Du sang des boyaux, de la rate et des… héros? Je mets ça sur ma tartine, ça me fait un Chairs-nobyl

Pour cent brique, t’as plus rien. Mais pour moins de 30 €, tu peux t’ (faire) offrir un pavé généreux de plus d’1,5 kg. Un gros bouquin reprenant une trilogie fondamentale, une symphonie par moments dégueulasse et ne nous épargnant rien (il le faut pour marquer les esprits, regardez les campagnes de sensibilisation) mais aussi fascinante et captivante. Avec Warren Ellis, Juan Jose Ryp et Garrie Gastonny, jamais les super-héros n’ont été aussi terrifiants et pourtant si proche des humains… normal, c’en sont avant tout. Du moins, dans Black Summer et No Hero. Pour Supergod, c’est une autre histoire. Marquant, tétanisant, à vous foutre une chair de poule jusqu’à la fin du siècle. Du moins, si on la voit.

No Hero © Ellis/Ryp chez HiComics

 

Black Summer parle de super-héros bien trop humains. No Hero, de super-héros renonçant à leur humanité. Supergod, de super-héros qui ont perdu leur humanité pour devenir autre chose. (Warren Ellis)

Il y a quelques années, les Éditions Milady et leur catalogue « graphic » faisaient la part belle, coup sur coup, à trois oeuvres emblématiques signées par le prolifique Warren Ellis (pas le musicien et bad seed, hein) : Black Summer, No Hero et Supergod. Entre elles, il n’y a pas de lien narratif, aucun personnage-charnière, aucune situation évoluant et périclitant d’un album à l’autre… et pourtant… pourtant, tous trois se renforçaient par le regard du scénariste sur le monde des super-héros (esthétiquement quelque part entre les Power Rangers, les Avengers et les Chevaliers du Zodiaque) et des constructions sociales et sociétales qui les entourent. Dans des situations critiques, Warren Ellis prenait ainsi le parti de retirer les couches pour mieux les mettre à nu. Et foutre un sacré boxon.

© Ellis/Ryp/Sweeney chez Avatar Press

Black Summer

Résumé de l’éditeur : Quand on combat pour le Bien, jusqu’où peut-on aller ? Les Sept Armes combattent la corruption dans la rue. Mais la lutte est inégale et le champ de bataille, infini. John Horus sait ce qui est bon pour vous. Et il est déterminé à faire le Bien, que vous le vouliez ou non… quitte à plonger le pays dans le chaos. Le président va l’apprendre à ses dépens…

© Ellis/Ryp/Waller chez Avatar Press

Première collaboration avec Juan Jose Ryp (les couleurs étant de Mark Sweeney puis Greg Waller), Black Summer tranchait déjà avec tout la littérature graphique qu’on a l’habitude de lire quand on parle de héros possédant des super-pouvoirs. Des super-pouvoirs qui, dans les trois albums présents, ne seront jamais le fruit d’une piqûre d’araignée, d’une erreur scientifique ou une autre circonstance faisant d’un homme un surhomme à son insu. Les pouvoirs peuvent sembler magiques mais sont ici avant tout scientifiques, consentis par le futur justicier, augmenté et réparé pour être quasi-intouchable.

© Ellis/Ryp/Sweeney chez HiComics

Quasi… parce que Tom Noire, vaillant au combat, y a quand même perdu une jambe et vit depuis reclus entre les fumées d’alcool et des clopes. Témoin impuissant d’un coup d’état organisé par John Horus, son ancien collègue et sans doute le plus puissant de par tous les énigmatiques yeux qui l’entourent. Horus, dieu faucon devenu vautour, vient de dégommer le président et ses proches conseillers et vice-présidents. Pas un acte gratuit, Horus est convaincu que l’état-major américain n’était pas blanc comme neige dans les conflits et les attentats subis par les States, ces dernières années. Les autres Armes toujours en activité sont pris au dépourvu devant choisir leurs camps tandis que toutes les forces militaires se déploient déjà à leur recherche et voulant coûte que coûte ramener John Horus plus mort que vif.

