Le secret de la potion magique : la Gaule a un incroyable talent et Astérix se fait Big in Japan et, cette fois, le ciel ne lui tombe pas sur la tête

Pour qui aime la BD et le cinéma d’animation, quand le chaudron de potion magique est plein à ras-bord et dévoile dans ses fumées une nouvelle aventure irréductible d’Astérix et Obélix, c’est un événement. Après quelques années de disette cinématographique et des films live globalement décevants, Alexandre Astier et Louis Clichy ont ravivé la flamme et retrouvé la serpe d’or avec un Domaine des dieux… divin. Plus abouti visuellement et encore plus délirant, Le secret de la potion magique enfonce le clou avec plus de grâce que Cétautomatix et retrouve l’Hommequitombeàpix, les Quatrefantastix, Derrix et même des Kaijus. Un festival dans une histoire originale mais toujours très inspirée, réparant le fiasco du Ciel lui tombe sur la tête et se servant on ne peut mieux de quelques arcs scénaristix du premier film de Claude Zidi qui a très mal vieilli.

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Tout allait bien jusque-là. Nous étions en 50 avant Jésus-Christ (quoique, il a peut-être pris de l’avance par rapport à ce que disent les hagiographies). Toute la Gaule était toujours occupée par les Romains… Toutes? Non! Un petit village d’irréductibles Gaulois résistait encore et toujours à l’envahisseur. Jusqu’à ce jour noir de leur histoire qu’Astérix et Obélix ont compté. Jusque-là, tout allait pourtant bien, Panoramix se prenait pour Tarzan, super-héros de la forêt, surfant les branches sans se prendre les pieds dans sa longue barbe blanche. Puis, l’imprévu, un oisillon en péril et une chute vertigineuse pour le druide mythique. Panoramix résiste au crash test mais se retrouve avec une patte folle, trouvant ses limites et résolu à passer le relais. Mais encore faut-il trouver un habile successeur, maniant éthique et alchimie méthodique.

© SND

Rien qu’avec cette scène d’introduction aérienne et dramatique, Astier et Clichy nous en mettent plein les yeux avec un univers graphique encore plus affûté. Sur ces quelques dizaines de secondes, on sent tout le pouvoir d’adaptation et d’adoption intelligentes des deux cinéastes : parce que l’identité et la fluidité cinéma font de ce gag un bijou qui aurait été incapable à intégrer avec tant de richesses en BD (là où on s’en souvient Au service secret de sa majesté étant sans doute la meilleure transposition de la BD au cinéma live mais l’un des pires films du petit gaulois, paradoxalement).  C’est de bon augure pour la suite qui se déhanche déjà sur une improbable pépite sortie tout droit des années 80 : You spin me round. Ambiance disco au village de (perpétuelles) vacances mais de très courte durée : Panoramix étant incapable de préparer la potion magique, l’arrêt de mort est signé, c’est la fin pur et simple des irréductibles. Et ça ne tarde pas à arriver aux oreilles de César qui charge Tomcruz (puisqu’on vous disait qu’il était partout) d’une mission impossible désormais possible : anéantir le village gaulois et ramener le secret de la potion magique. Jusque-là tapis dans l’ombre, un ennemi intime de Panoramix croit son heure venue et n’a rien à envier à Voldemort. Magie blanche contre magie noir vont s’opposer et ça va barder (même Assurancetourix va avoir un rôle déterminant)!

© SND

Dans ce deuxième film au pays de Goscinny et Uderzo, Alexandre Astier et Louis Clichy envoient Astérix, Obélix, Panoramix et Pectine (nouveau personnage qui fait la part belle à l’enfance et aux yeux qui pétillent), comme souvent, en road movie, dans une variation télé-ciné-réalité entre « La Gaule a un incroyable talent » et « Qui sera le meilleur sorcier ». Même si les prétendants (Astier s’en donne à coeur-joie pour les nommer avec plus de références que de révérence, de Climatoseptix à Tectonix) à la succession du druide s’en tirent plus souvent avec un kloug qu’avec le clou du spectacle. Y compris de Jésus qui devra encore s’entraîner s’il veut arriver à la dernière scène.

