Sébastien Houbani : « Le jugement, c’est l’ennemi du comédien »

Venu d’un monde où la prédestination n’était pas cinématographique, Sébastien Houbani s’est imposé peu à peu sur nos écrans avec un talent magnétique et quelques films marquants comme « Noces » de Stephan Streker ou « La Part Sauvage » de Guérin van de Vorst. Présent au FIFF en tant que juré courts-métrages, nous avons eu l’occasion de discuter avec lui. Rencontre avec un jeune acteur qui n’a pas fini de faire parler de lui.

Sébastien Houbani
©Fabian Rigaux

Bonjour Sébastien, on est très heureux de te rencontrer aujourd’hui d’autant plus qu’on est tombé en admiration pour au moins un film que tu as fait : « Noces », de Stephan Streker. C’est un film qui a fait beaucoup de bruit et pour lequel tu as reçu un prix d’interprétation à Angoulême. Est-ce que tu ressens un avant et un après « Noces » ?

Très sincèrement, je n’ai pas senti trop de changement. Je t’avoue qu’il y a pas mal de projets que je n’ai pas voulu faire surtout parce que quand on ressort d’un film comme « Noces », il y a un côté très décevant après: on te propose des rôles beaucoup moins forts. Et puis, je suis toujours à l’étape des castings à passer, je dois me battre pour décrocher des rôles, bosser dur. Il y a des rôles qui peuvent faire émerger un acteur pour que, d’un coup, il reçoive trente scénarios dans sa boîte aux lettres, ça n’a pas été mon cas.

C’est vrai que ça ne fait que quelques années qu’on te connaît, tu as eu une autre vie avant. Tu as été cuisinier avant de devenir acteur…

Oui, c’est vrai, j’ai été cuisinier et maintenant je fais du cinéma ! En fait, un pote à moi faisait de la musique et, un jour, j’ai tourné dans un de ces clips. Ça été mon premier contact avec la caméra et je me suis énormément amusé ! Mon pote m’a dit que j’avais un truc et que je devrais peut-être suivre des cours. Au même moment, un autre ami que je venais de retrouver m’a dit qu’il voulait devenir comédien. Ça faisait beaucoup de signes en même temps ! Mais avant, j’étais donc cuisinier, je travaillais le matin et le soir. Pendant la coupure, je m’emmerdais. J’habitais en banlieue parisienne et je n’avais pas le temps de rentrer chez moi. Du coup, je me suis dit, pourquoi ne pas prendre des cours de théâtre ? Comme j’avais arrêté l’école assez tôt, je me disais que culturellement rencontrer des auteurs, les lire, apprendre des textes… ça pouvait être sympa. J’avais un complexe par rapport à ça. Le théâtre, en plus de m’extérioriser, pouvait m’aider à le résoudre. À la base, ce n’était pas du tout dans le but de faire une carrière de comédien.

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« Noces », de Stephan Streker

Ensuite, j’ai eu le rôle principal dans « La tête froide », un film d’un jeune réalisateur qui s’appelle Nicolas Mesdom. Le film a beaucoup tourné, on a fait pas mal de grands festivals de courts-métrages, notamment le FIFF, j’ai aussi reçu un prix d’interprétation. C’est vraiment ce film qui m’a mis le pied à l’étrier. En plus, c’était une vraie rencontre : Nicolas Mesdom m’a transmis son amour du cinéma, il m’a conseillé plein de films à voir. Bref, il est vraiment mon grand-frère de cinéma. C’est ce film-là qui m’a révélé que j’avais envie de faire du cinéma. Maintenant, quelques années plus tard, je n’ai pas envie de faire autre chose. J’ai enfin le sentiment de pouvoir m’exprimer et de servir à quelque chose.

Et tu avais déjà cet amour du cinéma avant de te lancer dans cette voie ?

Sans m’en rendre compte, oui ! Mon père est un collectionneur de trucs de merde et, à l’époque, il collectionnait les pin’s et des films qu’il ne regardait même pas. C’était juste pour dire qu’il avait plein de films à la maison. Mon père était commerçant et, en face de son magasin, il y avait un « Vidéo Futur ». Comme il s’entendait bien avec le gérant, celui-ci lui refilait tous les films qui ne se louaient plus. C’est comme ça que, plus jeune, j’ai pu regarder plein de films. Mes premiers souvenirs de cinéma, ce sont « Les Affranchis », « L’impasse », « Scarface », tous ces films-là… parce que mon père me disait que je ne pouvais pas les regarder. En bon adolescent, je les regardais évidemment ! Mes premières claques de cinéma.

