Goma : « Face à des zombies et autres cowboys sanguinaires, tout est bon pour survivre, on s’occupera de ses démons, plus tard, quand on sera certain d’avoir survécu »

On n’est jamais aussi bien que chez soi. Home Sweet Home, comme on dit. Sauf que Goma va lui donner un tout autre sens dans un album qui cultive l’indépendance du ton, de la forme et de bien d’autres choses. Un western avec un marin, des espèces d’éoliennes, des sortes de zombies et une ferveur iconoclaste comme a pu l’alimenter un Chester Brown, un de ses héros. Avec son premier album, Goma a plein de choses à dire. Ça tombait bien, on voulait l’écouter.

© Goma

Bonjour Goma. A priori, vous n’avez rien avoir avec le Congo. Pourquoi ce surnom ?

Effectivement, je n’ai rien avoir avec la ville de Goma ; je me souviens que j’ai découvert l’existence de cette ville peu de temps après avoir créé un blog dans lequel je dessinais un strip hebdomadaire : je mesurais alors la popularité de mes gags par rapport au nombre d’articles sur la ville qu’il fallait passer sur Google avant d’arriver à mes dessins. Quand il ne fallait zapper que deux pages, j’étais hyper content.

En fait, il s’agit de la contraction de mon nom, Gobert, et mon prénom, Maxime. Un truc classique, quoi ! C’est ma prof de morale, quand j’étais en secondaire, qui m’avait conseillé ce pseudo si jamais un jour j’étais édité. J’y ai repensé au moment de créer mon compte grandpapier, je trouvais que ça sonnait bien. Plus récemment, des copains m’ont dit que j’aurais dû inverser les syllabes (Mago) pour plus me porter chance !

D’où nous venez-vous ? Géo- et graphiquement parlant ?

Je suis de la région de Mons en Belgique. J’ai fait mes études à Bruxelles et je suis resté dans cette région durant 7 ans avant de revenir à Mons (le loyer y est moins cher, héhé !).

Graphiquement, je reviens de loin : mes premières BD, je les ai réalisées vers 12 ans je crois, des histoires de Dragon Ball. En fait, je reprenais les personnages du dessin animé, je les mettais en groupe, puis un méchant débarquait et c’était la grande bagarre pendant des dizaines de pages (je dessinais alors dans des cahiers au format A5). C’était très mauvais. Puis , vers 14 ans, j’ai créé mes premiers personnages avec une influence plus européenne : Matthieu Dubois et les aventure de Will – j’ai oublié le nom. C’était inspiré de ce que je lisais dans le journal Spirou. Je crois que je me suis arrêté à peu près au moment où mon frère m’a fait remarquer qu’un de mes gags était un copier-coller d’une page de Gaston Lagaffe en beaucoup moins bien dessiné et raconté, évidemment, mais la chute était la même (il s’agit du gag où il invente un ballon sauteur qui lui permet d’aller aussi haut que les avions ; dans mon gag, c’était un trampoline)… Je plagiais sans m’en rendre compte…

And out comes the wolf pour l’Atelier 24 © Goma

Un peu plus tard, vers 16 ans, je dessinais toujours sous l’influence de ce que je lisais dans Spirou mais aussi de quelques mangas que je lisais à l’époque, mais je n’arrivais pas à terminer mes projets. Donc, en résumé, j’ai commencé par le club Dorothée et le Spirou Magazine ; quand je suis arrivé à Bruxelles, mes profs m’ont incité à trouver d’autres inspirations, à m’ouvrir. J’ai passé du temps en librairie et j’ai trouvé des trucs que je n’avais jamais vus auparavant, des albums de Crumb, Joe Matt, Jeffrey Brown, Chester Brown, Charles Burns, les auteurs de l’Association, le groupe Oubapo, Baudoin, Breccia, Jean Teulé, etc. Et à partir de là, j’ai commencé à consommer un peu de tout. Mais ce sont ces BD plus ‘underground’ qui m’auront le plus influencé.

Ceux qui fréquentent Grand Papier te connaissent peut-être déjà. Pour les autres, c’est votre album Home Sweet Home qui leur ouvre un peu plus la porte. Dans un format de planches qui va en surprendre plus d’un !

Oui, YIL est une petite maison d’édition, mais ça me permet d’aller en festival et de pouvoir dire, la larme aux yeux : « ceci est mon premier album ». ‘Heureusement’, je n’ai pas trop d’acheteurs, ça m’évite d’avoir les yeux explosés à la fin de la journée.

J’aime les BD en petit format. Je ne suis pas un fan de mangas (j’en lis assez peu aujourd’hui, pourtant y a des trucs que j’apprécie comme « Les lamentations de l’agneau » ou encore « L’apprentie geisha ») mais j’aime l’idée de rendre leurs BD si pratiques à transporter. Les américains m’ont aussi influencé : ils aiment jouer avec le format, on trouve des BD de toutes les tailles possibles, parfois de la taille d’un p’tit carnet : tout de suite ça rend l’objet plus intime. Chris Ware joue beaucoup avec le format, son ensemble d’albums « Building Stories » est assez impressionnant à cet égard.  En Europe, les éditeurs et lecteurs sont un peu plus conservateurs ; j’apprécie les BD de 44 planches A4 mais je trouve dommage de se limiter à cela dans le registre classique alors qu’il y a tant à faire en BD. Heureusement, même les gros éditeurs proposent maintenant des formats différents mais ça reste des collections plus particulières.

© Chris Ware chez Delcourt

Vos gammes en matière de dessin, comment les avez-vous faites ? 

J’ai commencé jeune sans me soucier de quoi que ce soit, techniquement parlant. Je me souviens que je prenais parfois des feuilles de 10x10cm et que j’en faisais une page de BD avec des cases minuscules ! C’est peut-être pour ça que je porte des lunettes aujourd’hui… Je n’ai eu mes premiers cours de dessin qu’à 20 ans, en arrivant à l’ERG (École de Recherche Graphique, affiliée à Saint-Luc). Je me souviens que ce fut dur, les jurys de mes deux premières années m’ont bien fait comprendre qu’il me manquait un gros bagage graphique, que mon dessin était trop naïf, trop maladroit. Encore aujourd’hui je me rends compte que j’ai pas mal de choses à apprendre, c’est même parfois un peu castrateur, je n’ose pas me lancer dans une histoire parce que je sais que mon graphisme n’est pas à la hauteur de mes ambitions, n’est pas assez mur. Et puis au bout d’un moment je finis par me lancer, même si je ne me sens pas prêt… parce que sinon je ne le ferai jamais !

À contre-courant © Goma

Mais pour en revenir à mon cursus, mes profs m’ont montré plein de choses et m’ont fait comprendre qu’on avait chacun ses forces et ses faiblesses, qu’il fallait apprendre à les reconnaître et à les exploiter intelligemment. En fait, c’est une école assez expérimentale, où on laisse les élèves apprendre par eux-même, expérimenter. Les professeurs y sont surtout des guides. C’est bien dans le sens où on ne moule pas trop les élèves, chacun peut y développer son style, surtout que les profs parviennent (du moins à mon époque) à tirer le meilleur de chacun de nous sans tenter de ‘corrompre’. Le bémol, c’est qu’il n’y avait pas de cours techniques… Du coup, il y a plein de choses que je ne sais pas faire, encore aujourd’hui. Donc, j’apprends seul… je me documente sur la technique, je regarde des vidéos, puis je teste et je vois ce que ça donne. On va dire que mes profs m’ont plus appris une méthode d’apprentissage qu’une technique. Et que cela passe par beaucoup de remises en question.

