Des couvertures qui se ressemblent et s’assemblent #2 pour crier gare au gorille et ausculter ce mythe du cinéma, des villes et forêts lointaines et menacées

Dans le panorama de livres que peuvent proposer une rentrée littéraire et la publication de dizaines d’albums de bande dessinée par semaine, les couvertures doivent se diversifier, jouer sur les tons et les formes, parfois se laisser avoir par les modes ou briller d’une imagination folle. Puis, parfois, certaines se rejoignent, se recoupent dans ce qu’elles laissent entrevoir de l’histoire, cette partie immergée de l’iceberg. Pourquoi choisir quand on peut comparer des styles, des récits qui forcément s’échappent de la même porte d’entrée par laquelle on est arrivés. Deuxième épisode placé sous le signe de la grâce autant que de la brutalité du gorille, qu’il soit urbain comme King Kong ou sauvage comme Oki, le grand gorille blanc.

Épisode 1 : Des couvertures qui se ressemblent et s’assemblent… pour faire la part belle au courage et à la révolte des femmes : qu’elle soit Dolma du Tibet ou Phoolan Devi d’Inde

© Silloray chez Casterman

Kong-Kong

© Autret/Villeminot chez Casterman

Résumé de l’éditeur : Abélard emménage dans une tour immense, où l’ascenseur est toujours en panne. Heureusement, juste en dessous de chez lui, il y a Héloïse. Mais Héloïse a déjà un camarade de jeu qui, lui, vit sur le toit…

© Autret/Villeminot chez Casterman

Allez, on commence avec les enfants. Comme ça, ils peuvent filer au lit ou aller jouer dehors (qui sait à quelle heure vous me lirez?). Tout d’abord, la couverture, où Yann Autret (au dessin et au scénario) et Vincent Villeminot (au scénario) attendrissent la bête qui, dans sa grosse paluche, soulève au-dessus des gratte-ciels Abélard le binoclard et Héloïse la franchise. Deux héros qui ne sont pas  insensibles face au « monstre », tous les deux à leur manière. Héloïse est téméraire tandis qu’Abélard tremble d’effroi.

© Autret/Villeminot chez Casterman

Il y a les monstres en dessous du lit et ceux au-dessus, tel le violon, du toit. Et celui qui surplombe la ville où vient d’atterrir Abélard est costaud, tout droit sorti de l’imaginaire du 7e Art et de la force de conviction qui pousse à croire que l’inconnu et le fantastique se trouvent en portant le regard au-delà des gratte-ciels qui entérinent le métro-boulot-dodo. La fiction est à portée d’imagination.

© Autret/Villeminot

Tissant la complicité entre le déménagé et la reine de cette tour d’ivoire qui s’ouvre sous le poids du merveilleux, Yann Autret et Vincent Villeminot créent une succession d’histoires courtes et saynètes comme des odes à la créativité des enfants. Y compris dans des milieux qui ne prêtent pas à rêver. Les auteurs dressent et domptent le monstre pour en faire le meilleur ami (imaginaire?) de ces enfants qui ont plus d’un tour dans leur poche.

© Autret/Villeminot chez Casterman

Ça tombe bien, Yann et Vincent aussi, ils livrent un album inventif et comique, gaguesque, joliment accompli par un graphisme qui évite l’écueil trop enfantin pour se porter à la hauteur de King Kong, adulte et sans besoin d’effets spéciaux. Une gigantesque surprise.

© Autret/Villeminot chez Casterman

Cooper, un guerrier à Hollywood

© Silloray chez Casterman

Résumé de l’éditeur : Créateur de King Kong dans les années 1930, Meriam C. Cooper a toujours conjugué avec succès ses deux grandes passions : le cinéma et l’aviation. De pilote de chasse pendant la Première Guerre mondiale à producteur à succès pour Hollywood, son destin symbolise les États-Unis du xxe siècle, y compris dans sa part la plus sombre…

© Silloray chez Casterman

Fidèle à son sépia, après avoir conté l’épopée Capa, Florent Silloray garde l’objectif en tête mais fait tourner le moteur et l’action. On passe de l’art photographique à l’art cinématographique avec cette évocation d’un pionnier d’Hollywood. La couverture vintage à souhait met bien en valeur ce croisement d’énergies et d’aventures, entre le réel et la fiction. Kong-Kong est devenu le légendaire King Kong et c’est sa dernière cène qui se trame sous l’objectif de Cooper, la pipe bien arrimée aux lèvres, qui voit l’ultime assaut de biplans plonger sur la bête féroce.

© Silloray chez Casterman

Illustrateur baroudeur, c’est sur le tard que Florent Silloray est arrivé à la BD, conservant, même pour retracer des époques qu’il n’a pas connues, son sens de l’observation et de la fascination qu’il ne peut que transmettre au lecteur. C’était le cas dans Capa, c’est encore le cas avec Cooper. Un homme aux mille vies comme en raffolent les biopics. Tour à tour pilote chevronné de guerre, explorateur puis raconteur d’histoires parmi les plus ambitieuses que le cinéma balbutiant, celui des années 30, Cooper a indéniablement marqué une ère de pionnier, dans le réel comme la fiction. Il y a donc énormément de choses à dire, y compris sur sa propension à être un précurseur des tyrans de plateaux et des pressions de toutes sortes.

