La folie contagieuse de Barcella a désarmé la froideur et mis le soleil au coeur et au corps du W:Hall

À l’heure où d’autres gloussent en plein prime, le seul et unique Baba(r), celui qui se respecte et s’admire, nous prend par la main et nous emmène vers un pays pas si imaginaire mais redoutablement poétique, était sur la scène du W:Hall. Un retour en Belgique annonciateur d’un nouvel album (magnifique, on vous le glisse déjà) et de soleil, beaucoup de soleil. Barcella n’a pas changé, marionnettiste des belles émotions et du retour en enfance garanti, pris dans le courant de la rivière insouciante, insolente.

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© Branchés Culture

« Soleil, soleil », magicien qu’il est, Barcella était-il fou à ce point que pour chercher l’astre solaire à 20h30 passées ? Pourtant, à force de l’invoquer, après deux heures de concert, c’est avec le soleil au coeur, au corps, que nous avons été recrachés à la nuit moins glaciale qu’il n’y paraissait désormais. C’est dire la puissance des mots employés par ce poète des temps modernes, à visage on ne peut plus humain.

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Humain, d’abord, car résolument le doute est permis. Les balbutiements aussi. Cette espèce de goéland fantaisiste cherche son envol, avec le mal de terre qui l’incarne, à la recherche des grands espaces, Barcella ne tient pas en place et n’en finit plus d’escalader et redescendre les escaliers installés sur scène. D’ailleurs, est-ce une scène ou un coin de rue aux lumières fabuleuses au détour duquel on aurait trouvé ce conteur des temps modernes ? C’est vrai, en s’élançant de cette manière, Barcella a une envie de hauteur, pas de celles qui veulent les conquêtes mais qui volent quelques instants au temps pour mieux le suspendre, comme autour d’un feu de bois. Il s’y reprendra à plusieurs fois pour mettre tout le monde debout mais y parviendra, irrésistible. Un premier souci technique, un piano défaillant aurait pu couper le souffle de ce drôle d’oiseau, dès la première minute de spectacle. C’est mal connaître l’apôtre de la prose (de l’impro, aussi) qui s’en sert pour donner une dimension supplémentaire au show. Une en plus. « On n’est pas à l’abri de passer une soirée originale« , se marre l’artiste. La petite salle affichant complet, c’est une plus grande salle du W:Hall qui a ouvert ses portes à Barcella, dès lors rempli à moitié, avec des fans de la première heure mais aussi deux-trois abonnés venus sans forcément s’attendre à ce qu’ils allaient voir et avec qui Barcella se montrera taquin mais tendre.

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Un public diversifié, dans lequel barbus et imberbes, grands et petits, chauves et chevelus et même hippies, n’auront de cesse de retourner en enfance… même si le gourou de ce soir tel un maître d’école (« c’est un concert pédagogique ») tentait un temps de chasser les enfants, après quelques exercices de diction pas évidents (« Constantinopolitain, quand te déconstantinopolitaniseras-tu ? » et consorts, essayez pour voir) : « Allez, pour ceux qui n’ont pas 18 ans, on fait deux chansons pour vous et on rentre. N’essayez pas de négocier. » C’était sans compter l’enfant du premier rang qui se montre… comment dire… téméraire. Barcella sent l' »excès de confiance » et hausse le ton tâtant ses couteaux. Il les aiguise. Le gamin se rassied en comprenant que, dans la peau d’un ogre, Barcella a fait un morceau pour et avec… les morceaux de petits enfants. Dix minutes plus tard, le courageux bonhomme s’en va… « Superbe exemple » applaudit le chanteur en direction des parents et ravi d’être respecté. La tête brûlée reviendra pourtant quelques minutes plus tard, mais l’humoriste enchanteur s’en prenait déjà à d’autres amoureux. « On se croirait au cinėma. »

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Il ne croit pas si bien dire, le chanteur a le don d’imposer les images avec son vocabulaire et sa tendresse (et il n’est pas contre le fait qu’on lui en rende), ses fêlures et toute son ardeur à donner du bonheur. Et à régler ses comptes, quand il le faut, avec sa « Salope » (les enfants, comprenez et répétez « Escalope ») en mode tango et Santana, son ode anti-… Faucheuse. Un morceau culte qu’il fait reprendre en coeur à son public pour mieux retourner le compliment contre lui… qui n’est absolument pas misogyne, s’il faut le préciser en ces temps paumés.

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Autre moment forcément attendu, la queue de poisson, logée dans l’entre-deux-jambes de son auteur (cette fois, Baba en fait porter la paternité à un de ses amis présents dans la salle, moment de gêne néanmoins complice), petit détail insignifiant mais pas inconséquent pour rendre la vie de son auteur cruelle. C’est aussi le retour de l’enfant du premier rang qui fait preuve de compassion en reprenant des paroles qu’elle ne comprend peut-être pas. Baba s’interroge : « Tu es déjà sensible à ça?« . Puis demandant aux parents s’ils ont le caméscope, il convoque Jacques Martin et son école des fans même si cette chanson, « on n’aurait pas osé la chanter sur le service public« .

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Ajoutez à ça le débit absolument intenable sur Big Badaboum de cet as de la rime et de la rythmique (il paie un coup à celui qui sera capable de le suivre dans ses péripéties langagières et rocambolesque) et vous obtiendrez les trois moments phares de cette haute voltige chantée et parfois slammée. Mais là où Barcella est fort, c’est qu’il ne fait pas, comme certains artistes, de son concert un lieu commun et attendu. Non, concevant le moment unique et partagé, le chanteur s’évade des formules toutes faites pour sans cesse surprendre. Avec des nouvelles chansons qui amènent quelques moments moins légers (« Si vous ne pleurez pas encore, il faut aller jusqu’au bout« ), notamment, dont trois coups de coeur devant l’éternel : La rivière insolente, lancinant et capable de percer tous les coeurs du monde entier, d’une puissance folle, et Les chevaux sauvages. Barcella nous achève avec sa Maman, « des mots simples qui font mouche« . Fabuleux d’émotions et enrichit par les choeurs vibrants du Magasin Autrement d’Enghien, auquel Barcella est attaché par l’association On souffle dans ton dos dont il est le parrain.

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Sur son nuage, sur notre nuage, le troubadour à la pédagogie universelle et à la folie contagieuse livre un concert dont la bonne humeur se révèle être le meilleur médicament qu’on ait trouvé. Sans prescription et sans modération, à fleur de peau et à sel de mots, pour repartir léger et toujours avec une banane d’enfer. Barcella est un artiste intégral, bon comme le pain, teigneux face aux maux du monde, miraculeux dans un paysage musical dont les têtes de gondole radiophoniques accaparent un peu trop l’attention. Au hasard d’une rencontre, on a découvert Barcella, on ne voit désormais plus comment on pourrait s’en passer, tant il est rare et riche, humainement et en simplicité.

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Setlist

1) Les châteaux de l’égo

2) Soleil

3) Le cahier de vacances

4) Big Badaboum

5) L’ogre

6) Claire Fontaine (une chanson sponsorisée à force de recevoir des cahiers Claire Fontaine. « Au prix où est l’essence, la prochaine fois, je ferai une chanson sur Total).

7) L’âge d’or

8) Passe-Passe

9) Mixtape

10) La queue de poisson

11) La rivière insolente

12) Maman

13) Salope (tango et santana)

14) La symphonie d’alzheimer

15) Ma douce

Rappel

16) L’amour à la machine (Cover Alain Souchon)

17) Les chevaux sauvages

18) Soleil 2.0

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