Mes premières BD étaient assez anecdotiques, assez peu construites,  et je n’y exprimais rien de personnel puisque je voyais la BD plus comme un moyen de faire des gags qu’autre chose. Lorsque je suis arrivé en troisième, nos profs nous ont demandé de parler d’un sujet personnel, de quelque chose que l’on connaît bien. Pas forcément pour en faire un récit autobiographique, mais ils souhaitaient nous faire comprendre qu’on écrit mieux quand on maîtrise son sujet. Par exemple, si on prend le film ”Speed”, ça parle d’un bus qu’on ne parvient pas à stopper. Y a des chances pour que l’un des scénaristes ait une bonne connaissance des voitures ou ait tout simplement pris le bus pendant de nombreuses années. Dans “Speed 2”, l’héroïne se retrouve sur un bateau ; on constate que l’équipe au scénario a changé ; l’auteur du premier n’aurait peut-être pas su écrire le scénario d’une histoire se déroulant sur un bateau alors qu’ici il y a fort à parier qu’au moins un des auteurs aime prendre le large avec son bateau. Autre exemple plus parlant, dans “All is lost”, on suit un vieux bonhomme perdu en mer sur son petit bateau : c’est génial et on sent que l’auteur connaît bien son sujet, il se met à détailler tout ce qu’il faut faire dans un bateau pour voguer paisiblement mais aussi pour survivre en cas de tempête.

Et donc, cette année-là, j’ai cherché ce qui me passionnait… ça n’a pas été simple, c’était la première fois que je m’auto-analysais pour écrire un scénario. Après quelques mauvaises pistes, j’en suis arrivé à l’idée que je devais parler de mon addiction aux films, au cinéma : en effet, j’emmagasine des tas de films, je n’ai même pas le temps de tous les voir. À l’époque, j’achetais même des cassettes VHS au ‘Petit rien’ de Bruxelles, car c’était moins cher et on pouvait tomber sur de sacrées raretés. C’est comme ça que je suis tombé sur une cassette particulière : une opération de la cataracte. J’ai vite décidé de nourrir mon intrigue avec ça, les profs étaient super enthousiastes quand je leur en ai parlé. J’ai décidé de mener l’enquête dans la vraie vie, de retrouver la propriétaire de la cassette mais aussi le médecin. Et tout ça se retrouve emmêlé dans mon récit “Passer le temps” sur grandpapier.

Passer le temps © Goma

C’est marrant, parce que je n’ai pas eu à changer grand chose : la scène avec les mots croisés, c’est presque une retranscription fidèle de ce que j’ai vécu (avec sa colocataire qui restait dans son coin de chambre) ; même le nom Boulboule, je ne l’ai pas inventé, alors que ça fait très BD un nom comme ça. Après, il y a des défauts, la romance est mal exploitée par exemple (c’est ce qu’il y a de plus fictif on va dire, le sujet que je maîtrisais le moins ; j’avais une compagne, mais je n’avais pas vécu ce que vit le personnage) et la fin est un peu facile. Mais cette expérience, même si j’en perçois les défauts, a été révélatrice de ce que je devais faire dans mes BD. Et en plus, ça rend plus excitant l’idée de travailler sur un projet, quand vous cherchez des liens comme ça avec votre vie, que vous y mettez vos tripes. Vous avez vraiment l’impression de créer un monde, de manipuler du matériau comme de la pâte à modeler pour ensuite former quelque chose de personnel et en même temps qui est destiné aux autres.  Et ainsi, faire de la BD, c’est pratique, parce que ça m’aide à savoir en quoi je crois. Parce qu’il est vrai qu’on ne se pose pas toujours la question : quel est mon avis sur telle question ? Cela m’aide à être plus critique, à réfléchir à des choses. C’est sans doute pour ça aussi que j’ai hésité à faire de la philo : même si ce n’est pas réellement utile, on a l’impression de grandir au niveau de la pensée, ou au moi ns de savoir un peu qui on est.

Passer le temps © Goma

Mais qu’est-ce qui vous a donné envie de dessiner, alors ? 

J’ai toujours eu plus envie de raconter des histoires que de dessiner. Je me souviens que vers 11 ans, je rédigeais des fausses pages de journal sur l’ordinateur familial de l’époque. C’était bourré de fautes, ça n’était pas très sérieux et, à part les colonnes, ça ne ressemblait pas vraiment à un journal… mais ça me permettait de me marrer en racontant des trucs. Mes Dragon Ball, je les dessinais surtout quand il n’y avait plus de nouveaux épisodes à la télé, je racontais ce qui me manquait. Vers 16 ans, je faisais des BD sur moi en train de conquérir la fille dont j’étais amoureux à l’école (au fond, c’était un premier travail autobiographique). Tout ça était très nul et je ne terminais pas toujours les histoires, mais je racontais des choses qui me plaisaient. Aujourd’hui encore, je dessine rarement dans le simple but de dessiner ; je  dessine quand je ressens le besoin raconter quelque chose. Je tiens aussi un carnet de croquis pour me délier les mains  quand je commence une journée, mais ce n’est pas là-dedans que je prends le plus mon pied. Pourtant, si je dessinais plus souvent, je progresserais beaucoup plus vite et je pourrais ainsi travailler sur des récits demandant un graphisme plus complexe.  Mais bon, c’est comme ça, j’ai besoin d’un but, d’un récit pour me mettre à dessiner.

© Goma

Tu as plus appris en autodidacte, alors ?

On peut presque parler d’autodidacte. L’ERG est une école qui pousse les élèves à expérimenter ; on n’est pas là pour apprendre la technique, on est là pour découvrir l’art. Le bon point c’est qu’on ne s’enferme pas dans une technique, on découvre plein de choses. Le mauvais point, c’est qu’à un moment, le manque de technique limite la création. Il est toujours temps d’apprendre par la suite, en fonction des besoins… mais par exemple je regrette de ne pas avoir eu un vrai cours sur la mise en couleur ; un de mes profs m’a un jour pris à part pour me montrer, mais ça reste peu. Ceci dit, je crois que maintenant ils proposent un cours de ce genre, c’est une bonne chose.

test couleur pour Home Sweet Home © Goma

Tout ça pour dire que j’ai dû apprendre pas mal de choses par moi-même tout en étant supervisé par les profs. Au début, on ne se rend pas toujours compte quand on est dans l’erreur, c’est donc bien d’avoir quelqu’un pour mettre le doigt dessus. Bien sûr, ça fait un peu mal, mais une fois sa fierté mise de côté, on comprend que c’est pour notre bien, que c’est pour progresser ; dès lors, on peut corriger les erreurs, avancer. Et, à force, on commence par trouver les erreurs soi-même.

Aujourd’hui, je poursuis cette démarche seul, j’apprends des choses seul, j’essaie de ne pas être trop vite satisfait de moi-même, d’ailleurs je me trouve toujours très mauvais. J’apprends plein de choses dans le cadre de mon métier d’enseignant aussi. Parfois, je désire enseigner une technique à mes élèves, une technique que je ne maîtrise pas forcément, alors je l’étudie, je l’expérimente, je la teste et puis je l’enseigne quand je pense en maîtriser les bases. Et les élèves commettent parfois des accidents, ou bien posent des questions qui me font réfléchir davantage à la technique. C’est un bel enrichissement, les élèves ne sont pas toujours conscients qu’ils m’apprennent des choses.

