Des bulles politiques pour… prêter un peu de (triste) mémoire à Jacques Chirac

Pour faire parler la politique autrement, en bien ou en mal, la bande dessinée n’est jamais en manque d’idées, éloquente bien souvent même si elle aime à s’échapper du protocole. Au fil de l’année, les parutions ne manquent pas, dans tous les genres. Des albums que nous avons voulu retenir, dans cette rubrique, tant pour leur manière de restituer les informations que par la mise en scène de celles-ci. Dans Une affaire d’États, David Servenay et Thierry Martin retracent l’affaire du suici… du meurtre de Bernard Borrel, sacrifié pour préserver les apparences dans un monde politique qui n’a décidément rien à voir avec les Bisounours.

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Une affaire d’états, dans l’ombre malsaine de deux présidents aux méthodes discutables

© Servenay/Martin chez Soleil

Résumé de l’éditeur : C’est sans doute l’une des affaires d’États les plus emblématiques de la Ve République : parce qu’elle implique notamment l’armée et les services de renseignements, sans oublier deux chefs d’États… Le premier, Ismaël Omar Guelleh, est toujours Président de la République. Le second, Jacques Chirac, n’a jamais livré sa vérité sur cette affaire… Depuis plus de vingt ans, une femme – Elisabeth Borrel – lutte pour obtenir sa part de vérité sur la mort de son mari. Plus les preuves s’amoncellent pour démontrer que son époux a bien été assassiné, plus les obstacles se dressent pour empêcher la justice de faire son travail.

©Servenay/Martin chez Soleil

Ve République, nous revoilà ! Alors qu’Étienne Davodeau et Benoît Collombat avaient solidement et durablement tapé sur le clou en 2015 avec Cher pays de notre enfance, c’est un confrère de ce dernier, David Servenay (co-fondateur de la Revue Dessinée) qui prend le relais en compagnie de Thierry Martin. Un « Confidentiel » barre pourtant le dossier, mais pas de quoi faire peur aux plus téméraires : le pays du dessin et des bulles s’engouffrent dans la brèche. Et quelle brèche. En apparence, l’affaire est pourtant simple : une chute de 9 mètres sur 10 mètres et au bout de la dernière course, un corps carbonisé, bien aidé par des liquides inflammables qui n’ont laissé aucune chance au juge Bernard Borrel de s’en sortir.

©Servenay/Martin chez Soleil
©Servenay/Martin chez Soleil

Nous sommes le 19 octobre 1995 à Djibouti. Quelques dizaines de minutes plus tard, le suicide du juge et conseiller du ministre de la justice djiboutien est annoncé à sa femme, Élisabeth. Vingt-deux ans (des volte-face; des campagnes de désinformation; de nouvelles expertises, encore en juillet dernier, qui assènent un peu plus la vérité sans simplifier les choses pour autant) plus tard, c’est en bande dessinée que la vérité se répand un peu plus, David Servenay ayant été écarté de RFI pour avoir un peu trop tenu à faire la lumière sur cette affaire dérangeant.

©Servenay/Martin chez Soleil

Car, c’est vrai, dès midi, le 19 octobre 1995, l’affaire semblait classée dans un télégramme confidentiel et diplomatique : « Tout semble privilégier la thèse du suicide STOP« … Sauf que non, tout mais pas stop. Le corps n’est même pas encore froid que les hommes de l’ombre en sortent pour tenter de mettre la main sur un document compromettant que Bernard Borrel aurait eu en sa possession. Il faut être rapide pour ça… mais pour déterminer les causes et les responsables de ce qui n’est rien d’autre qu’un assassinat aux motifs politique, la lenteur s’impose… jusqu’à l’étouffement.

©Servenay/Martin chez Soleil

Par chance, David Servenay n’est pas de ceux qui se démontent, fidèle à ces héros de films qui, dessaisis d’une affaire reviennent dans la course par la porte ou par la fenêtre. Car non, ça n’arrive pas que dans la fiction, pas que dans les temps révolus. Encore au vingt-et-unième siècle, c’est un jeu d’enfant pour les puissants de faire disparaître, parfois grossièrement, les épines de leurs pieds d’argile.

© Servenay/Martin chez Soleil

Mais quand les cartes (avec pas mal de figures emblématiques de ces années corrompues, et autant de fous des rois… ou des présidents qu’ils soient de France ou du Djibouti) sont rebattues, le journaliste et l’auteur de BD opposent à la mauvaise foi criminelle et néanmoins politique un dossier de quatre-vingt planches méticuleux et renseignés, jusqu’au-boutiste pour ne pas avoir le regret de l’avoir trop fermée. Pour mieux faire sauter le verrou de l’innommable et faire éclater la vérité même si celle-ci est parfois bien fragile à faire tomber des hommes politiques pourtant réélus ou victimes d’un Alzheimer si habile à effacer les mémoires d’outre-tombe, le souvenir des cadavres du rêve politique français. Voilà un album exemplaire.

Titre : Une affaire d’états

Sous-titre : Octobre 1995, le juge Borrel est assassiné à Djibouti

Récit Complet

Scénario et enquête : David Servenay

Dessin et couleurs : Thierry Martin (Page Fb)

Genre : Politique, Historique, Enquête

Éditeur : Soleil

Collection : Noctambule

Nbre de pages : 88

Prix : 17,95€

Date de sortie : le 13/09/2017

Extraits : 

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