Christophe Simon, voir le Kivu et puis revenir et témoigner : « Là-bas, s’opère un génocide sans religion, sans cause ethnique, juste mené par la vénalité et l’argent »

Plus de deux mois après sa sortie, Kivu, l’album bd et documentaire de Jean Van Hamme, Christophe Simon et Alexandre Carpentier continue de faire parler de lui, de choquer et de répartir les clés de compréhension d’une situation inhumaine dont nous sommes tous les responsables indirects. Appelant à la conscientisation, cet album coup de poing est crucial et, par le biais de la fiction, lève le voile qui entoure savamment et machiavéliquement les exactions, massacres et autres joyeusetés qui prennent cours dans cette zone de non-droit où l’inhumanité monstrueuse n’a pas de limites. Dans les pas du récent Prix Nobel de la Paix et noble réparateur des femmes violées et brisées, Denis Mukwege, et de Guy-Bernard Cadière ainsi que de leurs équipes, Christophe Simon a franchi une étape de plus dans son dessin réaliste mais pas voyeur. Alors que l’album est sorti en Flandre, a connu une exposition remarquée à  Bruxelles, nous avons rencontré le dessinateur andennais.

© Van Hamme/Simon/Carpentier chez Le Lombard

Bonjour Christophe. Avec Kivu, vous sortez Jean Van Hamme de sa retraite toute relative pour un deuxième album consécutif, ensemble.

Il n’avait pas vraiment annoncé sa retraite mais la fin de son travail sur des séries au long cours pour se focaliser à des one-shots et à des projets plus personnels, au théâtre notamment. Ma rencontre avec Jean, c’est grâce à Gauthier Van Meerbeeck, le directeur éditorial des Éditions du Lombard. Pour la sortie du premier album de Sparte, en 2011, il était venu pour une petite fête chez moi, à Andenne. Il faut savoir qu’Alexandre, mon compagnon, ose dire ce que je n’ose pas. Ce fut encore une fois le cas lors de cette soirée, et il a fait part à Gauthier de mon rêve de réaliser un album de Corentin, le héros de Paul Cuvelier. On y a réfléchi et, au moment d’envisager l’histoire qu’on pourrait raconter, je me suis souvenu de la nouvelle écrite par Jean Van Hamme qui n’avait pas connu d’adaptation en BD.

© Christophe Simon

À la suite, j’ai pu rencontrer Jean qui était d’accord que je m’empare de son histoire à condition que je me charge moi-même de l’adaptation. Je lui ai montré mon story-board, mes premières planches. Après la dixième, il m’a dit de lui laisser la surprise du reste.

Il avait confiance. La preuve, il vous a mis le pied à l’étrier d’une autre aventure, Kivu !

Jean, son talent n’est plus à prouver. Mais, en plus, il est charmant, généreux. Bien sûr, il a le caractère bien trempé mais il est aussi et surtout bienveillant !

© Le Lombard

Bref, j’étais lancé sur Corentin, toujours en train de dessiner l’album, quand j’ai reçu un appel sur mon GSM. Au fond de mon sac de course, je ne l’ai pas entendu. C’était Gauthier Van Meerbeeck et c’était urgent ! Assez que pour qu’il appelle Alexandre à la maison. Si bien qu’Alexandre a contacté l’animalerie dans laquelle je devais repasser pour qu’on me prévienne. Bon, j’ai vu l’appel avant et j’ai recontacté Gauthier.

Mine de rien, voilà un thriller au coeur du quotidien !

Gauthier m’a dit : « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle ». Comme je suis d’un naturel anxieux, j’imaginais déjà qu’il y avait un problème avec le Corentin que je terminais, qu’il ne pourrait pas être publié. Je préférais qu’il commence par la mauvaise nouvelle… mais Gauthier m’a dit que ça n’aurait pas beaucoup de sens. Alors il a commencé par la bonne : Jean van Hamme avait un nouveau projet sur le Kivu et il ne voulait aller plus loin que s’il était sûr que je le dessinerais.

La pression !

