Mais que fait la police ?! Elle investit le neuvième art #4 : Rouletabille roule sa bosse un peu plus loin

Grand mythe de la littérature policière, la chambre jaune fascine toujours autant. Et ce qui est bien avec cette oeuvre de Gaston Leroux, c’est la liberté qu’elle cède aux auteurs qui voudraient l’adapter. Souvenez-vous de Bruno Podalydès et de sa joyeuse clique dans une esthétique très ligne claire, d’ailleurs. Il y a des oeuvres qui enferment leur adaptateur, d’autres qui les libèrent et leur permettent d’y assigner leur propre originalité. C’est le cas avec le premier roman mettant en scène le journaliste qui se sent pousser des ailes dès qu’un mystère résiste aux plus fins limiers, j’ai nommé Rouletabille. Et il revient dans les mains de Gaudin, Slavkovic et Odone.

Épisode 1 : Sanlaville sort San-Antonio du sanatorium, Dard d’art (et du grand!)

Épisode 2 : Pepe Carvalho, entre Barcelone et Amsterdam, non loin de l’enfer

Épisode 3 : Les jolies femmes l’appellent Nestor

© Gaudin/Slavkocic/Odone chez Soleil

Résumé de l’éditeur : Le professeur Stangerson et sa fille Mathilde vivent au château du Glandier où ils poursuivent des recherches scientifiques. Une nuit, Mathilde échappe de justesse à une tentative d’assassinat dans sa chambre jaune, pourtant fermée de l’intérieur. Rouletabille et son ami Sainclair se rendent sur les lieux, ils vont, au terme d’une enquête périlleuse, élucider « Le mystère de la chambre jaune ».

© Gaudin/Slavkocic/Odone chez Soleil

Il y a des enquêtes dont on ne se lasse pas même si l’on croit se souvenir du dénouement. Des Agatha Cristie, forcément dont le cinéma n’en finit plus de multiplier les adaptations, mais aussi les Rouletabille. Force est de constater que, il y a plus d’un siècle, Gaston Leroux mettait la main sur un personnage universel qui galoperait de médias en médias, de décennies en décennies, sans perdre de son efficacité. Un peu comme Tintin, auquel il ressemble vaguement sur la couverture signée par Stéphane Perger. C’est ainsi que la chambre jaune nous prend un jeu, une énième fois. Il va falloir trouver l’assassin… qui n’en est pas un puisque sa victime est toujours vivante et cache peut-être bien un secret.

© Gaudin/Slavkocic/Odone chez Soleil

Cela faisait longtemps, toujours ?, que Jean-Charles Gaudin rêvaît d’adapter ce qui est sans doute l’une des plus vaudevillesques des enquêtes policières néanmoins sérieuses. Force est de constater qu’il l’a connaît sur les bouts des doigts. Et s’il n’est pas le premier à porter cet enquêteur de passion plus que de métier en BD (il y avait eu Duchâteau et Swysen, en leur temps), il réussit surtout à en faire le premier album d’une série. Le Rouletabille du Mystère de la chambre jaune n’est pas le Sherlock Holmes du Dernier coup d’archet ou l’Hercule Poirot d’Une mémoire d’éléphant. Non, Rouletabille a l’aplomb de la jeunesse et l’envie des jeunes premiers n’attendant que la bonne occasion pour plonger dans l’univers policier. Pas en en répercutant les faits d’armes, comme simple reporter, mais pour les résoudre. Quelques répliques font mouche dans ce sens et il y a une sorte de filiation entre Rouletabille et l’expérimenté Frédéric Larsan. Une relève pas forcément approuvée par ce deuxième. Il y a duel, course aux indices et l’un contre l’autre et que le meilleur gagne. Bref, au Glandier, même si nos héros ont la météo avec eux, ça ne risque pas de glander.

© Gaudin/Slavkocic/Odone chez Soleil

Revenant plus près du matériau d’origine que leurs prédécesseurs, les auteurs font l’économie de l’humour pour revenir aux ambiances que ce roman suscitait, entre le jour et la nuit, l’espace et la contiguité, le fantastique et le rationnel. Dans les regards du Père Stangerson qui entend crier sa fille, impuissant, on se retrouve comme lui dépourvu et courant partout, le regard affolé. Mais s’échappant de la chambre qui pouvait phagocyter l’attention, le trio colle aux semelles des personnages dans la gueule du loup, parcourus par le frisson du mystère. Éludant le pur réalisme, Sibin Slavkovic livre un dessin accessible, rond mais également expressif. Inventif dans la mise en place des cages, les faisant se faire des clins d’oeil entre elles, parfois (une scène devant le tribunal, par exemple). C’est incisif, comme les couleurs de Joël Odone qui met une jolie touche finale au classicisme des décors. Des décors vintages, documentés. Le parfum de la campagne verdoyante entre par les fenêtres. Un bon air du printemps qui prouve que Rouletabille roule toujours sa bosse, intrépide et juvénile. Jeune pour toujours, jeune à jamais.

Série : Une aventure de Rouletabille

Titre : Le mystère de la chambre jaune

D’après le roman de Gaston Leroux

Scénario : Jean-Charles Gaudin

Dessin : Sibin Slavkovic

Couleurs : Joël Odone

Genre : Mystère, Policier

Éditeur : Soleil

Nbre de pages : 62

Prix : 15,50 €

Date de sortie : le 07/03/2018

Extraits : 

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