Festen, festin familial tragique et hypocrite, se pose en incontournable spectacle théâtral de la rentrée

Depuis le 31 août et jusqu’au 30 septembre, Le Théâtre Le Public, Panache Diffusion et le Théâtre de l’Eveil vous invitent à vivre l’expérience Festen à Droh!me sur le site de l’Hippodrome de Boitsfort.  Festen, le film de Thomas Vinterberg et Mogens Rokov qui nous avait déjà mis une gigantesque gifle dans la face, il y a vingt ans, revient en pièce dans une adaptation de BO HR. Hansen achève le travail en nous laissant K.O. 

Cet été, Helge fête ses 60 ans, entouré de toute sa famille, ses domestiques, ses voisins, ses proches et… vous. Helge est un homme jovial à la réussite exemplaire, respecté de tous. Les invités sont des amis et des obligés. Beaucoup prendront la parole pour le remercier, le fêter, lui lire un compliment, leur admiration, leur affection ou leur reconnaissance… Mais cette fête sera le détonateur, l’occasion d’une révélation stupéfiante. S’ensuivra une confrontation explosive qui fissurera tout l’édifice de conduite irréprochable et de bonne réputation édifié par le père durant toute son existence…

© Festen

Interprété par vingt-deux comédiens qui évoluent au coeur d’un magnifique chapiteau de bois, un des Magic Mirrors évoquant les célèbres chapiteaux européens de l’époque de l’Art Nouveau, Festen se décline comme une dénonciation de l’hypocrisie d’une certaine bourgeoisie face à l’impensable, quand celle-ci choisit délibérément de sacrifier certains de ses enfants pour protéger sa réputation et ses avoirs.

Chaque soir, une partie du public fait partie intégrante du banquet et dîne, avant que la pièce ne commence, en totale immersion dans l’espace où évolueront les comédiens lorsqu’ils prendront place autour de la table centrale. Une excellente idée qui met le spectateur dans l’ambiance dès son arrivée sur les lieux. Épatante idée de mise en scène aussi que d’intégrer l’architecture du chapiteau à la pièce, transformant la scène de celui-ci en chambre ou en bureau par la magie de projections en noir et blanc recréant partiellement un décor, et d’ajouter quelques gros plans au jeu des comédiens lors de certaines scènes clefs de la pièce par le biais d’une caméra mobile portée à l’épaule par un vidéaste.

Au fur et à mesure que la pièce se déroule, la tension monte jusqu’à devenir insoutenable, souvent accompagnée d’une musique qui souligne l’intensité dramatique de cette tragédie contemporaine qui pose la question de savoir si la vérité est toujours bonne à dire. Certains pensent qu’il faut parfois savoir mentir selon les circonstances, d’autres rejettent l’idée qu’il y ait un prétendu droit de mentir et affirment que la vérité doit toujours éclater au grand jour. Vous aussi vous aurez sans nul doute votre avis au terme de cette pièce pesante et sans concessions qui ne laissera personne indifférent.

© Jean-Pierre Vanderlinden

Au sein d’une distribution éclatante où chaque comédien trouve sa place, on retrouve quelques ténors comme Michel Kacenelenbogen qui campe un Helge glacial et inquiétant; Patricia Ide qui joue Else, son épouse; Guy Pion en Helmut, le maître de cérémonie qui tente tant bien que mal de maîtriser une situation qui lui échappe et Béatrix Férauge, excellente dans le rôle tragi-comique de Tante Bent. On peut aussi savourer la justesse de jeu de comédiens et comédiennes aussi talentueux que Virgile Magniette qui incarne Michaël, le plus jeune fils (personnage odieux qu’on aime détester dès les premiers instants); Stéphanie Van Vyve qui joue sa soeur Hélène; Céline Peret qui donne beaucoup de sa personne en jouant Mette la femme souvent maltraitée de Michaël et un impeccable Tristan Schotte dans le rôle de Christian, le frère aîné meurtri par qui le scandale est révélé, et dont les interventions dramatiques et chargées de douleur glacent le sang des spectateurs. Absolument tous les comédiens sont remarquables, même ceux dont les interventions sont plus rares, et cette alchimie parfaite dans ce chaos organisé donne à la pièce une force peu commune. Certaines scènes bousculent littéralement le spectateur, l’amenant aux limites de la gêne, comme celle où Helge (Michel Kacenelenbogen) prend conscience de sa perte et interpelle violemment le public obtenant pour toute réponse un long silence pesant.

Festen n’est rien d’autre qu’une très grande pièce interprétée magistralement par des comédiens dont la justesse de ton frôle la perfection, et mise en scène avec une belle inventivité  par Alain Leempoel.

Après le Caligula étonnant mis en scène par Georges Lini à Villers-La-Ville cet été, c’est à nouveau un lieu hors murs qui accueille en son sein un autre très grand moment de théâtre d’une férocité implacable avec Festen. Du grand art !

Maintenant, il ne vous reste plus qu’à réserver votre place à table…

Jean-Pierre Vanderlinden

FESTEN (à l’Hippodrome de Boitsfort)

De Thomas Vinterberg et Mogens Rukov. Adaptation théatrale : Bo Hr.Hansen. Traduction : Daniel Benoin. Mise en scène : Alain Leempoel.

Avec : Olivier Darimont, Béatrix Ferauge, Stéphanie Goemaere, Patricia Ide, Michel Kacenelenbogen, Caroline Lambert, Virgile Magniette, Nganji Mutiri, Céline Peret, Guy Pion, Tristan Schotte, Mathilde Rault, Réal Siellez, Gaël Soudron, Stéphanie Van Vyve, …

Hors murs – Création
Représentations du mardi au dimanche à 20h30 (sauf le 16.09.18 à 21h00) – Relâche le 08.09.18 et le 20.09.18     Réservations : http://www.theatrelepublic.be
Déconseillé aux moins de 14 ans
Durée : 2h

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