© Ellis/Gastonny/Digikore Studios chez HiComics

Dans ce premier acte (huit épisodes touffus), Warren Ellis investit tout son savoir-faire britannique et son regard extérieur aux USA pour livrer un constat impitoyable et dégueulasse, n’épargnant en rien les héros, les montrant faibles et même suicidaires, tandis que tout semble indiquer que ce combat entre le mal et le mal, le bien et le bien (on ne sait plus où se positionner !), ne peut mener qu’à trouver le dernier des fous. Partant dans le passé pour mieux tenter de comprendre comment on a pu en arriver là, Warren et Juan Jose ne nous donnent pas assez d’indices que pour savoir se positionner face à ses super-héros ambigus. En témoigne un sacré carnage, des lambeaux humains, des torrents de sang que le dessin tubulaire (son crayon est une machine à hacher menu) de Juan Jose Ryp. La terreur est lancinante et l’intelligence du script fait un pied de nez aux traditionnelles histoires des super-héros en nous questionnant : change-t-on vraiment le monde en tuant le méchant ? Et peut-on prétendre au statut de gentil parce qu’on a tué un méchant?

© Ellis/Gastonny/Digikore Studios chez HiComics

No Hero

© Ellis/Ryp/Waller/Digikore Studios chez HiComics

Résumé de l’éditeur : Il y a quarante ans, un groupe de justiciers est né. À leur tête, un homme, et surtout une drogue, le FX7, capable de leur conférer d’incroyables aptitudes. Mais un tel pouvoir ne va pas sans responsabilités… ni sans dangers. Vous voulez être un super-héros ? Mais à quel point ?

© Ellis/Ryp/Digikore Studios chez HiComics

Là où Black Summer ouvrait la voie, No Hero enfonce le clou bien là où ça fait mal en nous parlant évolutivement d’une team de héros bien plus facile à considérer comme tel que dans Black Summer. Ils ne s’appellent pas Les Armes mais les Levellers puis Front Line. Avec leurs costumes de stars de la chanson des années 70 (le fameux costume blanc) et qui n’auraient pas fait tache sur le plateau des Carpentier, ils ont conquis le public et les citoyens tout au long des décennies par leur habilité à contrecarrer le crime sous toutes ces formes. Mais, le 6 juin 2011, tout a basculé, deux des leurs ont été pris au piège d’un attentat. Et ce n’est pas fini. Il faut recruter et comme la ligue de bienfaiteurs a fait des adeptes, c’est Joshua Carver, qui s’entraîne dur depuis longtemps pour avoir la chance de rejoindre le cercle très fermé, qui va la saisir. Même si les liaisons sont dangereuses.

© Ellis/Ryp/Digikore Studios chez HiComics

Cette fois, pas de technologie pour rendre l’homme hybride, c’est une drogue dure et instable qui pourvoie le volontaire en capacités extraordinaires mais peut aussi vous faire… exploser. Bref, c’est un peu un Kinder Surprise que ce FX7, on ne sait pas si on va être déçu ou ravi. Joshua est plutôt dans la catégorie des déçus, s’il a gagné son permis de voler et une force incroyable, il a perdu sa crinière blonde (il aurait pu jouer dans Alerte à Malibu, tiens) et son visage de beau gosse. La pilule féroce l’a même privé de ses… attributs sexuels. Bref, il ne fera pas concurrence au Petit Paul de Bastien Vivès mais n’a pas le temps de s’en émouvoir, après un passage au pays des cauchemars (Juan Jose Ryp y a tout le loisir d’exprimer, d’exacerber un peu plus le potentiel horrifique de son dessin, à se pisser dessus, en ayant une pensée pour Joshua), notre nouveau héros doit engager le combat. Faire la lumière sur les sinistres événements et les scandales qui déciment la fine équipe.

