Du côté de la rue de la gare, avec Willem Vleeschouwer, les gamins de merdes sont autant d’Indiana Jones du quotidien porté par une ligne claire intrépide

« Dans toutes les villes du monde, Le quartier le plus immonde, C’est toujours celui d’la gare, Ou l’on ose pas sortir le soir… » S’ils sont dans l’esprit de l’album qu’on vous présente ici, on ne sait si les gars d’Été 67 ont lu du Willem Vleeschouwer… et, à vrai dire, ça nous étonnerait. Parce qu’avant cette réédition à l’italienne de ce qui est apparemment un classique de la BD néerlandaise, je n’avais jamais attendu parler de ces aventuriers du quotidien qui force l’aventure à chaque coin de rue et à qui il suffit de trois bouts de brocs pour être pris dans des intrigues inextricables. Il y a des fresques épiques qui commencent en prenant un train, mais ceux qui restent sur le quai n’en ont pas moins leur mot à dire. En voiture, s’il vous plaît, ça déménage.

© Willem Vleeschouwer

Résumé de l’éditeur : La bande de la rue de la Gare t’attend dans leur quartier pour des aventures rocambolesques et de grandes rigolades… À quoi pense un groupe de jeunes hommes qui n’ont pas un centime et vivent dans le plus mal famé des quartiers ? Au foot, à la nourriture, à l’argent, aux filles… surtout aux filles.

© Willem Vleeschouwer chez Place du Sablon

Quand je dis que l’aventure est au coin de la rue, je ne crois pas si bien dire, ni lire, ni rire, elle y est vraiment comme si la rue de la gare menait à la voie 9¾ pour des Indiana Jones en herbe et urbain.  À l’original intitulée Een avontuur van de Spoorstraat (la rue des sports) ou, en espagnol, Aventuras en la Calle Estación, ces aventures de gamins de merde, un peu ketjes non pas de Bruxelles mais d’une ville néerlandaise propice à l’inénarrable, ont connu plusieurs vies. Au coeur de la fin du XXe siècle d’abord, en noir et blanc, puis dans les premières années des 2000’s dans un album aux Pays-Bas avant d’aller voir le soleil hispanique en 2016. Le trait et l’univers déjantés de Willem Vleeschouwer (alias Wévé) avaient l’ADN des récits insubmersibles et fait pour durer, pour être des monstres du Loch Ness qui disparaissent et réapparaissent, renforçant chaque fois plus leur légende.

© Willem Vleeschouwer

D’ailleurs, dans le monde du Neuvième Art, Wévé ne s’est pas privé de jouer à cache-cache loin des planches mais pas entre quatre planches, capable de se rappeler à notre souvenir ou à notre découverte. C’est ainsi, notamment, que des passionnés de la Ligne Claire (dont Wévé est un héritier, entre autres influences) ont, un jour, lors d’un événement bruxellois, publier les strips et histoires du dessinateur dans un fascicule. De quoi donner l’idée et l’envie au principal intéressé de reprendre ses personnages en main et de parachever leurs trois histoires folles en leur offrant des couleurs numériques. Un nouvel-ancien album, en bref, aux couleurs cultivant le peps et le vintage, dans un cocktail délicieux.

© Willem Vleeschouwer
© Willem Vleeschouwer

Et tant qu’à parler de mélange, dans la veine de la Ligne Claire, le trait énergique et caricatural de Wévé vagabonde, par ses personnages et ses expériences, entre Franquin et Jijé (Lalopula pourrait être un descendant de Cirage) en passant par les étoiles filantes Chaland et Mique Beltran, sans compter le Conrad des Innommables. Mélangez le tout et versez-y quelques acides bien sentis.

Une comparaison trouvée sur le mur Facebook de l’auteur © Chaland / Willem Vleeschouwer

Pourtant, Wévé s’en dégage pour trouver sa patte spectaculaire et donner de la texture et de l’aura à ces trois courtes aventures rassemblées ici. Avec du vaudou, des prostituées, du rock même dans la musique classique, des pizzas et des mets chinois et pas mal de sans-gêne. C’est là que ça me plaît.

© Willem Vleeschouwer
© Willem Vleeschouwer

Ainsi, de but en blanc, de parties de foot à enjeux en passant par des enlèvements et des confrontations à des parrains répugnants, le quintet (Mau Mau le violoncelliste frapadingue, Moxy, Razzo, Lalopula et Frisé, l’homme qui ne murmure à l’oreille de personne) forme une sacrée bande et fait son cinéma, inspirée et imaginative quand il s’agit de sortir avec force et fracas d’un quotidien trop attendu. Avec une multiculturalité revigorante dans des villes que les extrêmes entendent désormais cloisonner. Une question subsiste. Mais où donc trouver le reste de l’oeuvre de ce génie ?

© Willem Vleeschouwer

PS : on vous laisse là où on a commencé, en chanson.

Série : Les aventures de la rue de la Gare

Intégrale

Scénario, dessin et couleurs  : Willem Vleeschouwer

Genre: Aventure, Humour

Éditeur: Place du sablon

Nbre de pages: 112

Prix: 25€

Date de sortie: le 16/05/2018

Extraits : 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.