Home Sweet Home © Goma chez Yil

Et quand est venu l’envie d’en faire un métier ?

Pour ce qui est de ma voie professionnelle je n’ai pas su très vite que je voulais en faire un métier. Bien sûr, quand j’étais môme, je disais que j’allais être un auteur de BD plus tard, mais c’était plus un rêve d’enfant, d’autres  auraient dit pilote de chasse ou joueur de football… Après mes études secondaires, je ne savais vraiment pas quoi faire. Je suis parti un an aux USA (avec le Rotary) pour refaire ma dernière année et c’est là-bas que j’ai eu mes premiers cours artistiques : vidéo, photo et théâtre. Ce premier contact fut enrichissant et marquant ; quand je suis revenu j’ai annoncé à mes parents que j’allais tenter une école de cinéma. Mais ça n’a pas marché, je ne me sentais pas épanoui, c’était plus un jeu qu’une passion. D’ailleurs, pendant l’année, j’ai réalisé une petite BD qui m’avait plus pris aux tripes que de réaliser des courts-métrages et apprendre par cœur le fonctionnement des caméras. Mes points n’étaient pas très brillant non plus. J’ai donc eu le choix, arrivé en juin : refaire mon année ou tenter autre chose (la philosophie – parce que j’avais eu un petit cours qui m’avait beaucoup plu – ou la BD – parce que j’avais bien compris que ça me plaisait beaucoup). J’ai opté pour une école où je pouvais apprendre la BD. J’ai eu la chance que mes parents soient patients et me supportent dans ce choix. Ceci dit, je ne voulais pas mourir de faim et j’étais conscient de la difficulté de vivre correctement pour les auteurs de BD, donc une fois mon cursus terminé, j’ai suivi l’agrégation pour enseigner l’art plastique, ce qui me permet aujourd’hui de payer le loyer tout en ayant le temps de faire des BD !

Storyboard Home Sweet Home © Goma

Le goût à la BD, qui, quels albums vous l’ont donné ? Avec des maîtres ? Des albums que vous avez usé jusqu’à la corde ?

Quand j’étais plus jeune, je relisais toujours les mêmes albums mais c’était plus parce que je n’en avais pas beaucoup que parce que j’en avais des préférées. Bon, quelques unes revenaient plus fréquemment, comme les « Gaston Lagaffe ». Aujourd’hui, j’en ai beaucoup plus et ça prend du temps de tout relire… donc je les relis moins souvent. Il y en a que je relis plus quand même comme les albums de Joe Matt que j’adore redécouvrir. Je relis aussi des albums en fonction du projet dans lequel je me lance. J’ai en préparation un western, je suis actuellement en train de choper des BD de ce genre et je sais que lorsque j’aurai bouclé le scénario et que je commencerai le dessin (ce qui n’est pas pour tout de suite), je relirai tout ça (Lucky Luke, Gus, Blueberry, …).

© Goma
© Goma

Je me souviens aussi quand j’allais dormir chez ma grand-mère pendant les vacances, je relisais  « Popol et Virginie au pays des Lapinos ». Ma grand-mère n’avait pas beaucoup de BD et c’était le seul album que je relisais inlassablement (je crois que je peux parler de fascination, j’adorais ne fut-ce que la couverture même si aujourd’hui je n’en ai plus trop de souvenir – la maison de mes grands-parents a été détruite dans un incendie, je n’ai donc plus revu cet album depuis une quinzaine d’années. Je crois que c’est un des albums de Hergé qui m’a le plus touché. Et puis, ils avaient les cassettes des aventures de « Tintin », alors je revoyais ces dessins animés-là régulièrement aussi.

Évocation de l’affiche de Dr. Mabuse der Spieler de Fritz Lang © Goma

Home Sweet Home, c’est votre premier album ? Pourquoi celui-là ? Il y en a plein d’autres (on y reviendra) sur votre page Grand Papier, mais c’était le plus abouti pour vous ?

C’est sûr que par rapport à « À contre courant » par exemple, « Home Sweet Home » me paraît plus abouti graphiquement. Mais je continue de penser que « Home Sweet Home » n’est pas aussi bon que je l’aurais voulu. D’ailleurs, j’ai attendu longuement avant de l’envoyer à des éditeurs,  je n’étais pas assez sûr de moi : en 2015, le gros de l’album était terminé (scénario commencé en 2013), j’ai attendu 2016 avant de retoucher quelques cases et ce n’est qu’à la fin de cette même année que je me suis décidé à réaliser la couverture. C’est bizarre parce que lors de la réalisation de la BD, j’étais super content, mais une fois terminée, en la relisant, mon enthousiasme a baissé.

Recherche de couverture © Goma

Mais bon, il faut avancer, accepter ses faiblesses… et donc en 2017, j’ai envoyé le dossier à plein d’éditeurs. J’ai reçu peu de réponses, toutes négatives, sauf une, celle de YIL ; j’étais surpris je dois dire, j’avais si peu confiance en mon projet que je m’attendais à n’avoir que des refus. Je me souviens encore de ce sentiment de contradiction que j’ai ressenti en lisant leur message : j’étais tellement persuadé d’avoir un refus de plus, que j’ai passé les deux premières lignes pour arriver sur des compliments. Je me suis alors dit : « oui-oui, vous adorez ma BD mais vous ne pouvez pas la publier parce que c’est la crise, bien sûr… ». Et arrivé au bas du courriel, je ne trouve pas l’excuse habituelle. Je reprends un peu plus haut, je retombe sur les compliments, je ne comprends plus ce que je lis, alors je reprends tout depuis le début et là je comprends qu’en fait mon projet a été accepté. J’étais super heureux. Mais j’ai attendu un peu avant d’en parler à mes proches. Et aussi avant d’accepter leur contrat.

Recherche de couverture © Goma

Ceci étant dit, « Home Sweet Home » n’est pas le seul projet que j’ai envoyé à des éditeurs. J’avais postulé avec « À contre courant »  et « Benoît et Virginie ». Sauf que ces projets ont été rejetés. « À contre courant » a quand même failli être publié ; j’avais traduit un extrait en anglais puis j’avais rédigé tout mon dossier en anglais, j’ai envoyé le tout à plein de maisons d’édition (c’était un de mes profs de l’ERG qui m’avait conseillé de faire ça) et une maison d’édition numérique américaine m’a répondu positivement ! On a discuté un peu, je leur ai dit que je devais seulement tout traduire en anglais qu’il allait falloir attendre un peu. Deux mois plus tard, j’ai terminé ma traduction, j’ai renvoyé un mail et là… on m’a indiqué que l’adresse e-mail n’existait pas. J’ai alors recherché le site au cas où les éditeurs avaient simplement changé leur adresse de messagerie et là j’ai vu que la maison avait coulé. Je me suis senti tout con…

Vous êtes donc passé par YIL, maison d’édition un peu particulière. Vous nous expliquez ? 