© Ellis/Ryp/Digikore Studios chez HiComics

Dans ce deuxième opus, c’est la course au mimétisme à une heure où les réseaux sociaux ne se sont pas encore confortablement installés, que Warren Ellis attaque avec machiavélisme. Car oui, tout le monde veut ressembler à un super-héros merveilleux et adulé en retour, mais que se passe-t-il une fois qu’on est dans sa peau, qu’on a sacrifié sa vie pour le devenir ? Et si ce n’était pas le monde et la gloire promis. Sans en dévoiler plus sur l’incroyable twist qu’a concocté le scénariste avec un Juan Jose Ryp qui est toujours autant le bras armé de l’injustice sanglante, tord-boyau (au sens propre), No Hero ne peut mieux porter son titre et si la surprise est de taille, on ne s’étonne finalement pas des révélations qui qui finissent de nous laisser penser que les héros ont aussi leurs démons, dans un jeu de massacre final.

Supergod

© Ellis/Gastonny/Digikore Studios chez HiComics

Résumé de l’éditeur : Les hommes ont tout fait pour voir voler les superhéros, allant jusqu’à créer de toutes pièces les dieux qui sauveront la race humaine. Mais personne ne s’est demandé comment ils s’y prendraient, ni même s’ils en auraient l’envie.

© Ellis/Gastonny/Digikore Studios chez HiComics

Troisième et dernière histoire avant de (ne pas) dormir, Supergod est radicalement différent de ses deux grands-frères et c’est sans doute lui qui a la portée philosophique la plus forte, la plus incarnée. C’est en situation d’écoutants que nous met Warren Ellis (qui perd Ryp mais gagne Garrie Gastonny, tout aussi capable de faire régner la fureur) puisque les cinq chapitres de ce baroud d’honneur sont en fait le fruit d’un monologue d’une sorte de maître de cérémonie de l’apocalypse, Simon Reddin. Un homme éclairé face aux temps nouveaux qui s’augurent, l’Homme étant quasiment éradiqué de la planète bleue. Simon Reddin tel Robert Neville sauf que ceux qui l’entourent ne sont pas des vampires mais des super-héros déifiés par chaque puissance du globe. Une dernière cène. « Ça résume toute l’histoire des religions: nous essayons de créer d’extraordinaires créatures pour sauver le Monde. Et ça marche à la perfection. »

© Ellis/Gastonny/Digikore Studios chez HiComics

Passé un côté Venom avec une expédition dans l’espace cachée par les Anglais sur fond de champignon et de fusion entre extra-terrestre et humain, le jeu de la surenchère est lancé, sans limite et sans imaginer les dommages collatéraux. Vishnou en Inde, le terrifiant Maitreya en Chine, Malak au Pakistan, Perun en Russie ou encore Jerry Craven aux États-Unis. La folie des puissants dans toute sa décadence, mettant la terre à feu et à sang, alors qu’ils auraient gagné à faire force commune plutôt que de courir à l’apocalypse. C’est mythique, légendaire. On en ressort sonné. Diable, que cette trilogie est trippante. Pour cent briques, t’as cent claques ! Et on ne vous parle même pas des tueries de couvertures regroupées en bonus.

Titre : Trilogie Warren Ellis

Intégrale

Oeuvres : Black Summer – No Hero – Supergod

Scénario  : Warren Ellis

Dessin : Juan Jose Ryp et Garrie Gastonny

Couleurs : Mark Sweeney, Greg Waller, Digikore Studios, Andres Mossa et Felipe Massafera

Traduction : Éric Betsch et Philippe Tullier

Genre: Action, Fantastique, Science-fiction

Éditeur VF: HiComics

Éditeur VO : Avatar Press

Nbre de pages: 434

Prix: 29,90€

Date de sortie: le 25/04/2018

Extraits : 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.