L’amer d’Arale : Roulot et Rodier rendent le tsar immortel au prix d’une Russie dédoublée et monstrueuse de l’intérieur comme de l’extérieur

Après la moustach-scarade et ingérence diplozygomatique des camarades brittish au cinéma (mais sur fond de BD) avec La mort de Staline, c’est un duo franco-québécois qui refait l’Histoire de la Sainte Mère Russie avec une uchronie glaçante, terrifiante dans laquelle le Tsar est rendu immortel par un procédé pas très catholique mais qui fait illusion. Un one-shot captivant.

© Roulot/Rodier/Tatti/Guivarc’h chez Dargaud

Résumé de l’éditeur : Les années 1930, en Russie : et si l’histoire ne s’était pas passée comme prévue ? La Révolution russe a échoué et la Première Guerre Mondiale se poursuit, permettant de construire de nouvelles machines. C’est dans ce contexte original que nous découvrons Raspoutine devenu conseiller du Tsar. Suite à un attentat, ce dernier est plongé dans un coma profond. Raspoutine fait appel à un héros de guerre, Kyril, afin de transférer – à l’aide d’une étrange machine – l’esprit du militaire dans celui du Tsar, dans le but de réveiller le corps inerte du souverain et de sauver la Russie du chaos. Mais il va découvrir un monde irréel…

© Roulot/Rodier

Avec des si, on mettrait Paris en bouteille. Mais Moscou, alors ? On la placerait entre deux mondes, toutes les Russies, celle qui coule à sang et celle qui est un monstre à peine irréel. Oubliez tout ce qu’il s’est passé depuis les années 30, la révolution russe n’a pas eu lieu comme prévu et l’indétrônable tsar Nicolas II est toujours dans la place. Et ça risque de durer.  La magie, ou plutôt la sorcellerie, s’est alliée aux innovations technologiques pour appuyer un peu plus l’immortalité d’un plein pouvoir. Et s’il venait à mourir, le tsar revivrait, tel un chat qui a plusieurs vies… mais au prix de quelles morts ? Car oui, cette jouvence cache un terrible secret fait de guerres extérieures mais aussi intérieure et sacrifiant une jeunesse endoctrinée pour servir le Grand Ours.

© Roulot/Rodier

C’est face à ce genre d’album que se pose la question de ce qu’on peut ou ne peut pas dire pour éviter de trop déflorer l’intrigue. Avec Arale, Tristan Roulot et Denis Rodier nous offrent une Histoire revue et corrigée et peut-être encore plus sombre que l’originale. Se servant de leur époque et de ses cruautés pour mieux repartir dans le passé en mettant au point des machines de guerre que nos combattants en herbe peuvent contrôler à distance, par la pensée.

© Roulot/Rodier

Des sortes d’ancêtres de nos drones actuels pour donner l’avantage à une Russie qui ne compte pas les séquelles qu’elle va laisser sur cette génération dorée et sacrifiée. Encore plus quand la survie du Tsar l’exige et que vous faites figure d’élu, de dernier espoir. Et ça, le camarade Kyril s’en rendra compte bien assez tôt.

© Roulot/Rodier

Arale fait partie de ces albums qui peuvent sembler indomptables au premier abord, qui déstabilisent mais qui parviennent très vite à fasciner dans une oeuvre double et dense qui s’aventure dans une époque lointaine sans pour autant oublier la sienne. Le boulot de Denis Rodier est colossal, tant dans la reconstitution de cette Russie en uniforme que dans sa recréation fictive. L’ère des machines est en marche, la propagande va bon-train mais c’est résolument du côté des humains que le duo se place.

© Roulot/Rodier

Ces humains confiants et combattifs mais qui, pourtant, ne sont que des grains de sable destinés à alimenter la machine infernale. Des humains « dématérialisés » et emprisonnés dans un monde sans échappatoire, encore plus cruel que le monde réel. Entre feu et glace, sang et cicatrices depuis longtemps refermées mais n’ayant pas besoin de grand-chose pour se rouvrir, Tristan Roulot et Denis Rodier explorent, mine de rien, les traumatismes de ces guerres dont on ne revient que rarement intact.

© Roulot/Rodier

Si on se laisse bouleverser par cette oeuvre à sens unique, on fait aussi des parallèles avec ce que relatent nos infos, et ça fait un peu plus froid dans le dos. Denis Rodier en impose dans sa manière de plaquer les émotions sur le visage des personnages, mais aussi d’interpréter les scènes de guerre entre retenue et explosion. Les couleurs de Bruno Tatti, assisté par Clémentine Guivarc’h, finissent de donner à l’ensemble toute son allure catastrophique et dantesque. Qui restera dans les mémoires.

© Roulot/Rodier

Une autre chronique à piocher dans l’étagère imaginaire => https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/05/23/arale/

Série : Arale

Tome : 1

Scénario  : Tristan Roulot

Dessin : Denis Rodier (Page Facebook)

Couleurs : Bruno Tatti et Clémentine Guivarc’h

Genre: Guerre, Psychologique, Thriller politique, Uchronie

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 64

Prix: 14,99€

Date de sortie: le 18/05/2018

Extraits : 

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