Bien sûr, ça m’emballait, je connaissais le combat du Docteur Denis Mukwege, j’avais le vu le documentaire de Colette Braeckman et Thierry Michel.

© Christophe Simon

Mais la mauvaise nouvelle alors ?

Pour préparer cet album, je devais partir en repérage, durant huit jours, au Kivu avec l’équipe médicale de Guy-Bernard Cadière et du docteur Mukwege. Et là, je n’étais pas rassuré, c’était un peu la mauvaise nouvelle, sur le moment.

Pourtant, il était essentiel, non ?

L’idée était de voir ce dont j’aurais besoin, ce que je serais amené à dessiner. Jean avait un premier jet de scénario. Il était parti au Kivu en… 1959, il évoquait des gens charmants et un véritable paradis avec ses plateaux de végétation luxuriante. Le temps a passé et, sur place, j’étais les yeux de Jean. Si sa trame scénaristique n’a pas bougé, mes observations ont permis quelques modifications. C’est vrai que le paradis est dans les paysages, pourtant les gens qui y habitent vivent l’enfer.

© Van Hamme/Simon/Carpentier chez Le Lombard

Ce n’était pas votre premier repérage. Mais le plus dur ?

J’étais rodé à l’exercice, j’avais fait du repérage avec Jacques Martin sur des Alix et un Lefranc que je n’ai pas dessiné. Puis en Inde, pour Corentin.

Au Kivu, il faut dire que l’omerta règne et, pour le pouvoir en place, l’hôpital de Panzi où officie Denis Mukwege n’existe pas. De même, officiellement, j’étais sur le terrain en tant que dessinateur… médical. Bon, je me voyais mal dessiner des vessies durant tout mon séjour mais j’avais accès à la salle d’op… même si je me suis vite résolu à ne rien dessiner : j’en étais incapable !

© Christophe Simon
© Christophe Simon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Là-bas, c’était le feu de l’action. Sur le séjour, à trois reprises, j’ai eu une kalachnikov braquée sur moi, à la frontière. J’étais en joue, il me fallait du sang froid. J’avais planqué des cartes SD dans mes vêtements et mes chaussettes et remplacé celle de mon appareil photo avec une carte « touriste » et des photos du bord du lac. Aussi, j’ai été escorté jusqu’à Bukavu: sur le chemin, j’essayais de prendre quelques photos à l’aveugle, l’appareil photo à bout de bras, posé sur le tableau de bord. J’ai également reçu des appels sur mon téléphone, des gens qui voulaient savoir ce que je faisais là, je n’ai pas compris comment ils avaient eu mon numéro de portable !

© Van Hamme/Simon

À un autre moment, je me suis retrouvé seul dans une jeep avec un chauffeur. Un type armé, qui n’était pas un militaire, est monté et a demandé au chauffeur d’avancer. Sur quelques centaines de mètres, assez que pour quitter le centre du Docteur Mukwege et ne plus être sous la protection de quiconque. La peur grandit dans ces cas-là. Puis, sans que je sache qui était ce gars, la voiture a pu faire demi-tour et me ramener en sécurité, à Panzi. Je ne saurai jamais ce qu’il s’est passé mais ça reste anecdotique. Sans compter les lieux où il est déconseillé de s’arrêter sous peine que votre voiture soit aspergée d’essence et qu’on y boute le feu. Dans ce genre de situation, on est de toute façon en mode survie, on est confronté à tellement d’horreurs. Mais ça reste anecdotique par rapport à tout ce que vivent les habitants au quotidien

© Van Hamme/Simon

Malgré tout, pourtant, les Congolais ont toujours un mot, une attention, un sourire. À la fin du voyage, on s’est tous retrouvés dans une pizzeria, il y a eu un karaoké, malgré le drame, ils dansent.

Et, en première ligne face à ce drame, il y a le Docteur Mukwege et ses équipes.

Il m’a paru très doux mais aussi très déterminé. On parlait ensemble lors des repas. Il m’a rappelé une scène de la Liste de Schindler quand Oskar Schindler veut sauver toujours plus de vies. Denis Mukwege est pareil, le même sentiment d’urgence, passant d’une opération à l’autre. Il est écorché et indigné.

