Chaque jour Dracula: porter le problème du harcèlement de la nuit au jour et retrouver le plaisir de croquer la vie à pleines… canines

Y’a plus de saison pour Halloween, dites donc ! Vous avez vu le nombre de nouveautés prônant le fantastique et ses enfants terribles dans les rayons ? Un peu de Mélusine par-ci, des zombies par-là, etc. etc. Comme on vous l’a dit dans notre chronique de Redneck, les vampires ne sont pas en reste et ont des sushis à se faire et du mauvais sang. Mais, au fond, et si c’était le regard des autres, qui rendaient ses créatures horrifiantes, des monstres comme on aime à les appeler ? Si leur méchanceté n’avait d’égal que la nôtre et celui d’une société qui peine encore à faire un pont royal aux différences. Et il serait naïf de croire qu’il n’y a que l’ail et les pieux pour effrayer ces humains comme les autres avec juste des dents un peu plus longues que la moyenne.

© Clément/Lefèvre chez Delcourt

Résumé de l’éditeur : Comme chaque matin de la semaine, Dracula va à l’école. Mais c’est avec une boule au ventre car certains de ses camarades de classe, de gros balourds, n’arrêtent pas de l’embêter. Certes, quelques-unes de ses particularités font de lui un garçon différent mais est-ce une raison suffisante pour qu’il subisse ce harcèlement constant ? Comment y remédier ? Un soir, il franchit le pas et en parle à son papa…

© Clément Lefèvre chez Delcourt

Il est bien pâlot, Dracula. Ça va de soi, ça fait partie de son style, me direz-vous. Sauf que là, il est vraiment pâlot, bien plus que d’habitude. Faut dire qu’il est tout petit, loin de l’image qu’on s’en est faite et conférée par un Christopher Lee ou un Gary Oldman, il n’est pas encore une star du grand écran… ni même du petit. Il est juste une tête de turc comme tant d’autres, malheureusement, qu’ils soient vampire ou zombie, noir ou blanc, jaune ou vert, gros ou fins, roux ou chauves, trop sûrs d’eux ou mal affirmés… Des victimes du harcèlement, il y en a tellement, pas qu’à la cour de récré ou dans les classes d’école, d’ailleurs. Il n’y a pas de profil-type mais certaines conséquences inévitables : le mal-être, forcément, et le repli sur soi-même, renforcé par l’envie de tout garder pour soi et de ne rien dire à personne. Encore plus à ses parents.

© Clément/Lefèvre chez Delcourt

Ça arrive à tout le monde mais, c’est vrai, comment aurait-on pu penser que ça arriverait un jour au démoniaque et invulnérable Dracula ? C’est la bonne idée qu’exploitent Loïc Clément et Clément Lefèvre (vous vous souvenez de la superbe Épiphanie Frayeur?) dans cette courte histoire de 32 planches. 32 planches, cela dit, c’est plus qu’il n’en faut pour un cercueil. Et dès les premières, les regards assassins et les paroles innommables des con-dé-génères de classe de notre petit homme-chauve-souris enfoncent les clous ! Heureusement, il a la nuit pour rêver… enfin s’il ne dort pas, car gare aux cauchemars qui ressassent le calvaire diurne de cet enfant qui ne fait pourtant pas couler le sang et veut juste avoir une vie normale. Et son papa entend bien la lui offrir.

© Clément/Lefèvre chez Delcourt

Quel joli album, plein de sens, que celui que nous offre le duo Clément-Lefèvre, habiles suceurs de sens. Si les ouvrages et articles se multiplient sur un phénomène de société (encore plus depuis qu’elle se passe sur internet et les réseaux dits sociaux) dont on aimerait bien se passer, on se dit qu’on en fera jamais assez que pour conjurer cette sale habitude qui enjoint à dénigrer celui qui ne nous ressemble pas un tant soit peu. Le petit Dracula n’a peut-être l’air de rien, mais outre la fascination que nourrira le jeune lecteur pour ce monde magique et si poétique (et pourtant tellement réaliste), notre monstre si démuni a le don, de ses yeux si mignons et de cette frimousse à laquelle on donnerait le bon diable sans concession, de fédérer et de nous mettre, une fois coutume du mauvais côté de la force. Ça changera des mauvaises farces des ennemis de Dracula, qui sont bien plus des tristes sires que des Van Helsing.

© Clément/Lefèvre chez Delcourt

Mine de rien, dans un graphisme tellement poétique et coloré, les deux auteurs livrent une histoire qui prête à réflexion. Sur les manières de réagir, encore et toujours, face à de telles situations de crise. Mais aussi sur l’attitude de veille à avoir quand on est parent ou proche d’un enfant pouvant être sujet à ce chahut devenu ordinaire. Histoire de prémunir, de prévenir et de guérir. Au pays des vampires, on en a fini de se faire du sang d’encre, on agit et on croque à nouveau la vie à pleines… canines.

© Clément/Lefèvre chez Delcourt

Titre : Chaque jour Dracula

Récit complet

Scénario  : Loïc Clément

Dessin et couleurs : Clément Lefèvre (Page Fb)

Genre: Drame, Fantastique, Jeunesse

Éditeur: Delcourt

Collection : Jeunesse

Nbre de pages: 34 (+ 5 pages de Galerie des illustres)

Prix: 10,95€

Date de sortie: le 25/04/2018

Extraits : 

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