Kirkman et De Felici retournent le problème des Walking Dead et leur Oblivion Song n’a rien d’une mélodie en sous-sol !

On en connaît des auteurs qui par le succès d’une série devenue phare si pas culte sont devenus des hommes et des femmes d’une seule série. Et si The Walking Dead approche dangereusement les 200 épisodes, notre ami (et ennemi si vous aimez faire uniquement des jolis rêves plutôt que des cauchemars) Robert Kirkman a prouvé depuis longtemps qu’il avait plusieurs cordes à ses arcs narratifs. Après Outcast, c’est une nouvelle série de premier plan qu’il lance en compagnie de Lorenzo De Felici et Annalisa Leoni : Oblivion Song. Toujours dans un monde post-apocalyptique mais en inversant les rôles et le camp que le lecteur doit rejoindre.

Résumé de l’éditeur : Il y a dix ans, 300 000 habitants de Philadelphie ont soudainement disparus, happés vers une autre dimension. Ils tentent d’y survivre face à des monstres gigantesques. Le gouvernement a abandonné les recherches. Nathan Cole, lui, poursuit pourtant les missions de sauvetage afin de ramener les survivants… Mais sont-ils vraiment tous prêts à revenir ? Et que cherche en réalité Nathan ?

© Kirkman/De Felici/Leoni chez Delcourt

C’est un grand coup qu’ont réussi les éditions Delcourt en publiant, en exclusivité internationale, le premier album (soit six chapitres/ »issues ») de cette nouvelle série made in Kirkman qui a trouvé dans le talentueux et si expressif Lorenzo De Felici qui fait encore une fois merveille dans l’enfer (on a encore en mémoire son fracassant Jour de l’apocalypse à bord de l’Infinity 8). Alors que The Walking Dead nous faisait suivre le quotidien de survivants éparpillés d’une catastrophe zombie, cette fois, Kirkman zappe ces préliminaires-là et renverse la vapeur, trouvant une brèche (ce qui n’est pas bien difficile) dans la grande communauté des rescapés.

© Kirkman/De Felici/Leoni chez Delcourt

 

Bien sûr, les quelques planches qui propulsent la série jouent la confusion avec cet homme et cette femme aux regards apeurés, paniqués, qui fuient une menace qu’on ne met pas longtemps à identifier : une espèce de sniper encapuchonné qui tire à vue et à l’anesthésiant nouvelle génération (genre taser), dont on comprend très vite qu’il n’est pas la menace première, et des monstres bouffis et qui ne feront pas de quartier.

© Kirkman/De Felici/Leoni chez Delcourt

« I walked the avenue till my legs felt like stone
I heard the voices of friends vanished and gone
At night I could hear the blood in my veins
Just as black and whispering as the rain
On the streets of Philadelphia (Bruce Springsteen) »

Passé cet épisode, bref mais intense comme on dit, on comprend que l’encapuchonné de service, le controversé et jusqu’au boutiste Nathan Cole, ne veut que le bien de ses « proies » pour les ramener « chez eux », sains et saufs, dans cette Philadelphie qui s’est depuis longtemps reconstruite. Sans oublier de se remémorer, à intervalles réguliers, à ce qu’il s’est passé le jour où tout a basculé, quand les dimensions se sont disloquées et que les réalités se sont télescopées amenant des drôles de créatures dans le monde des humains (et inversement) qui n’y étaient assurément pas préparés. Le comment du pourquoi et le pourquoi du comment viendront en temps utile.

© Kirkman/De Felici/Leoni chez Delcourt

Pour le reste, naviguant entre le monde sécurisé, les souvenirs de l’apocalypse et le voyage dans ce monde perdu dans lequel des drôles de dinosaures ont pris le pouvoir et terrorisent les humains qui sont encore coincés dans les décombres de ce reliquat de civilisation. Pour varier les plaisirs, Kirkman part donc cette fois du monde connu, le nôtre après le passage d’un ouragan dimensionnel (ou quelque chose de la sorte – que voulez-vous quand on joue les apprentis sorciers), d’un groupe conséquent de personnes qui ont plus ou moins repris leurs marques et se sont réorganisés. Un groupe dont s’extirpe Nathan qui n’a pas abandonné tout espoir d’en retrouver encore dans le monde parallèle un peu lovecraftien. Toutes proportions gardées, c’est exactement l’inverse de ce que Rick est amené à faire dans The Walking Dead, tentant de passer d’un terrain hostile à une zone de confort et de consolider une bande. Bien avant de rencontrer une plus grosse communauté qui a réussi à se réhabiliter. Ici aussi, il y a des revenants mais la question se pose autrement.

© Kirkman/De Felici/Leoni chez Delcourt

Au-delà du jeu des différences et des miroirs, Kirkman ajoute à son mélange quelques éléments passionnants : la difficulté de la réinsertion, des soucis familiaux, les apparences et, surtout, l’enjeu de la vie et de la mort face à des créatures qui, si on doit bien y échapper si on veut voir une nouvelle fois le jour se lever sur les ténèbres, ne doivent pas être forcément considérées comme chair à canon. « C’est un animal sauvage, ! Il n’y aucune raison de le tuer. (…) On n’est pas censés être ici, c’est leur monde. Ces choses sont des animaux, ils vivent juste leur vie.« , dira Nathan Cole. Placé dans le feu de l’action, même si son interlocuteur répond avec cynisme, le postulat fait mouche et échos à des choses très contemporaines.

© Kirkman/De Felici/Leoni chez Delcourt

Oblivion Song, loin d’être une mélodie en sous-sol, promet d’être très riche. Et le dessin de l’impérial Lorenzo De Felici (enrichi par les couleurs crépusculaires d’Annalisa Leone) fait le reste, très expressif dans les jeux de regards, les duels que proposent les découpages, les visages burinés et cernés et des monstres hideux et très réussis. Ça dépote les potes.

© Kirkman/De Felici/Leoni chez Delcourt

Série : Oblivion Song

Tome : 1

Scénario  : Robert Kirkman

Dessin : Lorenzo De Felici

Couleurs : Annalisa Leoni

Genre: Science-fiction

Éditeur VO : Image Comics

Label : Skybound

Éditeur: Delcourt

Nbre de pages: 160

Prix: 16,50€

Date de sortie: le 07/03/2018

Extraits : 

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