© Van Hamme/Simon/Carpentier chez Le Lombard

Un homme dont la foi et le combat sont sont aussi la geôle, en quelque sorte. Il est menacé, ne peut pas vivre sa vie comme il l’entend.

Par deux fois, on a essayé de l’assassiner. Ses repas, c’est sa femme qui les prépare et c’est pour ça qu’on a pris les repas ensemble. Il a peur de l’empoisonnement. Panzi est une forteresse, protégée. 80 casques bleus le suivent dès que Denis Mukwege en sort.

La reconnaissance est là mais a tardé: il a enfin reçu le Prix Nobel de la Paix, quelques semaines après la parution de votre album.

Il lui est passé quelques fois sous le nez et, à vrai dire, on n’y croyait plus. Ce fut un moment très émouvant, nous étions, Jean et moi, en interview à Paris lorsque nous avons appris la nouvelle. C’est une reconnaissance pour son travail, son combat… et ce qui se passe là-bas. Avec l’espoir de faire bouger les choses. Vous savez, c’est un dieu au Kivu mais il est à peine connu à Kinshasa. Lors de nos voyages, on passait systématiquement par le Rwanda. Si on était passé par Kinshasa, ça aurait été le retour à la maison assuré. Et le Docteur, s’il y allait, il serait arrêté immédiatement.

© Van Hamme/Simon

Là-bas, qu’est-ce qui est le plus dur ?

On a le choix, malheureusement. D’abord, il y a la salle d’op’. Une gamine de huit ans en train d’être recousue parce qu’elle a été violée par cinq mecs et finie à la baïonnette. Une gamine de 17 mois, aussi. C’est insoutenable. Le Docteur m’a aussi raconté avoir opéré une mère de 13 ans et quelques années plus tard, sa fille, un jeune enfant.

Puis, il y a la maison Dorcas où, après la réparation physique, a lieu la reconstruction psychologique de ces femmes meurtries. Ça ne se fait pas en un jour, cela passe par des ateliers, l’apprentissage d’un métier, de la musique… La restauration d’un lien social, aussi, là où ces femmes ont soit été rejetées par leur famille, parce qu’être violée est impardonnable, ou parce qu’il ne reste plus personne de leur famille massacrée. Il m’est arrivé de croiser le regard de ces filles qui ont été violées, mutilées génitalement, c’est indescriptible. Elles étaient terrorisées par le simple fait que j’étais un mec.

© Van Hamme/Simon

Heureusement, j’ai aussi croisé des femmes qui étaient plus loin dans le processus de reconstruction, courageuses et forçant l’admiration, toujours debout et me demandant de les prendre en photo.

© Christophe Simon

Et les enfants, dans tout ça ?

À la fin du reportage, j’ai rencontré les enfants-serpents, des petits bouts nés d’un viol et rejetés par leurs mères. « Serpents » car nés du malheur. Le centre tente de leur apprendre à écrire, à calculer  mais n’a pas les moyens de faire plus. Moi, je leur ai donné des cours de dessin. Ils venaient me voir, étaient appliqués, contents. Une petite fille m’a bouleversé, sur son dessin, il y avait une petite-fille sans bouche. Je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a répondu qu’elle ne pouvait rien dire. Mais on pouvait imaginer un peu ce qu’elle avait enduré. Des moments insoutenables durant lesquels on sort de la classe et on évacue, comme on peut.

© Christophe Simon

Car on ne se remet pas de ça. L’album a été chaleureusement accueilli, on en parle, ce n’était pas inutile de le faire mais ça ne permet pas d’oublier. Ça marque.

Cet album, c’est sans doute la BD dont on parle le plus depuis le début de la rentrée littéraire. Même du nouveau Lucky Luke, on n’en parle pas autant. Comme si Kivu avait été le déclic pour bien des médias… qui d’ordinaire ne nous informe pourtant pas sur ce qu’il se passe d’horrible au Kivu.