YIL est une jeune maison d’édition qui essaie d’aider les jeunes auteurs. Évidemment, ils aiment les garder par la suite, surtout si ça marche bien, mais ils veulent donner leur chance aux jeunes, ce qui est bien (certains éditeurs précisent qu’ils refusent les jeunes auteurs). Ils n’ont pas un catalogue très précis, ils acceptent plein de choses très différentes, ce qui est une force je pense. Je crois que ça a commencé avec l’éditeur, lui-même auteur de BD, qui voulait s’auto-éditer après avoir essuyé beaucoup de refus… après ça il a voulu aider d’autres auteurs à être publiés et puis c’est devenu une vraie maison d’édition. Mais elle est encore jeune, il n’y a pas beaucoup de personnel, les auteurs doivent beaucoup se débrouiller par eux-mêmes pour aller en festival ou pour trouver des libraires qui acceptent de vendre leurs bouquins.

C’est difficile, dans le monde de la BD actuel, de faire éditer son premier album ?

C’est dur d’entrer dans le monde de la BD dans le sens où on est de plus en plus nombreux à sortir d’écoles de BD, il y a beaucoup d’autodidactes… la concurrence est rude, sans même parler des vétérans qui occupent une bonne part du marché. En plus de cela, il y a surproduction partout, certains éditeurs indiquent clairement qu’ils ne veulent pas publier de bouquins d’auteurs inconnus. Il arrive que des auteurs se fassent remarquer via des blogs. Mais, là aussi, je crois que c’est de plus en plus compliqué de sortir du lot. Paradoxalement, c’est aussi une époque où l’on trouve beaucoup de maisons d’édition, ça équilibre un peu les chances on va dire. Mais il faut se méfier : certaines demandent à leurs auteurs de payer l’impression de leurs bouquins. Ceci dit, il ne faut pas oublier que l’internet est un merveilleux outil de communication et d’information ; ainsi, il est possible de trouver une maison d’édition minuscule située en Argentine et de postuler chez eux. Donc trouver un éditeur est à la fois plus compliqué et plus simple, plus difficile et facile.

Après, ce n’est pas que le fait de trouver un éditeur qui est compliqué. Il faut aussi faire découvrir la BD. Et ça, je ne m’y attendais pas. Surtout quand on est lié à une petite maison d’édition : l’auteur doit faire de la comm’, doit trouver des festivals et puis trouver le moyen de se faire remarquer en festival ! C’est un peu frustrant, parce que ce n’est pas ce dont on rêve quand on décide de faire de la BD. Et c’est dur de devoir se comporter parfois comme un marchant de légumes pour qu’un passant daigne simplement jeter un œil à l’album. J’ai regardé la série de Lloyd Kaufman (fondateur de la maison de production Troma) « Make your own damn movie » qui enseigne plein de choses là-dessus (même si à la base, ça parle de films, le principe reste le même).

Et puis j’observe beaucoup les autres auteurs, je prends note de ce qu’ils ont trouvé pour se démarquer… du coup j’investis dans la promo, dans des p’tits trucs pour attirer l’attention : j’ai acheté un rollup récemment, j’ai acheté du tissu pour que ce soit plus présentable, j’autoédite de vieilles histoires pour proposer plus de choses à ma table (les gens aiment les tables bien remplies j’ai l’impression). Certaines idées tombent à l’eau aussi. Les commentaires des passants sont également utiles : j’ai entendu des personnes se plaindre du manque de couleurs, par exemple, du coup je me dis qu’il faudra que je réalise, au moins en auto-édition, une BD en couleurs.  J’ai remarqué que les bouquins pour enfants marchent assez bien, il faudrait donc que je réalise une BD destinée à un public jeune, même une courte histoire, ça permettrait d’attirer les gens et qui sait ? Peut-être que par la suite, ils s’intéresseraient à « Home Sweet Home ». Les trucs sur les elfes ça marche bien aussi… mais ça ne m’attire vraiment pas. Il ne faut pas non plus se trahir je pense, juste dans l’espoir d’attirer des gens. De toute façon, je pense que si je me forçais à faire un truc sur des elfes, ça se sentirait, ça serait mauvais.

Alors, Home Sweet Home, c’est un OVNI, à plusieurs égards. La mise en page, d’abord. On dirait qu’un ouragan (c’est peut-être le cas, d’ailleurs ?) a éparpillé les cases, les dispersant sur vos planches. Comment cette idée vous est-elle venue ? Ce processus, que vous permettait-il de faire ? De faire passer ? 

© Goma chez Yil

Dès l’écriture du scénario, j’ai voulu cette mise en page. Ce qui m’a donné cette idée, c’est de lire du Chester Brown : il dispose lui aussi ses cases un peu bizarrement ; à la fin, il y a toujours un making of et dans je ne sais plus quel album, il explique qu’il  a réalisé ses cases une à une sans faire attention à la taille de ses cases. Lorsqu’il a voulu les assembler sur une page il s’est rendu compte qu’il ne saurait pas faire une mise en page traditionnelle. Il n’a pas cherché à corriger cela, il a juste cherché la meilleur disposition possible. Et cela donne bien.

J’ai ainsi eu envie de faire quelque chose de similaire. Sauf que je ne voulais pas réaliser les cases une à une et indépendamment des autres, je voulais jouer avec le regard du lecteur directement. Pour cela j’ai d’abord réalisé les planches en tout petit afin de schématiser et de dégager directement les lignes de force. Les BD de Sempé m’ont également influencé ; j’ai deux de ses bouquins au format poche, dedans on trouve des gags très aérés, parfois des pages avec un seul petit dessin : j’ai trouvé ça superbe. Je voulais moi aussi jouer avec l’espace, avec le blanc, avec le rythme de lecture donc j’ai construit ma BD ainsi.

© Chester Brown

On oublie parfois que la BD, c’est aussi ce qui se trouve entre les cases, que c’est un rythme de lecture, un jeu avec le regard du lecteur. J’ai voulu mettre ça un peu plus en avant. On m’a dit que c’était un peu gratuit de disposer les vignettes ainsi, mais quand je demande en quoi ce n’est pas gratuit de remplir les pages comme dans les BD classiques, personne ne sait me répondre, à croire que la seule raison est économique (quand on a une page, on la remplit ; on ne va pas imprimer une page avec seulement une case dessus). Pour moi, ce n’est pas gratuit. Je n’ai peut-être pas réussi à faire passer l’idée que j’avais derrière la tête, ce rapport à la lecture, au rythme, mais ce n’était pas du tout gratuit à mes yeux, il y avait une réelle ambition artistique, graphique et narrative.

Était-ce dès le début prévu pour tenir sur la longueur ?

Pareil pour la longueur. Je n’avais pas envie de me restreindre aux 44 traditionnelles pages. Je crois que c’est Seth qui a dit à Chester Brown qu’il fallait pouvoir se laisser de la place pour raconter une histoire. Ce n’est peut-être pas à prendre au pied de la lettre (il ne faut pas tout s’autoriser), n’empêche que j’aime l’idée de prendre le temps de raconter. Dans certaines BD, je trouve que l’action se déroule si vite que ça en devient absurde. Le bémol, c’est que ma BD peut paraître chère pour une lecture assez rapide. Surtout qu’il n’y a pas beaucoup de texte… mais ça reste une expérimentation pertinente, je pense. Cette disposition me permet aussi de jouer avec l’émotion et l’ambiance.

Storyboard © Goma

De manière instinctive ou étudiée ?

