Sous les bouclettes et par-delà la douleur : Gudule est partie mais Mélaka la rend belle et immortelle

Sous les bouclettes, c’est un ouvrage pas évident et pas banal. Un récit écrit à quatre mains et pourtant accouché dans la solitude que laisse l’absence. Quand un être cher et chéri disparaît beaucoup trop tôt et qu’il vous appartient de continuer à le faire vivre en se souvenant des moments radieux mais aussi des plus difficiles, quand le corps lâche et que le moral est en berne. Avec son titre et sa couverture qui appellent la légèreté malgré tout, Sous les bouclettes de Gudule et Mélaka n’est pas défaitiste et préfère célébrer la vie avec tact et délicatesse, beaucoup d’amour et un peu d’humour, sans pour autant mettre de fard sur les revers et les coups du sort.

© Mélaka chez Delcourt

Résumé de l’éditeur : Un jour, Gudule est tombée malade. Sa fille l’a accompagnée dans cette épreuve et raconte ce qu’elle a vécu dans un roman graphique riche et poignant, où elle donne à voir qui était l’étonnante femme sous les bouclettes. C’est l’histoire d’une vie. La vie de Gudule. Enfant rebelle, femme d’Arts et de Lettres, personnalité engagée, gaffeuse rigolote et attachante, elle se révèle à travers les petits moments de honte qui ont parsemé sa vie. À la fois témoignage et hommage, Mélaka livre un récit bouleversant où elle raconte les tracas médicaux, le déclin et le chagrin avec beaucoup de tendresse et de dérision.

© Mélaka chez Delcourt

Je ne savais pas que Gudule était décédée. Je pensais que tout allait bien pour cette héroïne phare de mes lectures d’enfants et qu’elle se lançait un nouveau défi en abordant la bande dessinée en compagnie de Mélaka (dont j’ignorais qu’elle était la fille de Gudule, comme Olivier Ka). Dès les premières planches, pourtant, la nouvelle est sans appel : Gudule nous a quittés le 21 mai 2015, au prix d’un long combat contre un cancer vilain et invalidant de plus en plus. Sauf qu’on ne met jamais le mot « fin » à la vie d’un écrivain et qu’il continue à vivre dans tous les coeurs des lecteurs, petits et grands ou petits devenus grands, qu’il a su toucher. Et dans le cas de Gudule, il y en a des dizaines de milliers, des centaines même.

© Gudule/Mélaka chez Delcourt

Sous les bouclettes, c’est un hommage et un témoignage, une autobiographie et une biographie de la douleur qui s’insinue et ébranle la vie de toute une famille sans pour autant la désunifier. La fortifiant, au contraire. C’est ce que raconte entre mille autres choses le roman graphique que signe Mélaka aux côtés de sa maman. Une oeuvre hybride dans laquelle le sépia s’attache aux anecdotes compilées par Gudule (en vue d’un deuxième tome de son autobiographie Grands moments de solitude qui ne verra jamais le jour) et dont toute la saveur est restituée et ou le « fil bleu » (comme Mélaka l’appelle) vient s’attacher aux derniers mois de cette femme dont la force de caractère et l’engouement laissaient penser qu’elle vaincrait toutes les épreuves.

© Mélaka chez Delcourt

Quelles que soient les couleurs, le dessin lui est le même, restituant la fragilité mais aussi l’authenticité des moments racontés, tantôt croustillants tantôt très touchants. C’est un récit vécu de l’intérieur, avec tendresse et réalisme, que propose celle qui, lors de la dernière campagne présidentielle française, illustrait le programme de Jean-Luc Mélenchon en compagnie de Reno. Le changement de registre est total mais, à fleur de peau et de mots, Mélaka continue de tracer et dégager un art qui fait sens et explique le monde par des prismes très personnels. Mélaka exorcise ses douleurs, fait son deuil en nous proposant des images chocs et des représentations fortes en symbolisme qui, si elles sont déjà dures à regarder pour le lecteur que nous sommes, ont dû être insoutenable à dessiner. Ne fût-ce que le corps meurtri par la maladie, quand la personne que vous aimez tant n’est plus que l’ombre d’elle-même. Mélaka a mis la tristesse de côté pour que l’expérience de sa maman serve et vibre une dernière fois. Elle qui a été notre guide, en quelque sorte, à travers ses lignes de ses romans toujours aussi prenants.

© Gudule/Mélaka chez Delcourt

Ainsi, se trouve-t-on baladé à travers les décennies, de l’insouciance à l’inquiétude, des grands moments aux tout petits qui ont pourtant tant d’importance, au fur et à mesure que la famille grandit, aux côtés d’un chien défiguré. C’est une chouette personne qui se dévoile à nous un peu plus. Une belle personne qui a fait le bien autour d’elle. Qui illumine, qui irradie et dont la maladie ne sera pas arrivée à éteindre la flamme. Ainsi, évitant le pathos mais ne contournant pas la douleur, Mélaka prend soin de répartir quelques bulles d’oxygène pour détendre l’atmosphère quand celle-ci se fait oppressante. Sans tabou.

© Gudule/Mélaka chez Delcourt

Car, forcément, au moment d’aborder cette maladie sans pitié, ce sera moins jojo mais Mélaka apporte de la nuance dans un monde pas tout rose mais pas tout noir, pour la cause. Au fil des pages, on rit avec cette famille formidable, on s’attache à l’éminemment sympathique et bienveillant Castor mais on pleure aussi, sans envie de retenir nos larmes. Sous les bouclettes, en les secouant, on trouve toujours plus ce qui nous a fait aimer cette grande dame de la littérature par livres interposés. Et ce n’est pas fini. Et à voir la délicatesse, l’amour et l’humanité déployés par Mélaka, l’héritage est bien gardé. Ce roman graphique, c’est un ouvrage qui fait la pluie et le beau temps sur la vie, qui ne se regarde pas le nombril mais parle d’universalité et de remède à la morosité même quand les beaux jours sont passés. À chérir et à garder précieusement tant cet ouvrage est bouleversant et réconfortant. À l’instar de sa couverture, sublime et inspirée.

© Gudule/Mélaka chez Delcourt

Titre : Sous les bouclettes

Récit complet

Scénario  : Gudule et Mélaka

Dessin et couleurs : Mélaka

Genre: Autobiographie, Documentaire

Éditeur: Delcourt

Collection : Encrages

Nbre de pages: 256

Prix: 18,95€

Date de sortie: le 11/04/2018

Extraits : 

 

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