Razzia : à travers les décennies, Nabil Ayouch fait l’écho d’un pays en perpétuelle tension jusqu’à la prise de position frontale

Sixième réalisation du franco-marocain Nabil Ayouch, faisant suite au polémique « Much Loved » notamment interdit de sortie au Maroc, Razzia a été coécrit avec Maryam Touzani, qui n’est autre que la compagne du réalisateur et qui tient ici l’un des rôles principaux dans le film.

Résumé: À Casablanca, entre le passé et le présent, cinq destinées sont reliées sans le savoir. Différents visages, différentes trajectoires, différentes luttes mais une même quête de liberté. Et le bruit d’une révolte qui monte…

Certes, il n’en était pas à son coup d’essai, mais c’est véritablement lors de la sortie de son film « Much Loved », il y a trois ans, que Nabil Ayouch s’est fait un peu plus entendre. En filmant le quotidien de prostituées dans les rues de Marrakech, le réalisateur ne se doutait pas une seule seconde du tollé que son film allait créer au Maroc. Censure ferme, condamnations particulières, menaces de mort pour ses actrices… Aujourd’hui encore, le réalisateur témoigne d’une certaine méfiance et agressivité générale lors du tournage de « Razzia », son nouveau film se situant dans la même veine que « Much Loved », tout en étant moins tranchant.

Des montagnes de l’Atlas de 1982 aux rues de Casablanca de nos jours, le réalisateur nous emmène à la rencontre de cinq portraits marocains qui s’entremêlent, faisant écho d’un pays en perpétuelle tension. À travers de ses personnages fictifs, Nabil Ayouch met notamment en lumière la rigidité et les dégâts causés par la généralisation de la langue arabe dès 1982 dans les trois pays du Maghreb, tout comme la difficulté actuelle d’y assumer son homosexualité, ou encore d’être juif réprimandé dans une société islamique de plus en plus radicale.

Par cette mise en scène de chassés-croisés de plus en plus convoitée par les cinéastes par son pouvoir de regard, le spectateur se prête d’emblée à son jeu, filmé sous le soleil brûlant d’un pays qui l’est tout autant. Il ne peut ainsi s’empêcher de chercher des indices quant aux liens qui unissent (ou non) ses cinq personnages, tous aussi authentiques les uns que les autres. Casablanca, elle, est aussi un personnage du film, à part entière, ici présenté sous toutes ses coutumes, toutes ses langues, et son instabilité. Par leur quotidien blessé, quelque peu emprisonné, on ressent de ces personnages toute leur soif d’évolution, leur envie de s’en sortir, et d’aider à faire avancer les mentalités, dans un pays qui entrave, à petits pas, les libertés, et la tolérance.

Dans « Razzia », les messages sont forts, et les personnages touchants. Par ces contestations post-Printemps arabe, Nabil Ayouch livre une oeuvre honnête, mais aboutissant malheureusement à une confrontation manifestante dont on ressort perplexe, car illustrant davantage une prise de position frontale qu’un regard réflexif évoluant de paire avec ses personnages. En effet, ce dénouement déçoit par sa portée moins fédératrice et constructive que ses portraits croisés. On a d’ailleurs la désagréable impression qu’il les abandonne au moment où ils auraient eu le plus besoin d’aide…

« Razzia » fait partie d’un cinéma nécessaire, universel, et à la fois pessimiste et solaire. Au-delà de ses lignes d’écriture, c’est un franc morceau du reflet de la société dans laquelle nous vivons.

Toutes les critiques de Julien pour l’année 2018, ça se passe également par là !

Titre : Razzia

Pays : France, Belgique, Maroc

Réalisateurs : Nabil Ayouch

Acteurs : Maryam Touzani, Arieh Worthalter, Dounia Binebine, Amine Ennaji, Abdelilah Rachid, Abdellah Didane, Mohamed Zarrouk, Nezha Tebbaai…

Genre : Drame

Durée : 119 min

Date de sortie : le 25/04/2018

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