Canardo est de retour avec sa Bande à Picsou dégénérée canardée en plein roman noir et au milieu des scouts djihadistes

Avec son air toujours amorti et les grosses cernes sous ses yeux de canard, certains auraient sans doute juré qu’en tant que détective privé, Canardo ne ferait pas long feu (si ce n’est pour allumer ses clopes). Pourtant les années ont passé et la bande à Sokal (père et fils associé à Pascal Regnault pour les dessins) et notre canard d’eau de feu plutôt que d’eau douce est toujours là, fidèle au poste et aux pétrins dans lesquels il a l’habitude de patauger. Cette fois, toujours entre Belgambourg, France et Belgique, notre palmipède va devoir affronter des faux-scouts mais vrais djihadistes alors qu’au pays se joue un putsch politique qui pourrait changer la face du Belgambourg.

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© Sokal/Sokal/Regnault chez Casterman

Résumé de l’éditeur : Le père de la duchesse de Belgambourg, a ouvert le parc de son manoir à de jeunes gens à la recherche d’un terrain d’entraînement, sans se douter qu’il a accueilli un groupe de djihadistes.

© Sokal/Sokal/Regnault chez Casterman

Après le diptyque Mort sur le lac – La mort aux yeux verts, ce Con en hiver (on salue une nouvelle fois le goût de Sokal pour faire des clins d’oeil à quelques oeuvres mémorables du cinéma et de la littérature) est un peu la troisième patte du canard, dans la continuité des événements dramatiques qui se sont déroulés tout en en étant indépendant et en ne tenant que sur un album. Et, pour le coup, renversement de situation, notre détective à long bec a été jeté dans les geôles. Il fallait un coupable pour la pagaille générale (dont la mort d’un héritier du trône !), et Canardo était idéal dans ce rôle de décomposition.

© Sokal/Sokal/Regnault chez Casterman

Pas de chance pour ceux qui l’y ont mis, et notamment la duchesse, ils vont avoir besoin de la perspicacité de notre détective au long bec et au nez fin : le sénile duc du Belgambourg a disparu et est aux mains d’un groupe armé qui demande plus une rançon qu’une récompense. En échange, le canard enchaîné sera libéré mais à quel prix ? Celui de collaborer avec l’une de ses pires ennemies et de risquer son plumage.

© Sokal/Sokal/Regnault chez Casterman

Avec ce retour de plein fouet de cette Bande à Picsou dégénérée canardée en plein roman noir, Benoît et Hugo Sokal (Sokaux, au pluriel ?) continuent d’alimenter le monde virtuel et anthropomorphe que le paternel a créé en y amenant des actualités brûlantes que connaît notre monde. Cette fois, ce sont les apprentis-terroristes et les politiciens à longues dents (et notamment Mélenchon renommé mais reconnaissable entre tous) qui sont mis sous le feu des projecteurs et des armes. Le tout avec un zeste de démence sénile à la Jacques Chirac, même si dans la posture du baron Empain, doigt en moins à l’appui.

© Sokal/Sokal/Regnault chez Casterman

Jouant aux jeux des sept (et plus si affinités) ressemblances, la famille Sokal taille son scénario dans la lignée des précédents Canardo, nuançant le glauque par une bonne dose d’humour, toujours apte à se saisir des calembours, du comique de situation et, en l’occurrence, des totems dont s’affublent les scouts, encore plus quand ils sont en cartons. Résolument, le texte est bon, hilarant par moments, et nous emmène dans des échauffourées pétaradantes même si sans surprises.

© Sokal/Sokal/Regnault chez Casterman

Mais, c’est surtout au niveau du dessin que le bât blesse un peu. Non pas que Pascal Regnault ait baissé en qualité depuis le précédent tome… mais que la série a repoussé les affres du temps pour garder l’esthétique de ses jeunes années. Une esthétique noire et peut-être désormais un peu kitsch. Ça manque de peps, et les couleurs d’Hugo Sokal, là aussi coulées dans le moule qui a fait la réussite de la série mais pas sa réinvention, n’y aident pas. Puis, il faut bien dire que quand on a vu le puissant travail de Pascal Regnault sur le diptyque Trou de Mémoire (du Sin City à la française dont l’intégrale sort dans les prochaines semaines), il n’y a pas photo et son travail sur Canardo paraît bien désuet, efficace et plaisant mais plus surprenant. Sans en changer l’ADN et le ton, un petit relifting de l’esthétique de la série palmée serait peut-être le bienvenu, pour porter au mieux les histoires funs, délirantes et carnacières que les Sokal ont en stock.

Série: Canardo

Tome: 25 – Un con en hiver

Scénario: Benoît et Hugo Sokal

Dessin: Pascal Regnault

Couleurs: Hugo Sokal

Genre: Anthropomorphisme, Polar

Éditeur: Casterman

Nbre de pages: 48

Prix: 11,50€

Date de sortie: le 21/02/2018

Extraits : 

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