Je pense qu’il y a trop d’intérêt. Ce n’est pas vendeur de dire que derrière chaque smartphone, il y a des enfants violés, des gamins envoyés dans les mines pour ramener un minerai, le coltan, qui permet à nos téléphones d’avoir de la mémoire. Et que pour aller plus vite dans l’extraction du coltan, les mines ne sont pas étançonnées. Ces mines, je n’ai pas pu y accéder, j’étais sûr de ne pas en revenir. Le seul salaire de ces enfants, c’est de rester en vie, là où les autres membres de leur famille sont bien souvent massacrés ou violés. En public, pour que l’humiliation soit totale.

Projet de couverture non retenu © Christophe Simon

L’anecdote de l’album de cet enfant qui a été obligé de couper le sein de sa mère pour ensuite le manger est véridique. Il n’y est pas parvenu, il n’en a pas eu la force, il s’est enfui. On l’a retrouvé plus tard, yeux crevés, langue arrachée et crucifié.

© Van Hamme/Simon/Carpentier chez Le Lombard

Mais qui sont les responsables de cette situation d’horreur ?

Sur place, il y a des mercenaires, des anciens génocidaires qui se feraient arrêtés s’ils repassaient la frontière et allaient au Rwanda. Mais qui sont au Kivu comme dans une zone de non-droit. Ils sont payés par des gens, beaucoup plus influents, pour semer la terreur, décimer des villages et installer des mines.

Projet de couverture non retenu © Christophe Simon

Dans mon hôtel, j’ai croisé un monsieur blanc, bien habillé, costume-cravate, derrière son pc. Vu la région, il n’était pas là pour aller voir les gorilles.

Comment avez-vous abordé les croquis sur place ?

Le dessin mettait mal à l’aise les gens. Puis, l’architecture possède tant de détails que j’en aurais loupés si j’avais pris des notes, des dessins au vol. J’ai préféré la photo. Des 1500 photos rapportées, toutes ont servi, ne fût-ce qu’à « me remettre dans le bain » puisque je n’ai pu m’y attaquer qu’après avoir terminé mon Corentin. Après quoi, j’ai d’ailleurs voulu m’y remettre assez vite, sans tarder, mais tout était trop frais. Les souvenirs étaient trop présents. Cet album, j’ai attendu d’être sous pression, pour vraiment avancer.

© Van Hamme/Simon

Par rapport à la violence dont vous êtes le témoin, il vous a fallu doser votre dessin?

Je ne voulais pas montrer tout ce que j’ai vu mais les évoquer. Je ne voulais pas de voyeurisme malsain, ça me paraissait plus efficace de voir sans voir. Le texte cru de réalisme de Jean Van Hamme suffisait amplement. Il n’y a pas eu de tabou, notre but était de dénoncer, pas d’édulcorer. Il y a eu au moins 100 000 morts depuis vingt ans. Certainement plus, des millions même peut-être, mais impossible de savoir plus précisément puisqu’il n’y a plus de recensement organisé. Il était inutile d’en rajouter.

© Christophe Simon

Et la Belgique, notre beau pays, n’y est pas pour rien.

L’indépendance a été bâclée, des dictateurs ont été mis au pouvoir avec le soutien de la Belgique.

Le Kivu est sans doute l’endroit, sur la planète, le plus riche en ressources. Ils ont tout… pourtant les gens qui y vivent comptent parmi les plus pauvres du monde. Et, maintenant, nos gouvernements nous poussent de plus en plus à acheter des voitures électriques. Celles-là mêmes qui utilisent le lithium et le cobalt. Deux autres minerais dont la province est remplie. Bref, le phénomène, les exactions, la terreur risquent de s’étendre encore un peu plus.

© Van Hamme/Simon/Carpentier chez Le Lombard

Et les solutions.

Elles sont désarmantes, on ne les trouve pas.

Un peu de courage ?

Du courage politique dans nos pays et là-bas. Vous savez, les militaires et policiers ne sont plus payés. Du coup, ils vont au Kivu et… violent comme les autres. Ça n’arrange rien. Sans oublier cette croyance sur place voulant que le viol d’un nouveau-né protège du sida. À un moment, il y avait 145 ONG. Certaines en sont revenues. Des élections approchent au Congo, on verra ce qui en émergera.