À quatorze piges, quand je voyais Ray Liotta se taper des grosses traces de coke, moi j’y croyais ! Ça a été un choc, c’était tellement vrai, j’y croyais tellement fort que je me disais que ça devait être la vraie vie. À  l’époque, j’invitais des potes et on fumait des clopes en regardant des films sur notre grosse télévision. Sans m’en rendre compte, je me suis forgé un bonne petite culture cinématographique.

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« Nous Trois ou Rien », de Kheiron

Et aujourd’hui, tu te retrouves au FIFF dans un jury courts-métrages…

Oui, c’est drôle ! C’est un honneur et ça me rend un peu fier. C’est aussi ça que « Noces » a changé, ça me permet d’être reconnu pour mon travail et de pouvoir me retrouver dans un jury. Le fait d’avoir eu le premier rôle masculin dans un long-métrage qui a très bien marché en Belgique, qui a pas mal tourné en France, ça me permet d’être dans un jury, on t’invite à des trucs sympa ! Mais bon, pour moi, ce n’est pas mon métier de faire ça, les interviews, les jurys… je m’y amuse mais ce qui me régale le plus c’est de jouer la comédie et de rencontrer des gens qui ont des choses à raconter.

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©Fabian Rigaux

En tant qu’artiste, on a toujours un rapport délicat à la critique. Comment gères-tu le fait de te retrouver, toi, acteur, à devoir juger des réalisateurs et même d’autres acteurs ?

Tu soulèves une très bonne question… C’est vrai qu’au départ, quand on m’a proposé ça, j’ai eu un sentiment de grande fierté. On voulait avoir mon regard sur une compétition de courts-métrages et je trouvais ça vachement cool ! J’allais pouvoir voir plein de films alors que j’ai beaucoup moins été au cinéma ces derniers temps qu’à l’accoutumée. Je pourrais rencontrer des jeunes réalisateurs, voir des films d’écoles: tous ces aspects-là m’enthousiasmaient vraiment.

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Delphine Lehericey (Présidente du jury) et Sébastien Houbani (©Fabian Rigaux)

Mais alors, quand je me suis retrouvé ici, à m’asseoir sur un siège où il était écrit « jury officiel courts-métrages » et à devoir juger des films, je me suis senti mal à l’aise. Le jugement, c’est l’ennemi du comédien. Par exemple, je déteste l’étape de passer des castings parce qu’on est constamment soumis à un jugement. Mon métier, je ne le vois pas sous l’angle de la critique, je le vois sous l’angle du partage. En plus, dans le cinéma, on ne doit jamais juger le personnage que l’on interprète, le partenaire avec qui on joue ou le film que l’on fait. On ne regarde même pas ses prises et on se retrouve dans l’abandon le plus total. Donc, en tant que jury, je me suis retrouvé à l’opposé de mon métier de comédien. Être de l’autre côté de la barrière, dans une réflexion sur le « j’aime » ou « j’aime pas », ça n’a pas été si simple que ça. D’autant plus que derrière chaque film, il y a un travail considérable. Puis, tout ça est complètement subjectif: un film qui ne nous a pas plu peut très bien plaire à un autre juré.

Au final, je suis très content de cette expérience, j’ai vu des très beaux films qui ont été primés et d’autres très beaux films qui n’ont pas eu de prix, mais ça fait partie du jeu. Moi même, j’ai fait des films qui ont eu la chance d’obtenir des prix et d’autres qu’on a montré mais qui n’ont jamais rien eu. Je pense qu’on ne fait pas des films pour avoir des prix, c’est bien quand il y en a, mais on fait un film surtout pour qu’il soit vu.

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« Tout Nous Sépare », de Thierry Klifa

Je pense qu’en t’écoutant parler, on peut dire que le cinéma fait partie intégrante de ta vie…

C’est ma vie en fait. Pas toute ma vie mais j’ai l’impression d’avoir trouver ma voie et je me vois encore là-dedans dans vingt ans ! J’aime ça, je me sens bien quand je suis sur un plateau de tournage, j’ai l’impression de m’élever au contact de réalisateurs, comme Stephan Streker qui est l’un des êtres les plus exigeants et les plus complexes que j’ai rencontré mais aussi un des plus intelligents. Rencontrer des tas de gens sur les plateaux de tournage, ça m’enrichit terriblement. Je peux parler aussi de Thierry Klifa qui est un ami et qui a une sensibilité qui me touche particulièrement ; j’ai fait « Tout Nous Sépare » avec lui et j’espère faire encore plein d’autres films…

Plein d’autres films et une longue carrière dans le cinéma, c’est tout le meilleur qu’on puisse te souhaiter pour la suite alors… Merci, Sébastien, pour ton temps et tes réponses.

Merci à vous, c’était un plaisir !

FIFF 2018 - Fabian Rigaux (74)
©Fabian Rigaux

Interview réalisée par Alizée Seny / Photos de Fabian Rigaux

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