Porté par une distribution éblouissante et remarquablement mis en scène, le Caligula de Camus percute, dérange et appuie là où ça fait mal

Depuis 1987, chaque année durant la période estivale, Del Diffusion Villers  fait se succéder, dans le cadre prestigieux de l’Abbaye de Villers-La- Ville, des œuvres théâtrales épiques, des épopées flamboyantes, des œuvres du répertoire classique, des adaptations originales ou des pièces majeures. Cette année c’est le Caligula d’Albert Camus, un monument du théâtre du XXe siècle qui est mis à l’honneur du 17 juillet au 11 août. Porté par une distribution flamboyante et dans une mise en scène étonnante de Georges Lini.

Caligula, le jeune empereur, a la douleur de perdre Drusilla, sa sœur et son amante. Il s’enfuit, il s’égare, et comprend alors cette terrible vérité : « les hommes meurent et ne sont pas heureux. » Il revient, et pousse jusqu’à son terme ultime la logique absurde de la condition humaine. C’est lui désormais qui incarne le destin, et il enchaîne crime après crime. Les flatteurs applaudissent, les autres se rebellent. Caligula transforme ses sujets en pantins, qui se révèlent en assujettis à sa fantaisie cruelle. Mais il refuse de s’opposer aux complots. Il veut forcer les hommes à refuser l’absurde. Il tombe sous leurs coups.

Caligula © Jean-Pierre Vanderlinden

Parabole sur les dérives du pouvoir et la recherche de l’impossible, la pièce de Camus nous met face à nos responsabilités. Caligula, percute, bouscule, dérange et reste d’une contemporanéité évidente. Car Camus se moque de la classe dirigeante, des représentants de l’ordre établi, des serviteurs de l’Etat, et aussi du peuple -nous- dont la soumission légendaire et l’hésitation à réagir devant l’inacceptable indique bien que la tyrannie ne s’installe pas sans l’assentiment lâche des gens. Voilà pourquoi la pièce dérange, à juste titre.

Faites entrer les coupables. Il me faut des coupables. Et ils le sont tous.

Pour décrire son travail de metteur en scène, Georges Lini, déclarait : « Faire tomber quelques gouttes de poison dans l’intimité de chaque spectateur et faire en sorte qu’il assume entièrement ce poison ». Voilà l’expérience de la tragédie moderne. Voilà l’expérience à laquelle  je vous convie en montant Caligula dans les ruines majestueuses de Villers-la-Ville. »

Pour jouer Caligula, il fallait un comédien dont le charisme et l’ immense talent puissent donner vie à la folie d’un homme désenchanté qui détient le pouvoir absolu, et qui puisse aussi porter bien haut un texte lourd de sens. Et en ça, Itsik Elbaz est magistral. Il incarne un Caligula aussi effrayant que touchant, portant en lui la candeur et les rêves d’un grand enfant blessé, magnifique et monstrueux, tribun cynique et sanguinaire. On ne peut tout détruire sans se détruire soi- même. C’est pourquoi Caligula dépeuple le monde autour de lui et fait ce qu’il faut pour armer contre lui ceux qui finiront par le tuer. Cest l’histoire d’un suicide supérieur dont la sombre beauté du personnage auréolée de mépris a de quoi toucher encore aujourd’hui un large public.

© Del Diffusion

 

Qui oserait me condamner dans ce monde sans juges où personne n’est innocent..?

On se prend la pièce en pleine face et on en ressort groggy, car la distribution est brillante. Outre Itsik Elbaz, exceptionnel, les autres comédiens ne sont pas en reste, car que serait le personnage de Caligula sans ses faire-valoir, ses opposants, sa maîtresse, ses patriciens avec qui sa relation amour-haine se décline dangereusement tout au long de la pièce. Damien De Dobbeleer campe un Scipion touchant et désemparé, Thierry Janssen un Lepidus déconcerté et revendicateur, France Bastoen une Caesonia que son amour pour Caligula rend aveugle et soumise jusqu’à la mort, et Stephane Fenocchi en Hélicon et Didier Colfs en Cherea sont parfaits, eux aussi. La distribution se complète avec Jean-François Rossion en Mereia, Michel Gautier qui joue Mucius ainsi que d’Hélène Perrot, danseuse, qui joue la femme de Mucius. Le tout mis en musique admirablement par François Sauveur.

Caligula est un uppercut au foie, une pièce majeure qui vous hantera longtemps après sa vision et qui ne vous laissera pas indifférent. Un indispensable intemporel.

© Del Diffusion

Je suis encore vivant !

 

Alors foncez, réservez vos places pour Caligula avant qu’il ne soit trop tard. Il y a des spectacles dont l’omission constitue presque un délit.

Jean-Pierre Vanderlinden

Ps: Nous vous reparlerons bientôt de cette figure mythique parmi les grands méchants grâce à une BD de Bernard Swysen et Fredman

CALIGULA

D’Albert Camus

Mise en scène : GEORGES LINI

Costumes : RENATA GORKA
Scénographie : PATRICK de LONGRÉE
Création musicale : FRANÇOIS SAUVEUR et PIERRE CONSTANT
Éclairages : CHRISTIAN STENUIT
Assistante à la mise en scène : NARGIS BENAMOR

Avec
ITSIK ELBAZ (Caligula) – FRANCE BASTOENDIDIER COLFSDAMIEN DE DOBBELEERSTÉPHANE FENOCCHIMICHEL GAUTIERTHIERRY JANSSENHÉLÈNE PERROTJEAN-FRANÇOIS ROSSIONLUC VAN GRUNDERBEECKFRANCOIS SAUVEUR

Produit par RINUS VANELSLANDER et PATRICK de LONGRÉE

ABBAYE DE VILLERS-LA-VILLE
À partir du 17 juillet  jusqu’au 11 aout 2018

Réservations : http://www.deldiffusion.be

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