© Christophe Simon

En tant que citoyens occidentaux, nous avons aussi le pouvoir. Celui de boycotter les produits issus de ces multinationales, notamment les fabriquant de smartphones, qui font que le Kivu est massacré. Afin qu’elles fassent faillite ou s’adaptent à la volonté du client. Au Kivu, s’opère un génocide sans religion, sans cause ethnique, juste mené par la vénalité et l’argent.

Au Katanga, formidable réserve de cuivre, ça se passe mieux, heureusement. Pourquoi, pas au Kivu ?

Vous avez changé votre comportement ?

(Il va chercher son gsm, anachronique presque). C’est un vieux Samsung, pas un smartphone, garanti sans coltan ou si peu. Pareil pour ma voiture, elle date de 2001. Mon PC? Je ne pense pas en racheter un neuf.

Bon, en tant que dessinateur, je n’ai pas la solution géopolitique, cet album m’a juste permis de ramener un témoignage.

© Van Hamme/Simon

Justement, pourquoi la BD, que permet-elle ?

Je suis content de l’avoir concrétisée. C’est un moyen de diffusion populaire, qui permet de faire connaître au grand public une thématique. En l’occurrence, un livre sur le Kivu aurait certainement touché un public plus spécialisé. D’autant plus que, comme on le disait, les médias ne nous tiennent pas vraiment informé sur ce qu’il se trame là-bas. J’ai l’espoir que cet album face boule de neige et entraîne les lecteurs à chercher à en savoir plus, à voir le film sur le Docteur Mukwege…

Personnellement, graphiquement, cet album, c’est enfin du Christophe Simon. Ce n’est pas une imitation. Je lui trouve de l’émotion, un trait plus spontané. C’est une BD qui remue et ça me plaît. J’aime les albums de divertissement mais, à côté de mon boulot, je suis un humaniste qui ne manque jamais d’occasion pour s’indigner. Avec Kivu, je pouvais être ce que je suis, en-dehors de ma facette de dessinateur. Avant ça, si je voulais m’indigner, je le faisais dans ma bulle privée.

Projet de couverture non retenu © Christophe Simon

Faire du Christophe Simon, ce fut compliqué ? Y’a-t-il une méthode que vous ayez adoptée ?

Je crois qu’il ne faut pas chercher sinon c’est mal barré, ça vient tout seul. Mon dessin est fort académique, structuré. Je l’ai laissé aller, sans me poser de question. Et si je ne suis pas content, je recommence. Je sais que les tablettes numériques permettent de le faire plus facilement, sans tout recommencer mais je n’ai jamais été pour les nouvelles technologies… encore moins maintenant, remarquez. Je n’aime pas le mot « méthode », je lui préfère la spontanéité, être un metteur en scène quitte à être crispé. Devant mon miroir, je prends des poses, ou je demande à Alex de poser.

Dans cet album, j’ai dû dessiner des voitures, quelque chose que j’avais fait il y a longtemps et sans conviction. Je me suis fait plaisir. Puis, il y a la scène de tentative de viol, il fallait que je réussisse à en montrer assez que pour déranger mais pas de trop, éviter le malsain.

© Van Hamme/Simon/Carpentier chez Le Lombard

Il y a aussi quelques longues scènes de dialogues.

C’est la difficulté, comment amener de la vie quand il n’y a pas d’action. Alors, je varie les plans, les expressions des visages.

Après Corentin, c’était donc la première fois que vous collaboriez vraiment avec Jean Van Hamme.

Et, pour le coup, ce fut un vrai travail en duo. Dans son scénario, il décrivait l’image, je lui en montrais le crayonné et il me faisait ses remarques. Si changements il devait y avoir, ils avaient toujours du sens. Vous savez, pour paraphraser une citation : Jean a suffisamment de talent que pour ne pas devoir être prétentieux.

Et, au niveau des couleurs, Alexandre ?

