas dans les bacs mais sur les écrans dans le dernier film de Diane Kurys, Ma mère est folle. Un film touchant mais pas marquant, qui embarque le lecteur dans un road movie de la dernière chance entre les beaux quartiers de Paris, les bas-fonds de Rotterdam et la gare du Midi de Bruxelles sous les étoiles. Y’avait Fanny qui délirait.

« Maman est folle, On y peut rien, Mais c’qui nous console, C’est qu’elle nous aime bien. Quand elle s’envole, On lui tient la main, Comme un ballon frivole, Au gré du vent qui vient. » Comme sortie d’une chanson de William Sheller, Nina est une aventurière de la vie aisée. Tour à tour créatrice de bijou, comédienne, productrice de rap bosniaque de métro ou d’un film ambitieux qui ne s’est jamais fait mais pour lequel elle a inconsciemment hypothéqué sa maison. Nina, comme elle le dit, c’est un poulet à qui on a coupé la tête et qui continue à courir et à chevaucher Paris à bord de son scooter. Sans rien demander à personne, encore moins à son fils qu’elle a perdu… de vue, mais allant au-devant de problèmes et soucis financiers. Jusqu’à ce que le destin se scelle et frappe à sa porte sous la poigne ferme d’un duo d’huissiers. Quand les ennuis commencent, on n’en voit pas la fin.

© Alexandre Films

Initiée brièvement au trafic de drogue par le rappeur bosniaque qu’elle a pris sous son aile, adoptant en stoemelings un gamin sans papier dont elle ne comprend pas la langue mais qu’elle surnomme Nono, partant aux Pays-Bas à la recherche de la came qui va faire sa fortune, ce que fait Nina n’a ni queue ni tête. À l’image de sa bonne copine Jess (Arielle Dombasle, égale à elle-même), elle fait partie d’un monde bobo volage et vivant à côté des réalités.Mais de manières différentes. Une fois arrivée aux Pays-Bas, Nina va très vite montrer les limites de ses préjugés, sur l’air du Nord et les gens qui y vivent. Jess, elle, dans son grand appartement chic et parisien, est convaincue que Nono va avoir les mains baladeuses et voler vite fait quelques richesses. Nina soupire: « mais qu’est-ce que tu vas croire ». Il faut dire que l’excentrique copine planque ses sous entre les pages des bouquins qui font bien et qu’elle ouvre au gré des phrases plus ou moins philosophiques qu’elle veut twitter. Mieux, il lui suffit de ranger sa bibliothèque pour avoir son argent de poche… qui équivaut à un salaire mensuel de X ou Y. Bref, prêter 20 000€ et son nouveau SUV à Nina, ça ne pose aucun problème à Jess. Ça ne l’empêchera pas de partir à la neige en tenue de Ski-ll Bill. 

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En attendant, c’est à la quête d’une autre poudreuse que part Nina, profitant de son bad trip pour retrouver Baptiste, alias Babou, son fils pas forcément heureux de voir débarquer cette mère qui ment comme elle respire (quiproquos vite désamorcés à l’appui) mais déteste qu’on lui mente, qui n’arrête pas de bavarder mais n’écoute pas grand-chose de ce qu’on lui dit.

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C’est vraiment après une demi-heure de film en dilettante que celui-ci devient vraiment intéressant et instructif sur la relation entre la mère et le fils qui la désavoue. Dans ce Fanny Ardant et moi où Vianney n’est pas Vincent Delerm (ni Nekfeu qui devait initialement jouer le rôle), on aurait pu s’attendre à ce que la collision face des étincelles. Diane Kurys joue le coup plus finement en installant un dialogue de sourds dans l’habitacle du véhicule qui balade le drôle de trio (car l’impassible Nono est de l’aventure, lui aussi, ce qui fait lever les yeux de Baptiste au ciel) et est censé en resserrer les liens. Il n’en est rien. La distance s’installe dans ce huis-clos, un monde d’incompréhension et l’inversion des rôles. Baptiste a toujours dû être une mère pour sa… mère. S’ils étaient autrefois unis (pas de flashback, ici, Kurys ne saisit que l’instant présent et gênant), le temps les a distendus, ils sont passés l’un à côté de l’autre. Et aujourd’hui, quand l’excursion surréaliste (autant que le sketch des deux flics, campés assez grossièrement, que l’équipage mal assorti va trouver sur sa route) tourne au vinaigre, Baptiste va chercher la gare du Midi mais Nina est déjà à 14h.

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Certains ont vu dans ce premier rôle de Vianney, une certaine maladresse, une manière de ne pas être concerné par cet exercice nouveau. Pour moi, s’il est effacé par cette maman dingue et ses fréquentations (outre Arielle Dombasle, il y a aussi Patrick Chesnais en baron de la drogue assez pantouflard), campée par une Fanny Ardant inédite et très attachante; Vianney est utile à ce film et respire le malaise, le retrait. C’est d’ailleurs ce qui fait souffrir le film de manque de rythme et de profondeur, parce que mère et fils ne savent pas comment faire pour ne pas rester en surface. Le chanteur hérite d’un beau rôle, fragile et pas facile, nuancé par des crises pour évacuer l’incompréhension. Et mieux retrouver, au final, un visage solaire dans une mise en scène qui l’est tout autant), contaminé par sa mère de cinéma magnifique, entraîné par la musique gracieuse de Paolo Buonvino.

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Le trafic de drogue n’est ici qu’un prétexte au voyage et aux rencontres, à une allure bien plus modérée qu’un go fast, Diane Kurys ne refait pas le Paulette de Robert Enrico et va voir ailleurs. Ailleurs aussi que les problèmes de riches auxquels le spectateur lambda pourrait être réfractaire. S’évadant du futile, Diane Kurys et sa paire d’acteurs perdus dans leur relation mais très touchants font résonner l’humanisme et une certaine idée de la réconciliation qui ne pardonne pas tout pour autant. Un film de famille sur une famille pas très « famille ». Un bon moment, pas inoubliable et même oubliable mais suffisamment lumineux que pour qu’on en emporte un peu. Pour marquer les esprits, sans doute, la réalisatrice de Vanille Fraise aurait-elle du s’inspirer un peu plus de la folie de son personnage principal.

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Titre : Ma mère est folle

Réalisatrice : Diane Kurys

Acteurs : Fanny Ardant, Vianney, Arielle Dombasle, Patrick Chesnais, Ella Leyers, Jules Rotenberg, Quentin Minon, Bruno Georis…

Genre : Comédie, Road movie

Pays : France

Durée : 95 min

Date de sortie : le 05/12/2018

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