Et tout cela est construit : dans mes brouillons, certaines vignettes sont différentes, je les ai retravaillées au propre pour que le sens de lecture fonctionne mieux. Ensuite, après avoir scanné mes pages, j’ai dû ajuster certaines vignettes qui étaient trop proches ou trop éloignées, voire parfois changer l’ordre et la disposition générale sur la page. Il fallait que mes pages se lisent par deux. Cela reste tout de même instinctif dans le sens où je n’ai pas tracé chaque lignes de force, mais ça reste quelque chose d’élaboré et de réfléchi.

© Goma chez Yil

Comment dessinez-vous ? Au format réel ou sur des plus grands espaces, réajusté par la suite ?

Dans le cas de cet album, j’ai dessiné au format A4, j’ai tout réduit en impression pour obtenir de l’A5. À part cette réduction, j’ai aussi ajusté certaines vignettes. C’est l’avantage de l’ordinateur, on peut retravailler des pages facilement si on se rend compte que ça peut être mieux. J’ai aussi dû retoucher certains dessins : le plus gros du travail a été réalisé à la plume avec de l’encre de Chine, mais pour certaines petites erreurs, comme des mains ratées, je les ai redessinées avec ma tablette graphique, ce qui évite de jouer avec l’écoline blanche et, ainsi, de risquer de tout saloper. J’ai aussi dû recommencer beaucoup de cases et quelques pages entières, mais dans ces cas-là je me suis repris avec la plume. Quand il ne s’agissait que de cases, je les ai scannées et les ai insérées sur les planches déjà scannées. Je n’ai pas encore testé d’encrer mes crayonnés à la tablette graphique, peut-être un jour. Et je ne fais que des illustrations directement sur l’ordinateur (j’ai fait des pin up par exemples).

L’ouragan dont je parlais a aussi chassé les mots. Dans les huit premières planches (très western d’ailleurs, non ?), il n’y a pas une parole. D’autres planches fonctionnent aussi par économie de phylactères. Vous êtes plutôt taiseux, en fait ? Blague à part, cela ne permet-il pas d’inclure le lecteur encore plus dans le récit ?

Tiens, c’est vrai qu’il y a un côté western, je n’avais pas fait attention : le héros qui débarque dans un village qui semble vide. On peut facilement imaginer des virevoltants passer devant le héros (les boules de paille poussées par le vent qu’on voit dans les western). J’ai voulu faire passer les choses par les dessins. Cela permet d’impliquer un peu plus le lecteur qui doit être plus attentif à ce qu’il lit. Je n’ai rien contre le texte, « À contre-courant » est bavard, « Benoît et Virginie » aussi. Mais là, je voulais jouer sur le visuel. Et le texte aurait trop parasité mon ambition graphique, le jeu de regard et de rythme.

L’absence de texte permet aussi à mes lecteurs d’interpréter pas mal de non-dits. Comme je me contente de donner une orientation générale, les gens reviennent parfois vers moi avec des interprétations assez étonnantes sur ce qu’il se passe à la fin, sur le fond du récit. C’est amusant de voir l’esprit des autres en marche, de voir les gens se réapproprier ma BD pour en faire quelque chose d’autre.

© Goma chez Yil

Le bémol, c’est que je suis certain de décevoir ceux qui attendent une suite, si jamais je réalise un jour une suite : forcément, ils ont imaginé autre chose que ce que j’ai prévu initialement. Et lorsqu’ils verront ce qu’il y avait derrière tout ça, peut-être qu’ils se diront : « ha zut ». Ou pas. Ceci étant dit, si je laisse pas mal de liberté au lecteur, je dresse malgré tout une trame assez classique : le héros a un objectif principal à atteindre, des conflits à résoudre, des opposants à affronter… ce n’est pas juste la grande foire où le lecteur devra faire tout le boulot du scénariste, héhé.

Et en l’occurrence dans les allées de ce cimetière plein de petites tombes sur lesquelles veille une grande sœur : l’éolienne ! Il fallait y penser à ce rapprochement, comment vous est-il venu ? Qu’est-ce qui a donné corps à cette histoire ?

Plusieurs choses m’ont poussé à écrire cette histoire. L’idée des éoliennes, c’est parce que je trouve ça assez étrange dans la réalité : vous roulez en pleine campagne vous passez quelques vallons et vous vous retrouvez face  à un groupement de ces énormes infrastructures qui contrastent complètement avec le paysage. C’est un peu surréaliste. C’est un peu inquiétant. Cela me fait penser à ces films d’invasion extra-terrestre, lorsqu’on voit au loin le vaisseau ennemi à l’arrêt, sans trop savoir ce qu’il fait là (un peu comme dans “District 9”).

© Goma chez Yil

Pour renforcer le côté surréaliste, j’ai situé l’intrigue dans le passé. Cela donne un côté anachronique. Évidemment, dans l’histoire, ce ne sont pas des éoliennes, je me suis juste inspiré de la forme. Mais ça fait au moins un point de comparaison plus évident pour le lecteur qui va se demander ce que fiche cette éolienne en plein entre-deux-guerres.

Le rapprochement avec les tombes, c’était d’abord pour marquer l’époque, l’inscription sur le mémorium est le premier indice pour que lecteur comprenne quand cela se situe. Ensuite, cela annonce bien évidemment la boucherie à venir. On peut voir ça comme une métaphore de la seconde guerre mondiale qui se prépare. Je me suis inspiré de séries B des années 60 quand cela représentait la menace rouge, les communiste. Ici, il y a un côté aryen avec ce tri dans la population. J’avais lu aussi que Hitler avait beaucoup de charisme et que beaucoup de gens ont commis l’irréparable uniquement parce qu’ils se sentaient emportés par sa personnalité. Cette tour hypnotise les gens, les influence, les pousse à faire des choses qu’ils ne feraient pas autrement.

Et votre personnage qui débarque…

Il y a ce côté ‘retour de voyage’ que je voulais aborder. Lorsque je suis revenu de mon séjour d’un an aux USA, je me suis senti bizarre : les lieux paraissaient identiques mais les gens avaient changé, avaient grandi… ils avaient continué à vivre tout simplement. Je me souviens d’un prof qui avait expliqué que lorsqu’on quitte son pays, on a tendance à s’accrocher à ses souvenirs si forts qu’on ‘fige’ cette image. Il avait pris pour exemple les émigrés qui se retrouvent dans un état d’esprit particulier, parce que certaines cherchent tellement à exprimer leurs racines qu’ils figent leur culture; ces gens appliquent leurs coutumes avec plus de sévérité que lorsqu’ils étaient dans leur pays. Le plus étrange, c’est lorsqu’ils rentrent au pays, ils se sentent déboussolés car ils constatent que les gens ont changé, ont évolué, alors qu’eux maintiennent certaines choses qui ne sont plus à la mode. Je résume un peu grossièrement, mais ça se rapproche tout de même un peu de ce que j’ai vécu, à mon échelle bien sûr. C’est-à-dire que j’ai senti de petites différences auxquelles je ne m’attendais pas. J’ai dû me réhabituer à ma famille, à ma vie ici. Dans le cadre de mon histoire, j’ai bien évidemment exagéré la situation : une infrastructure étrange, des gens qui ne se souviennent pas de notre héros… j’avais envie que ce soit plus dramatique, plus sensationnel.

Pas de couleurs sur vos dessins, ça sonnait mieux en noir et blanc ?

Comme je le disais, je ne suis pas très fort en couleurs, mais je me soigne. Blagues à part, j’ai hésité à en mettre, j’ai même fait quelques tests mais je désirais quelque chose de très simple, car j’avais peur que le travail de noir et blanc se perde dans la couleur. Et, au final, j’ai décidé de garder le noir et blanc. Pour moi, c’est plus parlant, ça renforce le côté dramatique aussi. Et, enfin, ça fait écho aux vieux films qui ont nourri cette histoires.