© Silloray chez Casterman

Malheureusement, en choisissant une trame trop classique (un vieil homme qui se raconte, comme pour coucher un testament, à un passeur, en l’occurrence une journaliste), racontant un destin formidable par des flash-backs finalement conventionnels. Cooper, en fait, c’est une BD qui n’en est pas une, c’est une somme d’illustrations à cartouches, de dessins immobiles, malgré la magie de reconstitution, que rien ne ranime. C’est du passé que Silloray n’arrive pas à mettre au présent. La BD a une force incroyable en tant que documentaire, pour faire revivre autrement que littérairement ou cinématographiquement, une époque ou une vie d’artiste; le défi n’a cette fois-ci pas réussi à l’auteur. Le gorille, lui, est toujours aussi impressionnant. Peut-être fallait-il plus de cran graphique et au niveau de la mise en scène pour s’y attaquer.

© Silloray chez Casterman

Le Oki d’Odzala

© A.Dan chez Grand Angle

Résumé de l’éditeur : Clémence, spécialiste des gorilles au Congo-Brazzaville, effectue sa dernière mission faute de financements. Les primates y sont menacés par le virus Ebola et le braconnage. Mais Clémence a un espoir. Il y a quelques années, elle a photographié un gorille blanc qui, à en croire les données génétiques, ne devrait pas exister. Si elle parvient à le retrouver, cela permettrait de débloquer de nouveaux fonds. Dans un village au cœur de la forêt, Mickey, un adolescent malingre, cherche à venger sa famille d’un chef de gang de braconniers. Quitte à faire appel aux sorciers vaudou et à invoquer l’esprit du Oki, le Grand Gorille Blanc.

© A.Dan chez Grand Angle

Sur la devanture de cet album, on change d’ambiance et cette fois, c’est indéniable, le gorille nous apparaît bien plus frontalement que sur les précédents livres évoqués, mais aussi de manière bien moins féroce. Le visage de la sagesse animale, dans sa splendeur et immaculée, surplombant un coin du Congo avec sa végétation touffue et ses habitations en bois. Un coin perdu mais conquis par le noir de la cover, on comprendra vite pourquoi.

© A.Dan chez Grand Angle

On quitte la ville et les buildings pour s’enfoncer dans la jungle congolaise où les animaux sauvages tels les gorilles ont décidément plus leur place. Le oki d’Odzala, c’est une fiction inspirée pourtant du réel et d’un voyage. Celui d’A.Dan (Daniel Alexandre) qui s’est pris de passion pour les gorilles jusqu’à les croquer lors d’un voyage naturaliste au Congo-Brazzaville. Un carnet avait été publié chez La Boîte à bulles mais l’auteur était insatiable et voulait boucler la boucle avant de passer à autre chose (aujourd’hui, il prend part à l’aventure Komics Initiative avec Aurélien Ducoudray pour le récit Namta à base de mandragores). C’est ainsi que Le oki d’Odzala est né, vivant et vibrant d’amour d’une nature que les hommes ne méritent pas.

© A.Dan chez Grand Angle

Se faisant télescoper deux histoires intimement liées, l’auteur parle de sauvegarde de la nature, de braconnage dans des zones de non-droits (ou presque), de ses tenants et aboutissements (violents et violant) mais aussi des traditions anciennes avec un petit aspect fantastique. L’histoire est le prétexte à retrouver les gorilles et à assouvir ce rêve de voir surgir de la végétation un primate blanc. Blanc comme l’espoir que rien n’atteindra… si ce n’est les fonds manquant que pour assurer le futur de la mission de Clémence au chevet de ces grands singes.

© A.Dan chez Grand Angle

A.Dan livre un album comme un témoignage, encore un, de ce qui devrait être au centre de nos préoccupations, aussi loin soit-on du Congo. Cet album, dans tous ses dessins, respire la nature et son amour, est imprégné du décor et de la faune qui ont tant charmé A.Dan. L’intrigue est peut-être anecdotique, facile à prévoir, mais est efficace pour porter un intérêt qui, de toute façon, n’est pas là. Avec un style de la famille de Barly Baruti, l’enfant du pays, cet album est une déclaration d’amour et un appel à aimer ce qui nous entoure, avant qu’il ne disparaisse et que les animaux qui nous font rêver ne soient que des souvenirs.

© A.Dan chez Grand Angle

Titre : Kong-Kong

Sous-titre : Le singe sur le toit

Récit complet

Scénario : Yann Autret et Vincent Villeminot

Dessin et couleurs : Yann Autret

Genre : Aventure, Humour

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 80

Prix : 14,95€

Date de sortie : le 22/08/2018

Extraits: 

 

Titre : Cooper

Sous-titre : Un guerrier à Hollywood

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Florent Silloray

Genre : Aventure, Biographie, Documentaire

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 82

Prix : 18€

Date de sortie : le 03/10/2018

Extraits : 

Titre : Le Oki d’Odzala

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : A.Dan

Genre : Aventure, Polar

Éditeur : Grand Angle

Nbre de pages : 96

Prix : 18,90€

Date de sortie : le 09/05/2018

Extraits : 

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