Le cinéma du réel par petits bouts de vie et de visages : Les Gens d’Olivier Gilgean exposés au FIFF

Traditionnellement, dans ses à-côtés, quand la lumière du jour contrebalance les salles obscures, le FIFF aime à proposer une exposition au coeur de la galerie du Beffroi. Avec plus ou moins de lien avec l’univers du cinéma. Sans mise en scène, sans clap, sans étude de personnages, Olivier a la passion du naturel et de la pureté, de l’improvisation du cliché quand il sent que c’est le moment de dégainer. Ce sont ses gens, dont il a capturé une poignée de seconde de l’intimité pour la rendre immortelle, que le photographe namurois expose, nous explose à la figure tant c’est émouvant. 

© Fabian Rigaux/Olivier Gilgean

Bonjour Olivier, c’est un nouveau projet que tu nous présentes là mais avec l’ADN qui imbibe ta photographie depuis longtemps : les visages, l’humain dans sa splendeur la plus naturelle.

Depuis que j’ai changé de boulot et que je travaille comme photographe pour la Région Wallonne, au service communication du SPW, j’ai photographié beaucoup d’infrastructures, de bâtiments. Ça me plaît, il n’y a pas plus heureux que moi avec ce job… mais je ne me la représentais pas comme ça la Wallonie. Pour moi, c’était avant tout des gueule, des gens, des fêtes, du sourire, du folklore. Comme j’étais amené à sillonné la Wallonie, à itinérer – sans avoir le statut d’itinérant, ce qui faciliterait sans doute les choses – j’ai pris ma liberté. J’essaie d’aller où je veux, je me renseigne sur les festivités, je trouver des coins insolites… Et qu’est-ce qu’il y en a ! C’est beau la Wallonie, tu sais ! Je ne m’en étais pas rendu compte.

© Olivier Gilgean

Dans cette exposition, plein de visages, d’attitudes, de personnes. Je crois me souvenir qu’il y a quelques années, tu me disais avoir du mal à exposer des visages qui ne… t’appartenaient pas.

Tout à fait. Mais, ici, ils sourient pour la plupart. Ça influence le choix de les montrer. J’aime bien la tristesse, c’est un bonheur en soi, pour moi, mais c’est plus dur à montrer.

Olivier Gilgean

Combien y’en a-t-il ici ?

41 ! Parce que 42, on ne savait pas les mettre ! (il rit). Il en reste beaucoup dans mes tiroirs. En amont, je fais une première sélection… mais je les regarde tellement tout le temps que je les benne au dernier moment. Du coup, je me retrouve une heure avant la fin de la deadline à choisir dans l’urgence. Et, au fond, c’est la manière la plus logique de le faire, dans le même état que quand je fais mes photos. Bien sûr, je demande aussi conseil à ceux qui passent à ce moment.

© Fabian Rigaux

Des personnes ont été décisives dans cette aventure?

Mon directeur, Jacques Moisse, une personne exceptionnelle. C’est grâce à lui et au SPW que le résultat est aussi positif. Le FIFF et le SPW voulaient faire une exposition ensemble, le SPW a sondé ses photographes, cherchant ce qu’ils pourraient bien proposer. Et c’est tombé sur moi.

Il y aura eu du monde tout au long de cette semaine, c’est réjouissant. Cela faisait longtemps que Jacques voulait qu’on collabore. Jusqu’à ce que je change de boulot. Il a vite compris qu’il fallait me laisser carte blanche, ce qu’il a fait. Il m’a fait un joli compliment d’ailleurs, pour cette exposition : « Le talent ne peut s’exprimer que dans la confiance ». C’est exactement ça. Encore plus quand on connait les circonstances. L’idée de cette exposition m’a été proposée alors que j’étais… en chaise roulante, les deux pieds cassés. Je devais avancer, je n’avais pas matière à réaliser une expo : la plupart des photos, je les ai faites alors que j’étais en chaise.

© Olivier Gilgean

Ça change la donne, non, auprès de tes sujets d’un cliché ?

Déjà, ils ne me voient pas arriver (rires)! Quand les gens étaient assis, aucun problème, ils étaient à bonne hauteur. Quand ils étaient debout, j’essayais de me lever… sans trop me faire mal ! C’était rock’n’roll mais ça l’a toujours été avec moi. La douleur, je ne la sentais pas. Si tu sais que tel mouvement te fait mal, tu essaies de ne pas le faire. Pas fou !

© Olivier Gilgean

Puis, quand je suis parti à Chassepierre, pour le festival, j’étais un peu trop sûr de moi. Au bout d’un moment, j’ai été me poser en bord de Semois. Je n’y aurais peut-être pas été si j’avais tenu sur mes deux jambes, et j’ai pris une très chouette photo des enfants qui s’amusaient autour de moi.