Test de couleurs © Goma

Ceci dit, je remarque grâce à cet album à quel point les gens aiment la couleur ! En festival, il arrive que des gens feuillettent quelques pages et reposent l’album presque aussitôt en déclarant : “ha y a pas de couleurs”. Je n’étais pas au courant de cette tendance. Je pensais que les gens aimaient les couleurs et le noir et blanc ; quand je vois certaines réédition en noir et blanc, je trouve ça génial. Corto Maltese, par exemple. J’aime bien les couleurs, mais je préfère quand même le noir et blanc. Mais bon, apparemment, la majorité des gens préfère en couleurs et seuls les classiques sont bons en noir et blanc pour eux. Heureusement, tout le monde ne fait pas partie de la majorité.

Votre héros, François, c’est un marin dont on ne sait d’où il arrive. Par l’économie des mots, vous nous laissez dans le flou. On ignore tout de lui. Vous, en savez-vous plus ? Pourrait-il devenir un héros récurrent ?

Pour moi, c’est juste l’histoire d’un type qui rentre chez lui après des années d’absence. Il n’était pas nécessaire d’en savoir plus. Je pars du principe que l’identification au personnage fonctionne à partir du moment où le personnage vit des conflits (je tiens ça de “La dramaturgie” de Yves Lavandier). Ce n’est pas le background historique qui va réellement le définir mais plutôt sa caractérisation. On ne sait pas d’où il vient mais on sait jusqu’où il est prêt à aller pour atteindre son objectif. Dans un autre contexte, on aurait pu en apprendre plus sur lui, mais ici je ne voyais pas l’intérêt, cela aurait parasité l’intrigue que je voulais la plus simple possible afin de me concentrer sur le visuel, le découpage de l’action.

© Goma chez Yil

Un héros récurrent ? Non je ne crois pas. Les lecteurs qui m’ont fait un retour espèrent suivre d’autres aventures de François mais, pour moi, il était clair dès le début que ce serait sa seule aventure, qu’il s’agissait là d’un one shot. À moins qu’une idée géniale germe un jour en moi et que je reprenne ce personnage pour lui faire vivre une autre aventure en pleine mer ou sur une autre terre. Mais je n’ai rien de prévu à ce sujet pour l’instant. C’était le héros d’une histoire.

Ceci dit, une suite de “Home Sweet Home” ne serait pas à exclure. Mais si c’est le cas, ce serait avec d’autres personnages, dans un autre lieu, à une autre époque. Cette histoire d’invasion (car c’est à la base une histoire d’invasion, c’est censé être la phase 1 – préparer le terrain pour l’arrivée) était un prétexte pour parler du retour au pays après une longue absence. Donc, lorsque je parlerai de la phase suivante, ce sera aussi un prétexte pour parler d’autre chose qui me tient à coeur. C’est un truc que j’ai tiré de mes années à l’ERG : essayer de ne pas raconter un récit sans qu’il n’y ait un message personnel derrière. Pas forcément un message sur la paix dans le monde ou autre chose du genre; l’art sert à s’exprimer, j’ai certaines croyances, certaines craintes, j’utilise la BD pour les partager.

Test de couleur © Goma chez Yil

C’est parfois un peu contraignant car j’aimerais juste pouvoir refaire comme à mes débuts à l’école, des BD qui ne parlent de rien, juste pour le fun d’en faire. Ce serait moins compliqué à écrire. Parce que, maintenant, quand je raconte une histoire, je me prends la tête, je pense toujours au fond, à ce que je veux dire. J’ai besoin d’exprimer un point de vue. Même si ce n’est pas forcément compris par le lecteur qui, lui, va coller d’autres explications, un autre message. D’ailleurs, une des théories qu’on m’a donnée au sujet de “Home Sweet Home”, c’est que je parlerais de la technologie qui envahit de plus en plus notre vie, au point de la régir. Je n’y avais pas pensé. Mais je suis d’accord avec ces explications. Peut-être était-ce inconscient de ma part ?

Vous aimez les marins ? La BD, les films n’en manquent pas, vous aimez ce genre de récit ? Quoi, par exemple ?

Les marins ont un certain charisme dans les récits qu’on se raconte. J’ai découvert l’année passée Moby Dick. Ce bouquin est génial, j’adore la manière dont c’est écrit, j’adore les personnages, j’adore les intrigues. Les pirates, j’en rêvais quand j’étais môme. Pareil pour les corsaires. Mais bizarrement, je n’ai pas vu et lu énormément de choses à ce sujet. J’ai lu la série “Théodore Poussin” qui est bien chouette. J’ai vu le film “Captain Phillips”. J’aime bien les films avec un sous-marin (“À la poursuite d’Octobre Rouge” est super). Je suis en train de relire les Peter Pan et le tome ‘Tempêtes’ est assez chouette, du moins la partie sur l’eau.

Je pense que j’apprécie ce genre de récit parce que cela permet d’ouvrir la porte de l’imagination. Lorsque vous vous retrouver seul au milieu de l’Océan, il n’y a rien en vue, rien pour vous cacher, rien pour être sauf en cas de problème…. on peut imaginer le danger arriver de n’importe où : la surface de l’eau, le ciel… mais aussi sous l’eau ! Je ne suis pas un grand fan de la littérature de Verne, mais il propose plein de super idées et son “20 mille lieues sous les mers” est quand même un sacré bon divertissement. Les films de requins aussi m’intéressent. Ben tiens, je devrais faire ça avec François, le confronter à un requin blanc. On se marrerait bien. Lui beaucoup moins !

Mais, mon petit doigt me dit que vous aimez aussi les histoires de zombies, non ? Quoi par exemple ? 

La trilogie de Romero m’a beaucoup influencé dans l’écriture de ce projet. Romero aussi se sert de ses zombies pour parler d’autre chose : de racisme dans le premier film, de la société de consommation dans le second, de l’exploitation humaine dans le troisième. Et quand je parlais de faire des suites avec d’autres personnages à d’autres moments, c’est aussi de cette trilogie que je tiens cette idée. Tout en approfondissant son sujet (on voit ses zombies évoluer), il parvient à faire passer l’idée que l’invasion est mondial , simplement en prenant d’autres personnages situés ailleurs sur une carte géographique.

Qu’est-ce qui fait votre ADN culturel, les œuvres quelles qu’elles soient qui font sans doute un peu les histoires que vous racontez ?

Je suis plus un cinéphile qu’un bédéphile. J’ai beaucoup de BD et j’adore m’offrir des BD, découvrir des trucs, mais c’est surtout les films qui me plaisent. J’aime de tout tant que c’est bien écrit. C’est-à-dire que je peux autant aimer une romance (‘High Fidelity’) qu’un film de science fiction (‘Star Trek’ de 1979); un vieux film (“M le Maudit”) qu’un film récent (“Brawl in Cell Block 99”); un film connu (“Alien”) qu’un film inconnu (“Roar”). J’aime bien les petites histoires un peu différentes de ce que l’on voit d’habitude, des petits OVNI, des idées bizarres. Même si c’est parfois un peu kitsch. J’ai adoré “Génération Proteus” par exemple, avec un programme informatique qui développe sa propre conscience au point de faire un truc tordu : tenter d’inséminer une femme ! C’est complètement dingue, mais c’est génial.

