Un surprenant Dindon disco en représentation au Théâtre Royal des Galeries

Georges Feydeau est un auteur qui se pose en gage de qualité évident pour tout amateur de vaudeville qui se respecte. L’aptitude de l’auteur à transformer les situations les plus tragiques en moments burlesques désopilants en mettant en présence des personnages qui ne devraient en aucun cas se rencontrer au vu des situations compliquées qu’ils vivent, lui a permis d’écrire quelques petits chefs-d’oeuvre. Le Dindon fait assurément partie de ceux ci et, cette fois, c’est le Théâtre Royal des Galeries qui nous convie à une adaptation de la pièce en mode seventies.

Deux jeunes femmes qui ont juré de prendre un amant si jamais elles étaient trompées, deux  noceurs invétérés prêts à leur rendre ce service, une Anglaise exubérante qui menace de se suicider, un Londonien à l’accent marseillais, un médecin-major retraité et sa femme, sourde comme un pot, une cocotte, des grooms et un commissaire de police : Feydeau réunit tout ce petit monde dans son chef-d’œuvre incontesté et les jette dans une course haletante au milieu des portes qui claquent pour notre plus grand plaisir.

© Fabrice Gardin

J’ai eu l’occasion de voir diverses versions de cette pièce devenue un classique du rire au cours de ma vie et, à chaque fois, j’y ai pris un immense plaisir. J’attendais donc avec impatience, mais aussi avec une certaine perplexité, cette étrange adaptation de Feydeau en mode seventies dans une mise en scène et une scénographie de Thibaut Nève.

Dès le début de la pièce, nous sommes plongés dans un décor seventies où dansent les comédiens au son de la musique disco d’un DJ qui les surplombe. Puis arrivent les premiers dialogues, et là, on se dit que les dialogues de Feydeau, formidables en soi, sont difficilement crédibles dans la bouche de personnages issus d’une génération dont la manière de s’exprimer et le vocabulaire usité étaient totalement différents.

© Fabrice Gardin

De plus, outre la manière de s’exprimer, entre les seventies et la fin du 19e siècle, il y a aussi une différence de mentalité évidente en ce qui concerne les moeurs. Dans cette décennie post-mai 68, l’amour libre se pratiquait couramment et ouvertement en réaction à la rigueur des générations passées, tandis qu’ à l’époque de Feydeau il se vivait clandestinement assorti d’une certaine transgression !

Bref, on imagine difficilement le texte de Feydeau dans la bouche de protagonistes aux pantalons pattes d’éléphant et aux chemises à grand col. Bien sûr, les relations adultères ont toujours existé. Mais, vu sous cet angle, quelque chose cloche et l’effet comique s’en trouve parfois amoindri. On sourit, mais on rit rarement à gorge déployée comme on le faisait à la vision d’autres versions plus classiques de la pièce. J’ai noté aussi de nombreux silences appuyés, voulus certainement par la mise en scène, mais qui à mon sens ralentissent le rythme naturel de la pièce. Et la mayonnaise a du mal à prendre…

© Fabrice Gardin

Pourtant, hormis ces quelques bémols liés à la transposition de la pièce dans les 70’s, il n’y a rien à dire concernant la distribution dans laquelle on retrouve des comédiens efficaces qui tirent tous admirablement leur épingle du jeu. Mention particulière à Othmane Moumen qui campe un Rédillon haut en couleur et dont l’immense talent n’est plus à démontrer depuis ses formidables performances dans Chaplin et Le Tour du monde en 80 jours.

Après 2h25 de spectacle; entracte compris, la pièce fut saluée par des applaudissements polis, laissant visiblement certains spectateurs désorientés.

Alors, si vous aimez Feydeau et que vous voulez vous délecter de ses situations rocambolesques ornées de dialogues savoureux, n’hésitez pas à vous rendre au Théâtre Royal des Galeries du 18 avril au 13 mai pour y voir Le Dindon et vous faire votre propre opinion. Le contenu y est alléchant et vous y passerez sans doute une agréable soirée, pour autant que l’emballage inattendu qui l’enveloppe ne vous rebute pas.

Jean-Pierre Vanderlinden

LE DINDON de Georges Feydeau

Avec : Myriem Akheddiou, Hélène Catsaras, Frédéric Clou, Perrine Delers, Julie Lenain, Othmane Moumen, Frédéric Nyssen, Nicolas Ossowski, Pierre Poucet, Florence Roux, Simon Wauters et le DJ Fahd Moumen.

Mise en scène : Thibaut Nève

Réservations : http://www.trg.be

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.