© Olivier Gilgean

On doit quand même dire qu’alors que tu devais commencer à remarcher dans ces eaux-ci; cela fait deux mois qu’effectivement tu remarches ! Sans doute que tes shootings et les efforts consentis n’y sont pas étrangers !

Ça rend fou mon kiné !

Certaines personnes photographiées sont venues voir cette expo.

En tout cas, elles ont été averties. Quand je fais des photos, je les envoie toujours aux concernés, je prends les contacts sur place, dois demander l’autorisation quand il y a des enfants. Je sais que certains sont venus. D’autres doivent venir. De loin, parfois : Charleroi, Mons, Écaussine, de l’Ardenne… Parfois même en bus, et dieu sait que ce n’est pas gagné.

© Olivier Gilgean

Tu leur parles lors de la photo ? 

J’aimerais bien vivre un shooting plus longtemps avec des gens, mais c’est dur à organiser.  Sinon, on échange juste le strict nécessaire, nos coordonnées. Je n’ai pas besoin ni envie d’en savoir plus. J’ai déjà pris deux-trois secondes de leur intimité! Mais parfois, la réalité te rattrape: c’est ainsi que j’ai appris par après que j’avais réalisé la toute dernière photo d’un homme.

Quel choc, ça doit être. Quel beau visage, il t’a offert pourtant.

Oui, mais si on regarde bien son oeil, on voit que ça le travaille. Il a accepté que je prenne la photo, je lui ai offert un porto rouge. Oui, c’est un beau visage !

Ces personnes immortalisées, tu les choisis parfois dans la foule. Au risque de provoquer la déception des autres ?

Oui, mais je le vois après et je ne peux pas tout faire. En même temps, si j’accédais à leur désir, ils s’attendraient à être pris en photo, ils prendraient la pose. Ce serait en opposition avec la pureté intacte de l’instant qui compte tellement à mes yeux.

© Olivier Gilgean

Il y a beaucoup de moments musicaux, de concerts, quand même ?

Des gens dont j’aime bien la musique, notamment au Jazz Festival d’Écaussines. Quand il y a déjà un truc qui se dégage de la scène.

© Olivier Gilgean
© Fabian Rigaux/Olivier Gilgean

Et ta photo, finalement, n’est pas frontale. Tes compositions s’arrangent pour qu’il y ait un avant-plan, de la profondeur. 

J’aime que ce soit un peu caché, que le visiteur qui regardera la photo soit à la fois voyeur et privilégié.

Il y a aussi une drôle de photo prise à Han-sur-Lesse, depuis l’eau !

C’est un délire à moi et mon inspecteur général. Dans mon job, je suis amené à prendre des photos des rivières, depuis la rive. Au bout d’un moment, ça lasse. J’ai donc fait la demande d’un caisson étanche. Elle a été acceptée. Du coup, j’enfile ma combinaison et je m’aventure dans des angles forcément insolites. En plus, dans l’eau, je n’avais plus mal aux pieds!

© Olivier Gilgean

Nous sommes ici au Festival International du Film Francophone de Namur. Quel est ton rapport au cinéma ?

Le FIFF, je me souviens y avoir vu Dead Man Talking, ça m’avait beaucoup plu. Sinon, pour le reste, j’avoue avoir perdu le fil. J’aime les vieux films, en noir et blanc. Comme acteurs, j’aimerais bien photographier Benoît Poelvoorde, dans son intimité. J’avoue, ça me tenterait.

Le noir et blanc, tu en fais des photos. 

C’était le lien que mon inspecteur voulait pour mon expo. J’ai dû me mettre aux couleurs pour le boulot, il y a deux ans. Grâce au SPW, j’ai pu faire une chouette formation et je me suis ouvert aux couleurs, surtout pour les paysages. En fait, l’important dans une photo, qu’elle soit en noir et blanc ou pas, c’est le contraste. Donc, j’ai intégré la couleur. Y’a que les cons qui ne changent pas d’avis… mais c’est vrai, je suis plutôt du genre borné.

© Fabian Rigaux/Olivier Gilgean

Puis, il y a un cliché pris au Café Randaxhe – c’est sympax – à Liège. Je m’y suis retrouvé avec un étudiant. Je lui ai demandé ce qu’il avait retenu de l’école. Il m’a dit tout. Je lui ai demandé s’il était sûr. Il m’a dit oui. Je lui ai dit de tout oublier. Il faut faire confiance à ce que tu sens.

© Fabian Rigaux

Un commentaire

  1. Pour moi, c’est demain la visite, mais sans y allé, je sais déjà que cela va me plaire, c’est un Artissssss mon collègue depuis longtemps…. Je le félicite d avance.
    Signé Double Ron 😉

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