© Goma

J’aime bien les films Z aussi, ou les vieilles séries B un peu molles qui peuvent paraître ridicules aujourd’hui ; à mes yeux, c’est tellement assumé que ça passe mieux que les Marvel qui sortent au cinéma et qui se prennent trop au sérieux (et là c’est ringard). J’aime bien Woody Allen pour ses personnages, ses textes, j’aime bien Aldrich pour les sujets abordés et la manière de les aborder. J’aime le côté absurde et kitsch des films de Wes Anderson. J’aime plein de choses.

Évocation d’En quatrième vitesse de Robert Aldrich © Goma

Il y a un peu de The Wicker man, par exemple ? D’accord ?

Oui, j’aime beaucoup “Wicker Man”. Et j’avoue que j’apprécie les deux versions ! Celle avec Nicolas Cage est complètement délirante, j’adore ce héros qui s’enfuit à vélo, qui tabasse les femmes. C’est tellement politiquement incorrect et tellement ‘plouc’ que ça en devient génial, parce que les auteurs ne s’en cachent même pas. La suite de l’original, ‘Wicker Tree’ m’a un peu déçu. Mais l’original reste bien sûr le meilleur.

Je n’ai par contre pas été influencé consciemment par ce film. Mais maintenant que vous le dites, c’est vrai qu’il y a des points communs. C’est ça qui est fou avec les influences, tout peut en faire partie : un truc observé le matin, un truc raconté par un collègue à midi, un film vu au soir, une composition dans une pub, une image dans une BD (se dire : et si on commençait une BD à partir de cette case-là prise au hasard).

En tout cas, vous surprenez parce que vous donnez aux lecteurs un lot de question sans y apporter de réponses. Il y a un côté assez nihiliste, non ? 

Je pense qu’il ne faut pas toujours prendre le lecteur par la main. Je n’aime pas le surplus d’explications. Bien sûr, il faut que le lecteur sache les choses importantes. Mais il y a des choses secondaires où on peut le laisser deviner, voire créer sa propre histoire. Attention, je ne suis pas un pro-Lynch (le cinéaste), je n’aime pas l’idée de l’auteur qui n’a aucune réponse et qui laisse le spectateur faire tout le boulot (attention, j’aime aussi certains de ses films).

Ici, je pense qu’il y a assez de clés pour comprendre le fond de l’histoire. C’est juste le rapport à l’invasion, donc à ces tours, que je ne développe pas. Mais ça part aussi de l’idée que je trouve ça plus crédible que le héros, monsieur-tout-le-monde, ne soit pas en mesure à son niveau de comprendre tout ce qu’il se passe. Dans “War of the Worlds” (le bouquin mais aussi l’adaptation de Spielberg), il y a cette idée d’un héros qui ne sait pas ce qu’il se passe, il veut juste sauver sa peau (et sa famille dans le film). Si je me souviens bien, les journalistes émettent quelques hypothèses plausibles mais ça s’arrête là. Dans ma BD, je ne voulais rien de tout ça. On ne sait pas ce qui va arriver, les envahisseurs n’ont pas divulgué leur plan, ils n’ont pas oublié le mode d’emploi de leur éolienne quelque part… comprendre n’est pas le but de cette histoire.

C’est aussi comme dans “Alien” : dans le premier film, on s’en fiche complètement d’où vient le monstre. C’est même mieux car on sent qu’il a une histoire, qu’il ne vient pas de nulle part, mais il aurait été terriblement mauvais de tout nous expliquer. Vouloir le faire dans un autre film, pourquoi pas, à condition que le film soit construit autour de ces explications.

S’il y a bien quelque chose qu’on comprend d’emblée, c’est que le ton ne sera pas des plus positifs. Tout en étant délirant !

Mon récit est pessimiste, c’est certain. Nous ne sommes rien, ou alors si peu de choses… et que faire face à une telle invasion ? Délirant, je crois que certains lecteurs l’ont ressenti. Les gens veulent absolument savoir de quoi il s’agit, ils veulent comprendre. Dans ma BD, il faut accepter de ne pas tout comprendre, de ne pas avoir toutes les clefs. Comme dit plus haut, cela n’empêchera pas de saisir le fond, d’avoir une histoire avec un début, un milieu et une fin, mais certaines choses doivent rester obscures. C’est un peu comme une photo avec un jeu d’ombre : des éléments du décors peuvent disparaître dans l’ombre, on sait qu’ils sont là, qu’ils existent, qu’ils ont un sens, mais on n’en perçoit pas le contour. D’ailleurs, lorsque j’ai postulé avec ce projet, dans les quelques refus accompagnés d’une critique que j’ai reçus, on m’a reproché de ne pas assez expliquer de quoi il s’agit. Pour moi, ce n’est pas nécessaire, j’en dis assez. Mais je peux comprendre le point de vue de tous ces gens, c’est frustrant de s’investir dans un récit qui semble annoncer des choses énormes pour constater que ce n’est qu’une toile de fond pour raconter autre chose.

Et puis, je rends le lecteur un peu plus actif : il peut s’imaginer plein de choses. Sans que cela ne parasite pour autant l’intrigue principale que je voulais raconter (l’histoire de François). Donc c’est quand même bien, non ?

C’est même plus que bien ! Sur Grand papier, on peut lire pas moins de 1000 planches que tu as conçues ! Tous azimuts et plus ou moins élaborées. Dis, donc, tu en as sous le pied pour de prochains albums, non ?

Oui, j’ai beaucoup de projets en tête. Le plus dur c’est de trouver le temps de les concrétiser. J’aimerais être capable de réaliser un album par an comme Woody Allen le fait avec ses films. Mais ça me paraît difficile. En ce moment, je bosse sur un projet de 800 pages ! Je ne sais même pas comment je vais convaincre un éditeur de publier ça ! Surtout que ça parle principalement de masturbation (l’influence de Joe Matt et Crumb, sans doute). J’ai aussi un western en préparation. J’en ai commencé le scénario, il y a déjà deux ans, mais j’ai dû stopper pour me consacrer à ce projet de 800 pages qui m’a semblé plus urgent et plus rapide à dessiner aussi.

Je travaille aussi sur un fait divers, une tentative de viol que l’on m’a racontée et que j’essaie de retranscrire ; j’ai un projet plus ‘horreur’ sur le feu, une histoire de Doppelganger, j’ai le synopsis de dix lignes écrit, il faut que je développe tout ça.

Parallèlement j’aime bien participer à des fanzines. Je participe régulièrement à celui de “l’Atelier 24”, issu de Bruxelles à la base, et à “La camaraderie”, issu de Liège que j’aime vraiment beaucoup appeler et qui propose des choses différentes, plus expérimentales (même si je suis l’un des seuls à ne pas expérimenter beaucoup mais c’est ça qui est beau, ils m’acceptent malgré mon classicisme et je trouve qu’il y a dedans des auteurs impressionnants). Participer à des fanzines, ça me permet de sortir de ma routine, de me confronter à des thèmes différents. Cela me fait une pause, tout simplement. Et quand je reviens à mes projets personnels, je me sens requinqué. Je profite aussi de ces courtes histoires pour tester des choses. Avant de réaliser “Home Sweet Home”, j’ai fait une courte histoire pour un fanzine à la plume. Ici, je réalise de plus en plus ces petites histoires au pinceau afin d’être au point avec cette technique lorsque je m’attaquerai enfin à mon western.