Alexandre Carpentier : Je me suis inspiré des photos ramenées par Christophe, j’ai tout fait à l’aquarelle. J’ai voulu trouver un côté moins net, plus brut, qui m’inspirait l’Afrique. J’ai essayé d’être le plus fidèle. Moi, j’imaginais un beau ciel bien bleu, ce n’était pas le cas.

Christophe : Il y a une sorte de brume permanente, un reflet argenté.

© Van Hamme/Simon/Carpentier chez Le Lombard

Dans ce décor, il y a François Daans, votre héros, bardé de diplôme mais un peu naïf.

C’est un personnage fictif. Il est neutre, un candide, bien propret, avec la raie sur le côté… qui va être confronté à la réalité, pas celle qu’il imaginait. C’est la preuve d’un héroïsme doux. J’aime cette scène où il est obligé de tuer quelqu’un et en est bouleversé.

D’autres personnages sont fictifs mais portent les stigmates de ce que j’ai observé là-bas. Le personnage-clé, Violette, est le croisement des deux petites filles. Je ne pouvais pas les introduire texto dans l’histoire, il s’agissait de respecter la dignité des personnes rencontrées.

© Christophe Simon

Il y a… Anthony Hopkins aussi dans la peau de Peter De Bruyne, baroudeur aux méthodes pas forcément catholiques !

J’ai directement pensé à Anthony Hopkins, c’était un rôle pour lui.  J’ai eu son image dès la lecture du scénario. J’entendais sa voix, je voyais sa tronche dans Hannibal. Mais je ne voulais pas que ce soit tout à fait lui alors je lui ai fait un visage asymétrique, il n’a pas le même nez ni la même bouche. C’est un cousin éloigné. Mais beaucoup l’ont reconnu, forcément. On me l’a demandé en dédicaces, mais je ne peux pas, c’est un personnage trop péjoratif dans notre histoire.

© Van Hamme/Simon
© Van Hamme/Simon/Carpentier chez Le Lombard

De même, je ne fais pas de dédicaces de Denis Mukwege. Pour moi, ce n’est pas un héros de BD, il est beaucoup plus que ça !

Et niveau dédicaces, j’imagine que vous n’avez pas arrêté.

En effet. Lors du lancement, nous avons signé 150 livres, Jean et moi. Puis, sur deux jours, j’ai fait 180 dédicaces, je n’en pouvais plus.

Pour prolonger l’expérience, il y a aussi cette exposition à Bruxelles, dans la galerie Huberty-Breyne.

Oui, je ne vous dis pas le trac, je passe après Midam et avant Manara. Le visiteur y découvrira toutes les planches de Kivu mais aussi certaines de Corentin, avec beaucoup de dessins inédits et des huiles. Notamment les portraits d’enfants-serpents, des toiles orientaliste et des hommages à la femme africaine. En tout, 150 pièces sont exposées.

Des recherches de couverture, aussi ?

Oui, il y en a eu beaucoup, j’ai pas mal gambergé. Il faut confronter les projets, se servir des erreurs des autres. Là où une vignette de BD doit « seulement » raconter l’histoire; la couverture doit faire pareil tout en se voyant de loin et en créant un suspense.

© Christophe Simon

Au final, y aura-t-il un avant et un après cet album ?

Corentin, je l’avais fait pour me faire plaisir. Avec Kivu, j’ose espérer que, comme moi, les lecteurs n’en sortiront pas indemne, que nous sommes arrivés à provoquer un peu l’éveil des consciences… à large échelle. Je suis satisfait, c’est sûr, et cette satisfaction vient moins de la parution de l’album que du fait de me sentir utile.

La suite, quelle est-elle ?

Une nouvelle série dont le premier tome est prévu pour 2020. Toujours chez Le Lombard qui est vraiment une famille et entoure ses auteurs de bienveillance.

Titre : Kivu

Récit complet

Scénario : Jean Van Hamme

Dessin : Christophe Simon

Couleurs : Alexandre Carpentier

Genre : Docu-fiction, Drame, Thriller

Éditeur : Le Lombard

Collection : Signé

Nbre de pages : 72

Prix : 14,99€

Date de sortie : le 14/09/2018

Extraits : 

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