La collection printemps-ét…ernelle d’Hugo a des aspirations eighties, émotionnelles et confortables

Il y a des chanteurs dont on se dit qu’ils ne sortiront jamais un disque de reprise car ils ont beaucoup trop d’audace ou de créativité pour s’abaisser à cet exercice de plus en plus décrié (mais aussi porteur, allez savoir la logique). Il faut dire que quand un Adamo reprend du Bécaud ou quand un M. Pokora veut jouer les sosies de Cloclo, on a du mal à voir l’intérêt artistique (surtout pour le faire comme ils l’ont fait). Puis, si l’exercice ne s’est pas essoufflé, il a donné de jolies surprises, avec du bagout : les deux Souchon dans l’air, le Générations éperdu(e)s pour Yves Simon, le nouvel Ep d’Arman Méliès (on arrive pour vous en parler) et celui d’Hugo. Une parenthèse récréative en mode pop, Cover Me, « an emotional promenade trough the 80’s » comme le dit si bien l’homme de La Nacelle toujours en quête d’imaginaire.

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Et quand Hugo se prend au jeu de la reprise, il le fait évidemment comme personne, avec délicatesse et respect tout en les faisant évoluer dans son univers, de manière si personnelle. Comme un secret, des confidences dont il a bien voulu nous faire part. Un trésor intimiste avec cinq petits joyaux toute saison mais qui vont vachement bien aux temps chaleureux du printemps et de l’été. Une bonne onde, un léger vent qui fait que tout va bien. Avec un quintet de chansons cultes et dont on comprend aisément qu’elles aient marqué le chanteur auquel le label hutois Hot Puma Records fait bien de faire entièrement confiance. Il y a Hugo à la guitare et aux claviers et Simon Mary à la contrebasse. Le tout mixé et masterisé par Vincent De Bast. Il n’en faut pas plus.

On commence par se faire conduire (et non éconduire) sur une chanson qu’on avait un peu oubliée mais qui se rappelle à merveille et immédiatement à nous : Drive de The Cars. Peut-être un peu datée dans ses effets, la chanson composée par Rick Ocasek retrouve tout son lustre, son air du temps dans l’interprétation qu’en fait Hugo de sa voix toujours si juvénile et aérienne. On ne sait pas encore où tout ça nous emmène mais on pourrait rouler des heures à ce train reposant mais aussi passionnant. Hugo exhume des nuances qu’on n’avait jamais saisies malgré les dizaines (centaines ?) de fois où ce tube s’est glissé dans nos oreilles.

On fait bien de rester dans ce taxi qui a moins pour destination l’enfer des covers que le paradis des réinterprétations subtiles et riches. Et le titre qui suit nous donne entièrement raison. Un monument dont le maquillage et le vernis ne se sont pas écaillés, Just like heaven. C’est une version assagie, moins délurée, profonde qu’en propose le survivant de sa très belle avalanche (qui va connaître un successeur, on vous en parle après). En odeur de sainteté, pas moins.

Après quoi, on prend un peu plus de hauteur, ce n’est pas bien dur, on quitte terre et on goûte aux joies de l’apesanteur (pas celle de Calogero, hein), du paradis à la milky way, dont The Church a fait son sermon. Vocalement, il y a un monde de différence, un décalage flagrant, entre Steve Kilbey et Hugo. Et c’est là qu’on est séduit, Hugo se dégage de ses influences (et à mon avis, il a dû les écouter un nombre incalculable de fois, ces chansons indémodables) pour y mettre sa patte.

Autre groupe phare des eighties, OMD est également du casting avec l’incontournable Enola Gay. C’est symptomatique de cet EP, la tendance s’est inversée, les claviers sont éclipsés pour laisser de la place aux guitares. Les envolées, elles restent mais se fondent dans la voix d’Hugo, comme dans sa chambre, sans pression mais avec un talent irrésistible, c’est du plus bel effet. Cet Enola Gay restera dans nos annales. Dreams away…

La conclusion, puisqu’il en faut une – mais on l’aurait bien continuée cette belle histoire des tubes racontée différemment (c’est loin d’être toujours le cas avec un album de reprises!) -, est admirable : le fameux Johnny and Mary de Robert Palmer. Il y a de quoi souffrir de la comparaison, entre la version originale mais aussi celle, stratosphérique proposée par Bryan Ferry et Todd Terje. Mais Hugo ne se laisse pas démonter et reste calme, plein de sensibilité. On ouvre grand les oreilles, on écarquille les yeux. C’est tellement malin et pas calculé. La spontanéité, qu’est-ce que c’est bien. Ça lui va comme un gant… de magicien. On plane pour toute la journée.

Et il y a des bonus sur Youtube :

Hugo ne s’arrête pas en si bon chemin et, de derrière les fagots, on sent le fumet d’un nouvel album qui mijote au titre foutraque et poétique : Tes yeux pleins d’herbes et d’oiseaux. Intrigant, non? « Depuis le balcon de ce studio en forêt, je vois le sommet des arbres. C’est en perdant mon regard dans leurs formes mouvantes que j’invente les images qui vont peupler ces nouvelles chansons. » Elles seront, semble-t-il, au nombre de dix. Et vous pouvez les aider à voyager en participant au crowdfunding sur Microcultures.

EP: Cover Me

Artiste: Hugo

Nbre de pistes: 5

Durée: 17 min

Label: Hot Puma Records

Date de sortie: le 04/05/2018

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