Pour en revenir à ma productivité, je me piège moi-même. Parfois je commence un projet en me disant que ça ne fera que 40 pages, puis en écrivant le scénario, des idées me viennent, de par ma manière de découper l’action aussi, j’allonge parfois des séquences… et je me retrouve avec un nombre de pages indécent. Cette BD de 800 pages, au début, je pensais qu’elle n’en ferait que 150, 200 grand max ! Mais je me suis laissé porter par le récit. J’ai parlé plus haut de Chester Brown et Seth à propos de la longueur d’un récit, mais il y a un autre auteur qui m’a influencé à ce sujet : le cinéaste Robert Aldrich ! Il ne fait pas des films extrêmement longs mais si on les analyse, on se rend compte que, s’il y a peu de scènes, celles-co sont assez longues. Parce qu’il essaie de tirer un maximum de jus de chaque situation et de chaque personnage ! C’est ce que j’essaie de faire. En plus, son traitement des personnages est toujours neutre : il n’est pas question d’être gentil ou méchant ou alors d’être gentil et méchant, mais simplement d’avoir un personnage avec un but qu’il essaie d’atteindre par tous les moyens. Du coup c’est toujours un peu sale.

© Goma

J’ai souvent ses histoires en tête quand j’écris un récit, je veux aussi que mes personnages soient sales, qu’ils soient prêts à faire des sales coups si c’est nécessaire, parce que dans certaines situations, je pense que la morale est secondaire. Surtout, quand on raconte des histoires avec invasions, des zombies, des cowboys sanguinaires… quand la menace est forte, tout est bon pour survivre. On s’occupera de ses démons, plus tard, quand on sera certain d’avoir survécu. Et puis je veux pouvoir prendre mon temps pour décortiquer une action. Je ne veux pas me sentir coincé par un nombre de pages trop restreint.

Et sans peur de mettre vos personnages dans les pires des situations mais aussi à nu et sans équivoque ? Comme dans Super Homme vs BBW ou Little Men ?

Little Men est parti d’un concept amusant. Je voulais en faire une petite histoire, une sorte de ‘Les petits hommes’ mais pour adultes. Puis, je me suis contenté de ces illustrations. J’y reviendrai peut-être un jour. C’était l’occasion de dessiner des femmes. Je sais que je suis un mauvais dessinateur mais, parfois, il me prend l’envie de me mettre au défi, de changer de style, de faire quelque chose de différent. J’aimerais bien être comme Frazetta, c’est-à-dire être capable de dessiner des choses réalistes juste en les observant deux minutes. Ou juste de tête…

© Goma

SH Vs BBW, c’est mon hommage à King Kong mais aussi aux rondes que j’apprécie ! Quand je parle d’envie de raconter quelque chose qui me touche : là je parle du plaisir d’une femme et de l’homme qui n’essaie pas de la comprendre, et qui, à la fin, tente de se réapproprier cette victoire de l’orgasme. Je ne pars pas dans une morale à deux balles en disant qu’il faut respecter la femme et tout le blabla, ça ne m’intéresse pas et ce serait assez vain. Je me contente juste de montrer une situation qui me fait rire. J’aime bien les personnages un peu idiots, loin d’être parfaits, c’était un régal d’opposer ces idiots de mâles face à cette créature perdue dans une ville phallique. Mais bon, le plus grand plaisir, c’était de trouver une histoire qui me permette de dessiner cette bonne femme. Pour ce faire, je me suis inspiré de plusieurs actrices porno de la catégorie BBW : Lexxxi Luxe, Mandy Majestic et Glory Foxxx.

© Goma
© Goma

Et donc, oui, j’aime mettre mes personnages à nu au sens propre comme au sens figuré. J’aborde le récit autobiographique, je ne me mets pas vraiment en valeur. Ce n’est pas grave, c’est une histoire, il faut aussi exagérer les choses. Et puis, comme dit plus haut, j’aime les personnages capables de faire des choses sordides. Le portrait d’un serial killer est plus touchant, je trouve, que celui d’un rescapé d’une explosion qui apprend à marcher. Parce qu’on touche à quelque chose de plus vicieux qui est en chacun de nous et qu’on n’ose pas forcément admettre. Le vice est plus intéressant que la vertu.

Quelle est la suite ? D’autres albums prévus ?

Outre les projets cités plus haut qui sont en préparation, j’ai un projet sur Van Gogh quasi fini,  il ne me reste plus qu’à mettre en couleurs ; ce devrait être le prochain projet que je propose à un éditeur et j’espère qu’il sera accepté. Ça parle de sa jeunesse que j’ai réinventée à partir des éléments qui constituent sa vie. Ce n’est donc pas une biographie au sens stricte du terme, plutôt une fiction inspirée de sa vie. Mais ce n’est pas pour tout de suite car la colorisation va me prendre du temps.

En attendant, je mets l’accent sur la tournée “Home sweet home”, c’est-à-dire faire un maximum de festivals pour rencontrer des gens, faire parler de ma BD, faire parler de moi aussi.

J’espère terminer le projet sur la tentative de viol assez vite aussi et puis, bien sûr, ma BD de 800 pages. À mon avis, je ne referai plus d’album si long, c’est trop compliqué de gérer l’intrigue, j’oublie des éléments, je dois me relire, j’ai peur de me répéter. Et puis, c’est frustrant de mettre toute son énergie dans un seul projet si longtemps. Je ne sais pas comment font les auteurs qui sont sur la même série depuis 40 ans ! Personnellement, j’ai besoin de changer d’air, de créer d’autres personnages, de les mettre dans d’autres situations. Même si, je finirai probablement par ressasser les mêmes sujets, je veux avoir l’illusion de faire des choses différentes.

Évocation de La légende de Zatoichi : Zatoichi contre Yojimbo de Kihachi Okamoto © Goma

Mais bon, 800 pages, c’est aussi une sacrée expérience : j’hésite déjà beaucoup en temps normal mais, là, j’ai eu le temps de recommencer trois fois le début de mon histoire, je suis actuellement en train de repenser ma fin… je vois mon dessin évoluer ! Si je scinde ce récit en plusieurs albums, ça passera un peu plus inaperçu, mais je préférerais tout publier en une fois… Du coup, il faut accepter que le trait évolue, je ne peux pas recommencer indéfiniment. Il y a quand même une scène entière que je tiens à redessiner complètement : lors de ma dernière participation à “l’Atelier 24”, j’ai pris beaucoup de plaisir à dessiner des ombres, et il y a cette scène un peu érotique que j’aimerais remettre en scène avec un jeu d’ombre. Ce ne sera pas simple mais c’est à essayer.

Bon, là je parle de plein de projets sans savoir s’ils seront publiés par un éditeur un jour. Il ne suffit pas d’être édité une fois pour que la porte nous soit grande ouverte, hélas (ou heureusement). Il faut convaincre les éditeurs que je peux raconter d’autres choses. Donc j’espère qu’un de mes futurs projets intéressera quelqu’un. Et que le lectorat suivra.

© Goma

Titre : Home Sweet Home

Récit complet

Scénario et dessin : Goma

Noir et blanc

Genre : Drame, Thriller, Épouvante-Horreur, Fantastique,

Éditeur : Yil

Nbre de pages : 144

Prix : 16€

Date de sortie : le 27/06/2017

Extraits : 

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