Monstruos’été #5 ou plutôt somptuos’été : le prince de l’ennui est le meilleur représentant de l’envie d’avoir envie de lire, de vivre !

Mesdames et messieurs, venez assister à notre grand lâcher de monstres en ville. À toute heure du jour ou de la nuit, les freaks ont désormais quartier libre, au-delà de la pleine lune et du fatidique 31 octobre, hiver comme été. Et en cet été caliente, on en a trouvé beaucoup dans le monde de la BD pour refroidir un tant soit peu vos ardeurs et faire l’objet d’une série thématique. Cinquième chapitre avec Le Prince de l’ennui de Stéphane Heurteau qui n’est pas à proprement parler une histoire de monstre comme on pourrait le croire au premier abord. Mais, en ces temps troublés où les artistes ne savent parfois plus à quel sein se vouer et sont des #Auteursencolère face à des hommes et femmes de pouvoir politique qui entendent brider la créativité et font figure de vrais monstres, la force de conviction et de suggestion de ce remarquable album tombe à pic! Préparez votre sac, on part en voyage, pas si loin et pourtant tellement loin.

© Heurteau aux Éditions du Long Bec

Résumé de l’éditeur : Étienne Hauterue, grand voyageur, est convoqué dans le château de Dracula, dans les Carpates, afin de divertir le vampire qui s’ennuie fermement. Le comte lui propose un étrange marché : Etienne obtiendra l’éternité littéraire s’il parvient à divertir le maître des lieux avec un de ces récits de voyage. En revanche, s’il échoue Dracula lui réserva le triste sort qui est le sien : une ennuyante éternité terrestre…

© Heurteau aux Éditions du Long Bec

Une seconde chance vaut parfois une première. Il y a plus de quinze ans, Stéphane Heurteau publiait la trilogie Itinérêve d’un gentilhomme d’infortune qui emmenait à l’aventure un curieux petit bonhomme nommé Étienne Hauterue de la Bretagne à toute la diversité naturelle et sociale dont est capable le Royaume-Uni. Aujourd’hui, c’est revu et corrigé (toutes les planches retravaillées, quelques-unes supprimées, d’autres améliorées, « ça ressemble à du itinérêve, mais ça n’en est pas… ça ressemble à une réédition, mais c’est un nouvel album » dixit l’auteur) dans une intégrale dont les Éditions du Long Bec ont le secret, l’ambition et l’accessibilité (un prix toujours plus que correct!) que ce drôle de monde nous revient, comme une ode à l’imagination et à son pouvoir de conviction, pour nous mettre des étoiles plein les yeux. Le prince de l’ennui est celui qui donne l’envie d’avoir envie.

© Heurteau aux Éditions du Long Bec

Il y a, quelque part entre André Benn, Cyril Bonin et Étienne Willem, Stéphane Heurteau, un auteur qui aime raconter la réalité tout en lui étant infidèle pour mieux la rendre mystérieuse, inquiétante mais aussi profondément belle. Avec Le prince de l’ennui, c’est à un cheminement pas banal que nous invite le Nantais, qui comme tous les Bretons semble avoir la mer et l’horizon dans la peau. À un pari entre Étienne et sa compagne, Gaëlle.

© Heurteau aux Éditions du Long Bec

Celle-ci pense que l’on peut « connaître l’aventure par la seule force de l’imaginaire, sans même avoir besoin de quitter son salon ». Étienne, lui, n’en est pas convaincu et aime à penser que « seule l’expérience et le vécu peuvent amener à vivre pleinement l’aventure ». Pour les départager, une seule solution : que chacun vive pleine et creuse la voie en laquelle il croit. Forcément, comme il n’y a pas grand-chose à voir dans le salon de Gaëlle (quoique) et que Stéphane Heurteau ne voulait pas faire un huis-clos, le voilà qui nous invite à suivre le pas (plutôt bonhomme que sportif) d’Étienne, pour un rêve éveillé dans ce bas monde pourtant vertigineux. Au pays des mille et une… pluies où les éclaircies font merveille.

Jimmy Page et Aleister Crowley © Heurteau aux Éditions du Long Bec

Mine de rien, il est désarçonnant le petit monde victorien sur lequel Heurteau lève le voile. Faisant la part belle aux ambiances et aux rencontres, l’auteur nous invite dans un univers révolu où pour communiquer avec autrui, il n’y avait pas trente-six solutions : soit l’avoir en face, soit lui écrire des lettres par-delà les terres et les océans.

© Heurteau aux Éditions du Long Bec

Rien que ça, ça a son charme et ça crée du lien à renforcer où à détendre, quand la réponse attendue à la missive postale n’arrive pas, par exemple. Désarçonnant aussi parce que la planète d’Heurteau voit cohabiter dans l’harmonie et la richesse, les créatures et les créateurs : le lapin blanc d’Alice qui est aussi Pierre Lapin de Beatrix Potter (que notre Étienne rencontrera d’ailleurs); Sherlock Holmes et Conan Doyle, un pays où cohabitent la trace laissée par Duncan McLeod et Michael Collins (et plein d’autres encore). Comme si tous étaient liés par une formule magique, une certaine émotion, une magie osmotique qui confère la force aux livres, de la foi et de la vie à ce qu’écrivent les auteurs.

© Heurteau aux Éditions du Long Bec

Remontant à son aise (quitte à générer un peu de monotonie sans aucun doute voulue par Heurteau qui use d’une fascination toujours plus forte) le Royaume-Uni, de Plymouth à Ullapool en passant par Liverpool et Londres; notre candidat-gentilhomme d’infortune est à la fois plongé dans ses pensées que dans l’hypersensibilité face à des paysages mouvants et offrant quelques secrets ancestraux à cet explorateur fort loin de ceux auxquels on a été habitués. En sont témoins les escargots et leurs baluchons sur le dos, qui on ne sait trop pourquoi suivent notre héros, et quelques écureuils qui fument en cachette.

© Heurteau aux Éditions du Long Bec

Dans ces falaises, ses maisons typiques en pierre et les Highlands, on serait presque à l’abri des bruits du monde. À une nuance près: les meurtres au loin auxquels Étienne semble inexplicablement lié, craignant toujours que ses camarades en soient les prochaines cibles.

© Heurteau aux Éditions du Long Bec

Si l’on n’aurait pas craché sur un peu plus de couleur, c’est un travail d’orfèvre qu’a réussi là Stéphane Heurteau, une ode aux pouvoirs des arts et des voyages qui se perpétue après la fin (ouverte) de cette histoire aussi intrigante qu’unique, dans un cahier graphique de voyage faisant partie intégrante du cheminement, tant de l’auteur que de ses personnages. Éblouissant.

© Heurteau aux Éditions du Long Bec

Titre : Le Prince de l’ennui

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Stéphane Heurteau

Genre: Aventure, Carnet de voyage, Fantastique, Onirique

Éditeur: Éditions du Long Bec

Nbre de pages: 192

Prix: 27€

Date de sortie: le 20/06/2018

Extraits :

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