Enki Bilal assène à l’humanité un bug apocalyptique : pas l’extinction du soleil, mais celle du… numérique

Vous vous souvenez du bug annoncé pour l’an 2000. Après-coup, on en a bien rigolé. Mais si un nouveau bug était prévu pour demain… ou disons 2041, quelle forme prendrait-il ? Serait-ce vraiment l’apocalypse ? Peu avant le passage à l’an neuf, Enki Bilal, redoutable en diable, a inventé une première partie de réponse dans un album plus petit format mais de grande ampleur.

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© Enki Bilal chez Casterman

Résumé de l’éditeur : Dans un avenir proche, en une fraction de seconde, le monde numérique disparaît, comme aspiré par une force indicible. Un homme, seul, malgré lui, se retrouve dans une tourmente planétaire.

© Enki Bilal chez Casterman

Nous sommes pris au piège, malgré nous et malgré notre bonne conscience. C’est vrai, quoi, dans notre monde numérique, l’appauvrissement des esprits est en marche, on ne mémorise même plus le numéro de téléphone de s(a)(on) cher(e) et tendre et on laisse ça à la mémoire de notre smartphone, et quand il faut chercher une info, on ne se creuse pas la nénette et on navigue sur le Web. C’est fou comme tout notre quotidien est désormais soumis à l’accès à l’internet haut débit.

© Enki Bilal chez Casterman

Pourtant, en 2041 (on conservera cette date en tête pour voir si les prédictions d’Enki se réalisent), l’ardoise est effacée et l’humanité est dans le noir. Pas tellement parce que le soleil s’est éteint ou que nous avons épuisé une fois de trop les ressources de la Terre, mais parce que notre savoir numérique (et dieu sait qu’il compte) s’est totalement vidé, envolé, évaporé sans aucun effet d’annonce, sans avertissement. Et voilà que le monde à ses pieds s’est relevé complètement chamboulé, à chercher son but dans un chaos inouï : ascenseurs bloqués, crash d’avions, banques victimes de nombreux braquages sans compter le nombre de suicides psychotraumatiques et de… blocages… lévitationnels (pas de chance pour les milliardaires qui ne prenaient plus l’ascenseur depuis bien longtemps, ils n’ont pas pour autant échapper au Bug !

© Enki Bilal chez Casterman

À l’heure actuelle, où l’ère numérique commence à montrer ses faiblesses et ses dangers de toute part, les conteurs d’histoires se sont emparés du sujet avec plus ou moins de succès et de clairvoyance. Le premier acte que nous propose un Enki Bilal dans le genre anticipationnel qu’il affectionne pousse le lecteur à avancer à tâtons, comme quand une panne d’électricité vous oblige à vous méfier de ce qui est pourtant votre territoire connu pour aller chercher des bougies, dans cette plongée dans une nouvelle ère, peut-être la plus dangereuse de l’Histoire quand on passe de la possession de tout à plus rien.

© Enki Bilal chez Casterman

Et ce bug ? On ne sait comment il est arrivé. Comme quand on reçoit un cadeau et qu’on veut se montrer poli, Enki Bilal prend bien soin de déballer par petits coups, liant nos réponses au destin d’un astronaute (seul survivant d’une mission et semblant détenir tout ce que les serveurs ont perdu) dont le retour sur Terre va être chahuté. Dans ses pas (pas le premier sur la Lune mais l’un des derniers sur la Terre ?), Enki Bilal situe son monde, son contexte (politique, notamment) par petites touches et des surprises sont au rendez-vous ! Car, comme on dit, le pire n’est jamais décevant. Et là, dans ce monde dantesque, grotesque aussi, déglingué (que les personnages sont prometteurs !), le pire est palpitant et passionnant.

Série : Bug

Tome : 1

Scénario, dessin et couleurs : Enki Bilal

Genre : Anticipation, Thriller

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 88

Prix : 18€

Date de sortie : le 22/11/2017

Extraits : 

4 commentaires

  1. Graphiquement ca me tente.. et ca ressemble à une BD. Mais je suis devenu très méfiant envers Bilal tant il a déçu. Le Sommeil du monstre était formidable et s’est terminé en un grand n’importe quoi assez méprisant pour les lecteurs. Bugg a de bonnes critiques, mais j’attendrais de voir la fin de la série (en combien de tomes?) pour éventuellement le lire. J’en ai marre de regretter mes albums de Bilal.

    Aimé par 1 personne

    1. Ça peut se comprendre, moi, je suis relativement neuf chez Bilal. Je n’ai pas (encore) connu ses grandes heures (que me conseilles-tu d’ailleurs?). J’ai commencé à le lire avec sa précédente trilogie, ce fut dur. Bug est proche de mes préoccupations (si l’on peut dire), j’y suis rentré comme dans du beurre. Mais, en effet, faudra voir la suite ! Espérons !

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  2. Je viens de finir Bug. Pas de grosse surprise au niveau du style, c’est bien du Enki Bilal sur le plan visuel. Le côté simpliste de l’événement est compensé par un scénario étrange et une vision de la société post-apo qui rebat les cartes géopolitiques. Bonne lecture donc, mais Bug ne se classe pas dans le top de l’auteur.

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