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Soyons clairs, pareille odyssée aurait pu être risquée, monotone et répétitive (dont des running gags tirent la force), il n’en est rien. Entre des fake news et des mises en scène façon le Média, une petite fille qui doit cacher qu’elle en est une et un combat de femmes libérées (et c’est pas si facile), un monologue d’Ordralfabétix (qui n’a rien à envier à Edouard Baer) et des bourre-pifs nez-contre-nez, des sangliers messagers et un Idéfix beaucoup mieux designé que sur le premier opus, des pirates qui tentent la reconversion, c’est tout un esprit parodique frondeur et salvateur qui s’empare de nous et fonctionne à pleine marmite.

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C’est jubilatoire mais aussi tendre et bien vu avec quelques magnifiques messages à tirer en-dessous des couches de rires et de délires. Il y en a partout, il ne s’agit pas d’avoir une seconde d’inattention. Conscient de ses racines, ce dessin animé n’est pas l’arbre qui cache la forêt des Carnutes (ne laissez pas trainer vos mégots, elles prennent vite feu, ces choses-là) et prouve sa conscience des oeuvres qui sont passées avant lui. Et les plus étonnantes. À commencer par Astérix et Obélix contre César, premier film en prises de vue réelles de la saga au cinéma, réalisé par Claude Zidi. La musique de l’excellent Philippe Rombi fait penser à celle de Goldman dans les airs celtiques qu’il a trouvé, Christian Clavier est de retour et prête sa voix à Astérix (avec tact et sans en faire des caisses), à la tête d’un casting vocal aux petits oignons (Gérard Hernandez, Elie Semoun, François Morel, Alex Lutz…). Puis, il y a ce méchant druide qui pourrait être le frère du Devin et ces Romains qui n’ont jamais été aussi proche de réduire à néant le village irréductible.

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Autre référence, encore plus inimaginable : Le ciel lui tombe sur la tête. Sans doute l’album le plus décrié de la série revu et corrigé par le cinéma pour un grand final Big in Japan, calé entre Dragonball et Goldorak. Un fulgurant et fracassant passage ovniesque qui nous en met plein la figure. Astier et Clichy auraient-ils tenté ce tour de force si le 33e tome d’Astérix avait été plus consensuel et moins aventureux ? Pas sûr. Albert, tout est pardonné, désormais. D’autant plus que pour raconter une histoire ancestrale, l’origin-story de Panoramix, Astier et Clichy reviennent à la base : au dessin d’Uderzo. Celui sur lequel le cinéma souffle et qui s’anime pour faire du spectateur le privilégié témoin de la naissance d’une oeuvre culte. Que d’émotions.

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Pour faire bref mais aussi large, l’année nouvelle approchant et le dicton disant qu’il faut s’embrasser sous le gui, on a envie de couvrir Astier et Clichy de bisous, de les serrer fort comme des menhirs. En effet, le duo de réalisateurs et leurs équipes prouve que la magie existe, livre un formidable hommage à la culture populaire et s’en tire avec brio (et Briat qui fait la voix d’Obélix), les honneurs et les lauriers, mais aussi le sentiment d’être face au meilleur Astérix qu’on ait vu et lu depuis longtemps ! Par Bélénos, c’est Fest Noz.

© SND

Titre : Astérix – Le secret de la potion magique

D’après l’oeuvre de René Goscinny et Albert Uderzo

Histoire originale

Réalisateurs : Alexandre Astier et Louis Clichy

Casting vocal : Christian Clavier, Guillaume Briat, Alex Lutz, Bernard Alane, Alex Lutz, François Morel, Elie Semoun, Gérard Hernandez…

Durée : 85 min

Date de sortie : le 05/12/2018

Et toutes les affiches :

Et, comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seul, il a été annoncé que Fabrice Tarrin (qu’on avait un peu perdu des radars malgré le talent dingue) livrerait, dans un nouvel album, son interprétation du film. Quelques extraits ont filtré : 

 

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